Périphrases à la Delille
^'* Les noctiluques qui rendent la mer phosphorescente ; le poët? les compare aux lueurs du feu Saint-EIme.
^'^''* Sa longue crinière : image suggérée par une célèbre staiice de Byron. {Childe Harold, iv, 184) : « Je t'ai toujours aimé. Océan ! et les plus doux plaisirs de jiia jeunesse étaient de me sentir sur ton sein, errant à l'aventure comme tes flots. Dès mon enfance, je jouai avec tes brisants ; rien n'égalait le charme qu'ils avaient pour moi... J'étais comme un de tes enfants, je nae confiais gaiement à tes vagues et je jouais avec ton humide crinière... »
LA FHÉGATE LA SÉHIEUSt: 65
Et, sans l'agiter, y laisse l(tt
Se jouer le lionceau ;
Comme sur sa tête agile
Une femme tient l'argile.
Ou le jonc souple et fragile,
D'un mystérieux berceau. 110
Moi, de sa poupe hautaine
Je ne m'absentais jamais,
Car^ étant son capitaine.
Comme un enfant je l'aimais :
J'aurais moins aimé peut-être 115
L'enfant que j'aurais vu naître ;
Moi, je suis un vrai marin ;
De son cœur on n'est pas maître.
Ma naissance est un mj'stère :
Sans famille, et solitaire, 120
Je ne connais pas la terre,
Et la vois avec chagrin.
Mon banc de quart est mon trône.
J'y règne plus que les Rois;
Sainte-Barbe est ma patronne ; 125
Mon sceptre est mon porte-voix ;
^^^^ Comparer dans Le Pilote, de Cooper, ranioiir de Tom le Long pour son schooner.. « C'est une charmante frégate ! lit-on dans ce roman, elle suit son gouvernail comme un soldat de marine l'œil de son sergent. Mais il lui faut de la place en avant, car elle ne fend pas l'eau, elle vole ; on dirait quelle veut devancer le vent. » Et ailleurs encore : « Je crois qu'il est aussi naturel à un marin d'aimer le bois et le fer qui l'ont porté sur les profondeurs de l'Océan tant de jours et de nuits, qu'il l'est à un père de chérir les membres de sa propre famille. »
ll'j i'2-2 „ Quant à moi, dit Tom, je suis né à bord d'un chébec, et je n'ai jamais pu comprendre à quoi sert la terre, si ce n'est une petite île çà et là pour y avoir quelques légumes et y faire sécher du poisson. Il me suffit de la voir pour me trouver mal à Taise. »
^'■^^' Sainte Barbe, patronne des canonniers et des marins.
Ma couronne est ma cocarde ;
Mes officiers sont ma garde ;
A tous les vents je hasarde
Mon peuple de matelots, 130
Sans que personne demande
A quel bord je veux qu'il tende.
Et pourquoi je lui commande
D'être plus fort que les flots.
Voilà toute la famille 135
Qu'en mon temps il me fallait ;
Ma Frégate était ma fille.
« Va ! » lui disais-je. Elle allait,
S'élançait dans la carrière,
Laissant l'écueil en arrière, 140
Gomme un cheval sa barrière ;
Et l'on m'a dit qu'une fois
(Quand je pris terre en Sicile)
Sa marche fut moins facile :
Elle parut indocile 145
Aux ordres d'une autre voix.
On l'aurait crue animée I
Toute l'Egypte la prit,
Si blanche et si bien formée,
Pour un gracieux Esprit 150
Des Français compatriote,
Lorsqu'en avant de la flotte,
Dont elle était le pilote
Doublant une vieille tour,
Elle entra, sans avarie, 155
Aux cris : « Vive la patrie I »
Dans le port d'Alexandrie,
Qu'on appelle Abou-Mandour a.
a) La Tour des Arabes, près d'Alexandrie. (Note de l'auteur.) — Vigny, comme tous ses camarades, avait dévoré le recueil intitulé