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MYSTÈRE

« C'csl le serpent, dit-elle, je l'ai écoulé, et il m'a trompée. »

Genèse ^.

Le 3 octobre 1823, Vigny écrivait à V. Hugo, de Bordeaux oi!i il était en garnison : « J'ai fini Satan... Cette composition s'est beaucoup étendue sous mes doigts et renferme d'immenses développements... )) Ce mystère parut au printemps de 1824 (Paris, Boulland, in-S") sous le titre d'Eloa ou la Sœur des Anges.

Ce poème mystique reste une des perles romantiques les plus pures et les plus délicatement irisées. Théophile Gautier le mettait à part, au-dessus des meilleures œuvres de la grande école poétique dont Vigny fut l'un des initiateurs. M. Faguet y voit « la plus haute, la plus pure et la plus originale conception du poète, le poème de la pitié, et de la pitié pour le mal ; le péché aimé par l'innocence, parce que, pour l'innocence, le péché n'est que le plus grand des malheurs ». {Etudes sui- le XIX" siècle.)

Poëme original certes, — et qui paraît d'autant plus original qu'on évalue plus précisément la dette contractée par Vigny envers l'auteur du Paradis perdu, comme envers celui des Amours des Anges, comme envers Dante ou Byron, môme envers Klopstock. Qu'on feuillette le recueil des Tablettes romantiques (1823), on y trouvera la traduction en vers d'un épisode de la Messiade, Abadonna, par Alex. Soumet, — et qu'on relise ensuite Kloa, on ne risquera plus de se montrer injuste envers le talent et la force de conception de Vigny.

« UEloa de M. de Vigny n'eût jamais vu le jour, sans les Amours des Anges et la Messiade », dit un critique de la Revue française {i82q). — « Eloa rivalise de grâce et de majesté avec les plus belles pages de Klopstock... « écrit G. Planche dans la Revue des Deux Mondes du r'' août i832. Le critique du Globe, Charles Magnin, se montrait plus clairvoyant et plus équitable (21 octobre 182g) en ailirmant qu' « auprès d'Eloa, les Amours des Anges de Thomas Moore ne sont qu'une mesquine et coquette conception, un feu follet sans consistance et sans portée ». N'avait-il pas raison d'ajouter : « Certes, si l'on trouvait dans

Klopstock un épisode aussi poétiquement conçu, aussi heureusement exécuté, on se récrierait d'admiration; on se désaltérerait avec bonheur à cette source imprévue de poésie naïve et pure qui vient raviver un âge aride et desséché »?

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