‹ Œuvres choisiesChapitre 46 sur 135 · LA FILLE DE JEPHTE · texte numérisé non relu

LA FILLE DE JEPHTE

Vous n'aurez pas béni sa venue, et mes pleurs 05

Et mes chants n'auront pas endormi ses douleurs ;

Et, le jour de ma mort, nulle vierge jalouse

Ne viendra demander de qui je fus l'épouse,

Quel guerrier prend pour moi le ciliée et le deuil.

Et seul vous pleurerez autour de mon cercueil. » 70

Après ces mots, l'armée assise tout entière Pleurait, et sur son front répandait la poussière. Jeplité sous un manteau tenait ses pleurs voilés ; Mais, parmi les sanglots, on entendit : « Allez. »

Elle inclina la tête et partit. Ses compagnes, 15

Comme nous la pleurons, pleuraient sur les montagnes ; Puis elle vint s'offrir au couteau paternel. — Voilà ce qu'ont chanté les filles d'Israël.

Ecrit en 1820.

^'^ Le cilice : détail exact. — Cf. Genèse, xxxvii,34(le deuil de Jacob) : « Ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d'un cilice, pleurant son fils fort longtemps. »

"■^ Josué, défait, déchire ses vêteaients, puis lui et les anciens d'Israël se jettent de la poussière sur la tête. (Josué, vu, 6.)

''■^ Encore une indication choisie par le poète chez Cl. Fleurj' (s'envelopper d'un manteau pour cacher ses larmes). C'est aussi le geste de î'Agamemnon d'Euripide, geste immortalisé par le peintre Timanthe dans le Sacrifice d'Iphigénie.

74 77 Vigny rivalise de sobriété et de force avec la Bible .

'8 Reprise du premier vers du poème, refrain discret.

SYMETHA

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