LE REPOS
Une fois, par malheur, si vous avez pris terre,
Peut-être qu'un de vous, sur un lac solitaire, ICO
Aura vu, comme moi, quelque cygne endormi.
Qui se laissait au vent balancer à demi.
Sa tête nonchalante, en arrière appuyée.
Se cache dans la plume au soleil essuyée :
Son poitrail est lavé par le flot transparent, ^165
Comme un ccueil où l'eau se joue en expirant ;
Le duvet qu'en passant l'air dérobe à sa plume
Autour de lui s'envole et se mêle à l'écume ;
Une aile est son coussin, l'autre est son éventail ;
Il dort, et de son pied le large gouvernail 170
Trouble encore, en ramant, l'eau tournoyante et douce,
Tandis que sur ses flancs se forme un lit de mousse,
De feuilles et de joncs, et d'herbages errants
Qu'apportent près de lui d'invisibles courants.