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VIII ALFRED DE VIGNY : ŒUVRES CHOISIES

taient, au Ij'cée, la jalousie de ses compagnons d études. Ils s'indignaient des succès de ce petit garçon d'une délicatesse féminine. L'impression malencontreuse de ce premier contact avec la société ne s'effaça guère du souvenir de Vigny. Dans cette geôle de jeunesse captive, la pension Hix, il avait pourtant trouvé quelques amis.

Bientôt curieux, infatigable questionneur, dévorant toute la bibliothèque de son père, il s'éprenait, à quatorze ans, de mémoires et d'histoire, puis aussi ardemment des poètes anciens. « On me fit traduire Homère du grec en anglais et comparer page par page cette traduction à celle de Y Iliade de Pope..., travail... qui m'enseignait deux langues, avec le sentiment de la muse épique, dont la lyre résonnait deux fois à mes oreilles. »

« Ma véritable éducation littéraire fut celle que je me fis à moi-même, lorsque... je fus libre de suivre à bride abattue le vol rapide de mon imagination insatiable *... Puis je me passionnai pour les mathématiques, et, voulant entrer à l'Ecole polytechnique, je fus en peu de temps en état de passer les examens. Je m'essaj'ai aussi à écrire des comédies, des fragments de romans, des récits de tragédie ; mais tout cela était dans un goût qui se ressentait de ce qui avait été fait dans notre langue par les grands écrivains classiques, et cette ressemblance me devenant insupportable, je déchirais sur-le-champ ce que j'avais écrit, sentant bien qu'il fallait faire autrement, aj'^ant vite mûri mes idées et n'en trouvant pas encore la forme... Las d'une méditation perpétuelle dans laquelle j'épuisais mes forces, je sentis la nécessité d'entrer dans l'action, et, n'hésitant pas à me jeter dans les extrêmes, ainsi que j'ai fait toute ma vie, je voulus être officier... »

« L'artillerie me plaisait. La gravité, le recueillement, la science de ses officiers, s'accordaient avec mon caractère et mes habitudes. Je désirai y entrer, et j allais être présenté à l'Ecole polytechnique, lorsque, la bataille de Paris ramenant les Bourbons, l'armée s'ouvrit à moi plus rapidement, et j'y pris, encore enfant, une place assez élevée, ayant tout à coup le grade de lieutenant de cavalerie ;je devais le garder longtemps. »

* Ces fragments de Mémoires, datés de 1847, font penser par le ton jiux Mémoires d' Outre-tombe, publiés l'année suivante, mais dont Vigny devait connaître certains passages.

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