‹ Œuvres choisiesChapitre 36 sur 135 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ces poëmes sont choisis - par l'Auteur parmi ceux qu'il composa dans sa vie errante et militaire -. Ce sont les seuls qu'il juge dignes d'être conservés.

Plusieurs nouveaux poëmes en remplacent d'autres ^ qu'il retranche de l'élite de ses créations.

L'avenir accepte rarement tout ce que lui lègue un poète. Il est bon de chercher à deviner son goût et de lui épargner,

' La préface de la deuxième édition (mai 1829) préseulait le volume comme un recueil, ici c'est un choix.

- « Ceci a élé écrit dans le paj'^s des Qiiades, sur la rivière de Gran, en Hongrie », notait Marc-Aurèle ; Vign}»^ de niême data ses poëmes des diverses élapes de sa vie militaire, de ses garnisons successives.

•^ 1829 : « qui eut élé jugés scvèremcnl par lui-même ».

HKLÉNA 5

autant qu'on le peut faire, sou travail d'épurations rigides. Si cela est praticable, c'est, comme ici, lorsque doivent paraître des œuvres complètes sous les yeux de leur auteur et lorsqu'il sait se connaître lui-même et se juger sévèrement \

Le seul mérite qu'on n'ait jamais disputé à ces compositions, c'est d'avoir devancé, en France, toutes celles de ce genre, dans lesquelles '■^ une pensée philosophique est mise en scène sous une forme Epique ou Dramatique.

Ces poèmes portent chacun leur date. Cette date peut être à la fois un titre pour tous et une excuse pour plusieurs ; car, dans cette route d'innovations, l'auteur se mit en marche bien jeune, mais le premier •'.

Août i83j.

^ Ce paragraphe ajouté en 1837 développe la ligue supprimée plus haut.

•^ 1829 : « presque toujours ».

■^ Dans la Préface des Etudes françaises et étrangères, Emile Deschamps écrivait en 1828 : (C Aussi, AI. Victor Hugo s'esl-il révélé dans l'Ode, M. de Lamarlliie dans l'Elégie, et M. Alfred de Vignj' dans le Poème... M. Alfred de Vigny, un des premiers, a senti qne la vieille épopée était devenue presque impossible en vers, et principaleiuent en vers français..., etc. ; à l'exemple de lord Byron, il a su renfermer la poésie épique dans des compositions d'une mo3enne étendue et toutes inventées ; il a su être grand sans être long. » N'était-ce pas déjTi une Légende des siècles que ces Poënies, écrits sous Louis XVIII et Charles X ?

moïse

POÈME

Parlant de ses poèmes à M"" C. Maunoir, Vigny écrivait le 21 décembre i838 : « Aucun d'eux encore n'a dit toute mon âme, mais s'il y en a un que je préfère aux autres, c'est Moïse. Je l'ai toujours placé le premier, peut-être à cause de sa tristesse, dont le sentiment se continue dans Stello. » Et quelques jours après il écrivait encore à sa correspondante puritaine : « Oui, le vrai Moïse peut avoir regardé au delà de la tombe, mais le mien n'est pas celui des Juifs. Ce grand nom ne sert que de masque à un homme de tous les siècles et plus moderne qu'antique : l'homme de génie, las de son éternel veuvage et désespéré de voir sa solitude plus vaste et plus aride à mesure qu'il grandit. Fatigué de sa grandeur, il demande le néant. Ce désespoir n'est ni juif ni chrétien, c'est peut-être un criminel mouvement, mais tel qu'il est, il me sembla ne manquer ni de vérité ni d'élévation... »

« Moïse, écrivait jadis Anatole France, c'est la plainte du génie qui vit solitaire parce qu'il n'a point d'égaux... C'est la harpe biblique instruite à vibrer les accents profonds de l'homme moderne. Rien, dans la poésie française, ne surpasse ce chant grave et sacré. »

Dans cette œuvre de sa vingt-cinquième année, sobre et poignant lamento, on devine déjà que le fond de Vigny « c'est la solitude et la détresse amère qu'accompagne le sentiment de la solitude )) (G. Lanson).

— Si la description est empruntée au Deiitéronome et maint détail aux versets bibliques, il n'est point douteux que ce Moïse soit le frère, mais un frère plus noble et plus digne, des héros de Byron. « Je reste seul, et seul suis toujours resté », ditChilde- Harold ; — et Manfred, retranché dans son isolement douloureux et superbe : « Depuis ma jeunesse, mon esprit ne s'accordait point avec les âmes des hommes... Mes plaisirs, mes chagrins, mes passions et mon génie me rendaient étranger au milieu du monde... » Mais si Moïse aspire au repos, à la mort, c'est qu'il a rempli jusqu'au bout sa destinée d'élu du Tout- Puissant.

Cette plainte de l'homme supérieur, du génie « puissant et

moïse 7

solitaire )\ les grands précurseurs du romantisme: .I.-J. Rousseau, Chateaubriand, M"»" de Staël, l'avaient fait entendre. Mais Vigny, jeune encore, dans la sincérité de son cœur pessimiste, trouva les accents les plus pathétiques et les plus sobrement sublimes.

Le soleil prolongeait sur la cime des tentes

Ces obliques rayons, ces flammes éclatantes,

Ces larges traces d or qu'il laisse dans les airs,

Lorsqu'en un lit de sable il se couche aux déserts.

La pourpre et l'or semblaient revêtir la campagne, 5

Du stérile Nébo gravissant la montagne.

Moïse, homme de Dieu, s'arrête, et, sans orgueil,

Sur le vaste horizon promène un long coup d'oeil.

Il voit d'abord Phasga, que des figuiers entourent ;

Puis, au delà des monts que ses regards parcourent, 10

S'étend tout Galaad, Hphraim, Manassé,

Dont le pays fertile à sa droite est placé ;

Vers le Midi, Juda, grand et stérile, étale

Ses sables où s'endort la mer occidentale ;

Plus loin, dans un vallon que le soir a pâli, 15

Couronné d'oliviers, se montre Nephtali ;

^ Des fentes du camp des Israélites au seuil de la Terre promise.

■'' Couchant d'apothéose, « le magnifique adieu de la nature au plus grand de ses entants » (M. Roustan.) « Tableau d'un éclat sobre, dont nulle orgie de couleurs n'égalerait l'impression ». (G. Lanson.)

*^ Cf. Deutérononie, xxxiv, 13. « Moïse monta donc de la plaine de Moab sur la montagne de Nebo au haut de Phasga, vis-à-vis de Jéricho ; et le Seigneur lui tît voir de là tout le pays de Galaad jusqu'à Dan, tout Nephthali, toute la terre d'Ephraïm et de Manassé, et tout le pays de Juda jusqu'à la mer occidentale, tout le côté du midi, toute l'étendue de la campagne de Jéricho, qui est la ville des palmes; jusqu'à Segor. )) — Le Nebo s'élève à l'E. cki Jourdain. Vigin- avait sous les yeux une carte de la Terre Promise.

" Homme de Dieu. {Deiitér., xxxni, 1.) — Sans orgueil. {IbicL, 43). Moïse rappelle aux Israélites leur désobéissance et leur défiance à l'égard du Seigneur : « ...et étant enflés d'orgueil, vous montâtes vers la montagne ».

^ Ibid., XXXII, 49. Le Seigneur dit à Moïse : « Montez... sur la montagne de Nebo, qui est au paj's de Moab... et considérez la terre de Chanaan, que je donnerai en possession aux enfants d'Israël; et mourez sur cette montagne... (52.) Vous verrez devant vous le pays que je donnerai aux enians d'Israël, et vous n'y entrerez point. »

*'* La mer Morte, à l'Ouest du mont Nebo.

Dans des plaines de fleurs magnifiques et calmes

Jéricho s'aperçoit : c'est la ville des palmes ;

Et, prolongeant ses bois, des plaines de Pliogor,

Le lentisque touffu s'étend jusqu'à Ségor. 20

Il voit tout Ghanaan, et la terre promise,

Où sa tombe, il le sait, ne sera point admise.

Il voit ; sur les Hébreux étend sa grande main,

Puis vers le haut du mont il reprend son chemin.

Or, des champs de Moab couvrant la vaste enceinte, 25

Pressés au large pied de la montagne sainte,

Les enfants d'Israël s'agitaient au vallon.

Comme les blés épais qu'agite l'aquilon.

Dès l'heure où la rosée humecte l'or des sables

Et balance sa perle au sommet des érables, 30

Prophète centenaire, environné d'honneur,

Moïse était parti pour trouver le Seigneur.

On le suivait des j^eux aux flammes de sa tête.

Et, lorsque du grand mont il atteignit le faîte,

Lorsque son front perça le nuage de Dieu 33

Qui couronnait d'éclairs la cime du haut lieu,

L'encens brûla partout sur des autels de pierre,

Et six cent mille Hébreux, courbés dans la poussière,

A l'ombre du parfum par le soleil doré.

Chantèrent d'une voix le cantique sacré. 40

^^ Ibid., XXXIV. 6. Le Seigneur... « l'ensevelit dans la vallée du pays de Moab, vis-à-vis de Phogor... »

-1 Les deux mots désignent la même région.

23 Ibid., 10-12. « Il ne s'éleva plus dans Israël de pi'Ophète semblable à Moïse..., qui ait agi avec un bras si puissant... »

•^1 Prophète centenaire. {Deutéï\, xxxi, 2.) Moïse dit au peuple d'Israël : (( J'ai présentement cent vingt ans ; je ne puis plus vous conduire, principalement après que le Seigneur m'a dit : Vous ne passerez pas ce fleuve du Jourdain. »

•^«^ « Moïse descendit de la montagne de Sinaï..., de l'entretien qu'il avait eu avec le Seigneur, il était resté des raj'ons de lumière sur son visage. Mais Aaron et le onfans d'Israël voyant que le visage de Moïse jetait des ra3'ons, craignaient d'approcher de lui. )) {Exode, xxxiv.'29-30.)

"^•'' Le Seigneur apparaît à Moïse « dans la colonne de nuée ». {Deutér., xxxi, 15.) — « Son Moïse a des coups de ciseau du Moïse de Michel-Ange. » (Lamartine, Cours familier, II.)

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Et les fils de Lévi, s 'élevant sur la foule, Tels qu'un bois de cyprès sur le sable qui roule, Du peuple avec la barpe accompagnant les voix, Dirigeaient vers le ciel l'hymne du Roi des rois.

Et, debout devant Dieu, Moïse ayant pris place, 45

Dans le nuage obscur lui parlait face à face.

Il disait au Seigneur : « Ne finirai-je pas ?

Où voulez-vous encor que je porte mes pas ?

Je vivrai donc toujours puissant et solitaire ?

Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre. — 50

Que vous ai-je donc fait pour être votre élu ?

J'ai conduit votre peuple oii vous avez voulu.

Voilà que son pied touche à la terre promise;

De vous à lui qu'un autre accepte Tentremise,

Au coursier d'Israël qu'il attache le frein ; 55

Je lui lègue mon livre et la verge d'airain.

''•' Les fils, de Lévi: la tribu sacerdotale.

'''* Le cantique que Moïse, sur l'ordre de Dieu, avait appris aux enfants d'Israël. {Ibid., 19.)

''*'' Le Seigneur parlait à Moïse « face à face », dit le Dénier onomc. (xxxiv, 10.)

''^ Ne fiiiirai-je pas ? ... Nulle part Moïse ne parle ainsi dans la Bible, M. A. Cahen remarque que c'est à peu près le cri que l'Ecriture prête à Elic. {Rois, III, xix, 4.) « Il fit dans le désert une journée de chemin : et... souhaitant la mort, il dit à Dieu : Seigneur, c'est assez ; retirez mon âme de mon corps. » Moïse, au contraire, dit au Seigneur (Z)eu/er., in, 25-27): (( Permettez donc que je passe au delà du Jourdain, et que je voie cette terre si fertile... » Mais le Seigneur « étant en colère » lui dit : « Montez sur le haut de la montagne de Phasga, et portez vos j'eux de tous côtés, et regardez vers l'Occident, vers le septentrion, vers le midi, et vers l'orient ; car vous ne passerez point ce fleuve dvi Jourdain... » — Job dit de même au Seigneur : a Le peu de jours qui anc restent ne finira-t-il point bientôt ?... » (Job, x, 20.)

^^ Ce vers sera le refrain de la plainte du prophète, symbolique incarnation du génie. — « La nature, en formant un homme de génie, lui secoue le flambeau sur la tête en lui disant : sois grand homme et sois malheureux. » (Diderot.) — « Le génie, au milieu de la société, est une douleur, une fièvre intérieure, dont il faudrait se faire traiter comme d'un mal, si les récompenses de la gloire n'en adoucissaient pas les peines. » (M™*^ de Staël.) — Cf. Hugo, Odes, I, 1 :

La gloire est le but où j'aspire On n y va point par le bonheur.

Et encore. Odes, IV, 1.

^'^ Mon Hure : le Pentateiique. — La verge d'airain miraculeuse que

« Pourquoi vous fallut-il tarir mes espérances,

Ne pas me laisser l'homme avec mes ignorances,

Puisque du mont Horeb jusques au mont Nébo

Je n'ai pas pu trouver le lieu de mon tombeau ? CO

Hélas ! vous m'avez fait sage parmi les sages !

Mon doigt du peuple errant a guidé les passages.

J'ai fait pleuvoir le feu sur la tête des rois ;

L'avenir à genoux adorera mes lois ;

Des tombes des humains j'ouvre la plus antique, 65

La mort trouve à ma voix une voix prophétique,

Je suis très grand, mes pieds sont sur les nations,

Ma main fait et défait les générations. —

Hélas ! je suis, Seigneur, puissant et solitaire,

Laissez-moi m'en dormir du sommeil de la terre ! "70

« Hélas ! je sais aussi tous les secrets des cieux, Et vous m'avez prêté la force de vos yeux. Je commande à la nuit de déchirer ses voiles ; Ma bouche par leur nom a compté les étoiles.

le Seigneur kii avait donnée (Exode, iv, 2), et avee laquelle il changea en Egj'pte l'eau en sang, puis fit jaillir une source du mont Horeb, et enfin vainquit les Amalécites. (Ibid., xvir, 5-11.)

^'''* Cf. Exode, III, 1-2. « Cependant Moïse conduisait les brebis de Jethro son beau-père, prêtre de Madian : et aj'ant mené son troupeau au fond du désert, il vint à la montagne de Dieu, nonunée Horeb. — Alors le Seigneur lui apparut dans une flamme de feu qui sortait du milieu d'un buisson... )) — Horeb est une montagne du désert de Sinai (Arabie Pétrée).

•'•' Exode, IX, 23. « Moïse ayant levé sa verge d'airain vers le ciel, le Seigneur fit fondre la grêle sur la terre au milieu des tonnerres et des feux qui brillaient de toutes parts... »

GojJG Vers bien obscurs. — M. E. Dupuy y croit trouver des souvenirs d'une lecLure de Manfrcd : « Dans mes courses solitaii-es, je m'enfonçais jusque dans les caverties de la mort, cherchant sa cause dans son effet... etc. » ((]f. La Jeunesse des Bonianliqucs, p. 352.) - Cf. Nombres, xvi, 28-34. Moïse obtient du Seigneur un châtiment inouï. Dathan et Abiron sont engloutis par la terre qui s'entr'ouvre sous leurs pas. — Moïse, l'heure de sa mort venue, prédit aux Israélites le sort qui les altendait. [Deiiiéronome, xxxni.)

'1 Comme le Manf'red de Bj'^ron, ce Moïse romantique a connu que « l'arbre de science n'était pas l'arbre de vie ».

'3 Les miracles de ce tout-puissant thaumaturge ne sj'mboliseraient-ils pas, dans la pensée de A'igny, la puissance merveilleuse du génie '

MOISK 11

Et dès qu'au firmament mon geste l'appela, 75

Chacune s'est hâtée en disant: « Me voilà ».

J'impose mes deux mains sur le front des nuages

Pour tarir dans leurs flancs la source des orages ;

J'engloutis les cités sous les sables mouvants ;

Je renverse les monts sous les ailes des vents ; 80

Mon pied infatigable est plus fort que l'espace ;

Le fleuve aux grandes eaux se range quand je passe,

Et la voix de la mer se tait devant ma voix.

Lorsque mon peuple souffre, ou qu'il lui faut des lois,

J'élève mes regards, votre esprit me visite ; 83

La terre alors chancelle, et le soleil hésite.

Vos anges sont jaloux et m'admirent entre eux. —

Et cependant. Seigneur, je ne suis pas heureux ;

Vous m'avez fait vieillir puissant et solitaire,

Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre. 90

» Sitôt que votre souffle a rempli le berger,

Les hommes se sont dit : (( Il nous est étranger » ;

Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,

Car ils venaient, hélas ! d'y voir plus que mon âme.

J'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir ; 95

Les vierges se voilaient et craignaient de mourir.

M'enveloppant alors de la colonne noire.

J'ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloire,

ir,.ic, Q,^ retrouve dans Eloa un mouvement sembhible. (I, v. 50.) — C'est Dieu qui a ce pouvoir. (Job, xxxvin, 22).

77 78 Qf Exode, IX, 33: a Après que Moïse eut quitté Pharaon, et fut sorti de la ville, il éleva les mains vers le Seigneur, et les tonnerres et la grêle cessèrent... » C'est lui qui attire les plaies sur l'Egj'pte.

«•2-8,5 Allusion au passage de la Mer Rouge. (Exode, xiv, 21-26.)

8'' Vigny prêle à Moïse des miracles attribués par l'Ecnlure à Josué (Josué, ni, 1(5, et x, 12-13.)

»i Cf. v. 47 (note).

9'' Cf. v. 33 (note).

9' La colonne noire. (Exode, xni, 21-22.) « Et le Seigneur marchait devant eux pour leur montrer le chemin, paraissant durant le jour en une colonne de nuée, et pendant la nuit en luie colonne de feu, pour leur servir de guide le jour et la nuit. » Dans ces vers. Moïse prend la place du Seigneur dont l'esprit l'anime.

Et j'ai (lit dans mon cœur : « Que vouloir à présent ? » Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant, loo Ma main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche, L'orage est dans ma voix, l'éclair est sur ma bouche ; Aussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous, Et, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux.

— O Seigneur ! j'ai vécu puissant et solitaire, 405 Laissez-moi m'endormirdu sommeil de la terre ! »

Or le peuple attendait, et^ craignant son courroux, Priait sans regarder le mont du Dieu jaloux ; Car, s'il levait les yeux, les flancs noirs du nuage Roulaient et redoublaient les foudres de l'orage, 110

Et le feu des éclairs, aveuglant les regards. Enchaînait tous les fronts courbés de toutes parts. Bientôt le haut du Mont reparut sans Moïse.

— Il fut pleuré. — Marchant vers la terre promise, Josué s'avançait pensif et pâlissant,

Car il était déjà l'élu du Tout-Puissant.

Ecrit en 1822.

'^* et suiv. On lit au chanl II d'Hcléna :

Au cœur privé d'amoui-, c'est bien peu que la gloire,

Si de quelque bonheur rayonne la victoire.

Soit pour les grands guerriers, soit à ceux dont la voix

Eclaii'e les mortels ou leur dicte des lois.

N'est-ce point qu en secret chaque pas de leur vie

Retentit dans une âme invisible et ravie...

^^^ Dieux jaloux : expression biblique. Le Seignevir veut être adoré seul, à l'exclusioii de toute idole ou de tout dieu étranger. Deutér. v, 9. (( Vous ne les adorerez et ne les servirez point. Car je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enians... ». Cf. La fille de Jephté, v, 53. Vigny d'ailleurs y donne à jaloux un sens péjoratif, byronien, qu'il n'avait pas dans les chœurs de Racine.

'^'* Il l'ut pleuré. « Les enfants d'Israël le pleurèrent dans la plaine de Moab pendant trente jours... » (Deulér., xxxiv, 8.)

^^•^ Josué s'avançait pensif {ilid. 99) : « il fut rempli de sagesse », dit la Bible, qui le représente comme un capitaine énergique et décidé.

ou LA SŒUR DES ANGES

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