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II. — Vie militaire et poétique

U était temps qu'Alfred de Vigny respirât un autre air que celui du fojer morose où s élevaient toujours les mêmes plaintes et les mêmes regrets, où une excessive superstition du passé, une malédiction perpétuelle contre le présent le vouaient fatalement au pessimisme ^. La carrière militaire s ou\Tait à lui toute brillante. Le 6 juillet 1814. âgé de dix-sept ans, il entrait dans les Compagnies rouges de la Maison du roi. Sa qualité de gendarme du roi équivalait au grade de lieutenant de cavalerie.

Le 23 février 1815, M™*; de Vigny remettait à son fils un petit cahier d'instructions écrites de sa main : vrai bréviaire religieux et moral, mondain aussi, exempt de toute pruderie. Document précieux pour quiconque veut connaître les traditions et les idées qui s'étaient imposées, dès ses premier ans, au futur poète -.

Muni de ce viatique et dune Imitation de Jésus-Christ, présent de sa mère, le brillant soldat, blond et gracieux, les yeux bleus et songeurs, dallure finement aristocratique, rejoignit son corps à VersaiUes. Le désir de gloire militaire, dont la rare jeunesse d'alors brûlait toujours, devait être déçu, et cruellement. Il suffit, dit-on, au peintre Géricault de porter trois mois le costume de mousquetaire de la Maison rouge pour se dégoûter à jamais de l'uniforme, et revenir à ses pinceaux avec une nouveDe ardeur. L'auteur de la Canne de jonc n'est pas tendre pour ses premiers compagnons d'armes. S'il trouva, parmi eux, quelques dignes et fidèles amis, combien la sotte vanité et la morgue du corps blessèrent sa délicatesse et son intelligence 1 A la manœuvre, jouant de malheur, il tombe de cheval et se casse la jambe. A peine remis, il escorte les voitures de Louis XVIIl fuyant de Paris à Gand. Interné pendant les Cent jours, à Amiens, il rejoint ensuite sa compagnie, qu'on licencie, non sans raison, le 1*^ janvier 1816. Il lui fallait dire adieu au bel uniforme écarlate ", pour lequel ses parents avaient fait tant de sacrifices.

Le 4 avril, il passait comme sous-lieutenant au 5^ régiment d'infanterie de la garde royale — et cela grâce à une demande, adressée par la comtesse Léon de Vigny, au ministre de la

^ Cf. E. Ehipuy, il. de Vigng, I, 1.

* Cf. La Jeuncsae des romantiques^ p. 204.

^ Un tableau du Musée. Carnavalet représente A. de Vigny en mousquetaire rouge.

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