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Quelque amertume dans ces vers

2'' « Deux démons à leur gré partagent notre vie... J'appelle l'un l'Amour, et l'autre l'Ambilioa », écrivait La Fontaine. (Le Berger et le Roi.)

^^ « Ecriteau... » : l'image n'est pas très heureuse ; — on comprend toutefois qu'il s'agit des prétentions présomptueuses qu'atliche le icune homme.

'^'^ Voir E. Estève : Byron et le romantisme français. — Bonaparte et Byron, les deux dieux des « enfants du siècle ».

35 Cf. dans les Œuvres choisies de Musset, Dupont et Durand, satire assez cruelle des utopistes humanitaires, Fouriéristes et Saiut-Simoniens.

Bientôt par nos fleurets le défaut est trouvé ; D'un seul argument fin son ballon fut crevé.

Pour hisser sa nacelle il en gonfla bien d'autres 45

Que le vent dispersa. Fatigué des apôtres,

Il dépouilla leur froc. (Lui-même le premier

Souriait tristement de cet air cavalier

Dont sa marche, au début, avait été fardée

Et, pour d'obscurs combats, si pesamment bardée : 50

Car, plus grave à présent, d'une double lueur

Semblait se réchauffer et s'éclairer son cœur ;

Le Bon Sens qui se voit, la Candeur qui l'avoue.

Coloraient en parlant les pâleurs de sa joue.)

Laissant donc les couvents, panthéistes ou non, 55

Sur la poupe d'un drame il inscrivit son nom

Et vogua sur ces mers aux trompeuses étoiles ;

Mais, faute de savoir, il sombra sous ses voiles

Avant d'avoir montré son pavillon aux airs.

Alors rien devant lui que flots noirs et déserts, 60

L'océan du travail si chargé de tempêtes

Où chaque vague emporte et brise mille têtes.

Là, flottant quelques jours sans force et sans fanal.

Son esprit surnagea dans les plis d'un journal,

Radeau désespéré que trop souvent déploie 65

L'équipage affamé qui se perd et se noie.

Il s'y noya de même, et de même, ayant faim,

Fit ce que fait tout homme invalide et sans pain.

** Ballon à rapprocher de nacelle (v. 45). Image semblable dans le Journal (1833) : « C'est un grand malheur que de porter avec soi dans l'avenir son maladroit ci-itique comme un ballon sa nacelle. »

^'^ Froc : les saint-simoniens portaient un costume spécial, rehaussé de bleu-barbeau.

^^ Fardée : chargée (vieilli).

^•^ Vigny affectionne les comparaisons nautiques. Dans la Lettre à MM. Ips Députés, écrite le 15 janvier 1841 — sur la propriété littéraire — on lit déjà : o Sur ce mot vide de sens [Carrière des lettres] se sont embarqués, pour faire naufrage dans la nier perfide de la publicité, des milliers de jeunes gens dont le cœur généreux était déçu par un espoir chimérique et les yeux fascinés par je ne sais quel phare toujours errant» »

<( Je gémis, disait-il, d'avoir une pauvre âme

Faible autant que serait l'âme de quelque femme, 70

Qui ne peut accomplir ce qu'elle a commencé

Et s'abat au départ sur tout chemin tracé.

L'idée à l'horizon est à peine entrevue,

Que sa lumière écrase et fait ployer ma vue.

Je vois grossir l'obstacle en invincible amas, 15

Je tombe ainsi que Paul en marchant vers Damas.

— Pourquoi, me dit la voix qu'il faut aimer et craindre. Pourquoi me poursuis-tu, toi qui ne peux m'étreindre ?

— Et le rayon me trouble et la voix m'étourdit,

Et je demeure aveugle et je me sens maudit. » 80

« Non, criai-je en prenant ses deux mains dans les miennes, Ni dans les grandes lois des croyances anciennes, Ni dans nos dogmes froids, forgés à l'atelier. Entre le banc du maître et ceux de l'écolier, Ces faux Athéniens dépourvus d'atticisme, 85

Qui nous soufflent aux yeux des bulles de sophisme, N'ont découvert un mot par qui fût condamné L'homme aveuglé d'esprit plus que l'aveugle-né.

"''^ 1«' texte : femme.

73.74 Vignj' ne se confesse-t-il pas par la bouche de son pauvre joueur de flûte ? Ebloui par son idée, le poëte a souvent désespéré d'achever sa tâche « d'ouvrier en livres >♦ ; et même, une fois l'œuvre terminée, il souffrait de constater l'imperfection de son art — comme de tout art humain.

70.80 (2f^ Actes des Apôtres, ix. Vigny paraphrase le récit de la conversion de saint Paul. « Mais lorsqu'il était en chemin, et qu'il approchait déjà de Damas, il fut tout d'un coup environné et frappé d'une lumière du ciel.

Et tombant par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ?...

«... Le Seigncu' lui répondit.. Or les hommes qui l'accompagnaient demeurèrent tout étonnés ; car ils entendaient une voix ; mais ils ne voyaient personne. »

'**■' Nos dogmes froids... << L'éclectisme est une lumière sans doute, mais une lumière comme celle de la lune, qui éclaire sans échauffer. >» {Journal, 1829.)

8^ Bons vers satiriques.

*^ Souvenir des Evangiles.

« C'est assez de souffrir sans se juger coupable

Pour avoir entrepris et pour être incapable ; 90

J'aime, autant que le fort, le faible courageux

Qui lance un bras débile en des flots orageux,

De la glace d'un lac plonge dans la fournaise

Et d'un volcan profond va tourmenter la braise.

Ce Sisyphe éternel est beau, seul, tout meurtri, 95

Brûlé, précipité, sans jeter un seul cri.

Et n'avouant jamais qu il saigne et qu'il succombe

A toujours ramasser son rocher qui retombe.

Si, plus haut parvenus, de glorieux esprits

Vous dédaignent jamais, méprisez leur mépris ; iOO

Car ce sommet de tout, dominant toute gloire,

Ils n'y sont pas, ainsi que l'œil pourrait le croire.

On n'est jamais en haut. Les forts, devant leurs pas,

Trouvent un nouveau mont inaperçu d'en bas,

Tel que l'on croit complet et maître en toute chose 105

Ne dit pas les savoirs qu'à tort on lui suppose,

Et qu'il est tel grand but qu'en vain il entreprit.

— Tout homme a vu le mur qui borne son esprit.

« Du corps et non de l'âme accusons l'indigence.

Des organes mauvais servent Tintelligence HO

^^ N'est-ce pas l'intention, l'effort qn'on apprécie dans la conduite d'un homme, plus que le résultat, indépendant de la volonté ?

^- Vignj' pensait sans cesse à montrer aux prises l'homme et la destinée. « L'une l'emportant comme la mer, et l'autre grand parce qu'il la devance, ou grand parce qu'il lui résiste. » {Journal, 1829.) — Cf. Les Destinées, v. 83.

9S Le poi-'te prêle à la fable antique un sens symbolique qu'elle n'avait point chez Homère. (Odyssée, XI, 593.) On songe à Lucrèce (III, 993), ou à Dante. — M™* de Staël, pensant aux adversaires de la perfectibilité, écrit : « Quel triste spectacle que ces générations s'occupant sur la terre, comme Sisyphe dans les enfers, à des travaux constamment inutiles ! Et que serait donc la destinée de la race humaine, si elle ressemblait au supplice le plus cruel que rimagination des poètes ait conçu ? » (De l'Allemagne, III, xxr.) — Dans ses Réflexions sur la vérité dans l'Art, Vigny montrait les philosophies « roulant sans cesse leur rocher, qui n'arrive jamais et retombe sur elles ».

108 Tout homme... aussi le vrai mérite est-il modeste et indulgent. Lamartine avait écrit dans L'homme '

Borné dans sa nature, infini dans ses vœux...

••0 Maine de Biran définissait, on le sait, l'homme : « une intelli-

Et touchent, en tordant et tourmentant leur nœud,

Ce qu'ils peuvent atteindre et non ce qu'elle veut.

En traducteurs grossiers de quelque auteur céleste

Ils parlent... Elle chante et désire le reste.

Et, pour vous faire ici quelque comparaison, 115

Regardez votre flûte, écoutez-en le son.

Est-ce bien celui-là que voulait faire entendre

La lèvre ? Etait-il pas ou moins rude ou moins tendre ?

Eh bien ! c'est au bois lourd que sont tous les défauts,

Votre souffle était juste et votre chant est faux. 120

Pour moi qui ne sais rien et vais du doute au rêve,

Je crois qu après la mort, quand l'union s'achève.

L'âme retrouve alors la vue et la clarté.

Et que, jugeant son oeuvre avec sérénité.

Comprenant sans obstacle et s expliquant sans peine, 125

Comme ses sœurs du ciel elle est puissante et reine,

Se mesure au vrai poids, connaît visiblement

Que son souffle était faux par le faux instrument,

gpnce servie par des organes », Vigny rectifie : « mal servie ». — Citant ce vers dans le Journal, le poêle ajoute un exemple : « Malebranche était idiot jusqu'à l'âge de dix-sept ans. — Une chute le blesse à la tête, on le trépane, il devient un homme de génie. Descartes trépané fut devenu peut-être idiot. (1842.) » Dans une lettre du 2 avril 1843 à Léon de Wailly, Vigny rappelle l'histoire de Malebranche, puis ajoute : « N'est-ce pas là vraiment un trou de la Flûte qui se débouche ? »

^^^ Leur nœud: les liens qui les retiennent prisonniers de la matière (?), On trouverait dans La mort de Socrate, et dans Novissima verba de Lamartine des images et une conception semblables. — Cf. Le mont des Oliviers, v. 106.

^^^ En traducteurs grossiers..., c'est la doctrine platonicienne. Heraclite avait déjà dit : « Ce sont de mauvais témoins pour l'homme que l'œil et l'oreille ; ils ont des âmes barbares. » — Ecrivant un jour à une jeune Anglaise qui lui avait demandé un autographe, \'igny disait : « L'écriture grossière représente aussi mal la Parole que la lente parole représente la pensée, mais nous devons les bénir jusqu'au jour où nous connaîtrons la langue céleste que rien ici-bas ne nous fait deviner, si ce n'est l'Amour et la Prière. »

^^■^ Transition bien gauche, mais révélatrice de la méthode du poète.

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