Cf. Paris, V
^*^ S'achève : prend fin. — Idéalisme platonicien.
**^ La vue et la clarté : la vue claire. Vigny a écrit ailleurs : Le cristal, c'est la vue et la clarté du juste.
N'était ni glorieux ni vil, n'étant pas libre ;
Que le corps seulement empêchait l'équilibre ; 130
Et calme, elle reprend, dans l'idéal bonheur,
La sainte égalité des esprits du Seigneur. »
Le Pauvre alors rougit d'une joie imprévue,
Et contempla sa Flûte avec une autre vue ;
Puis, me connaissant mieux, sans craindre mon aspect, i35
Il la baisa deux fois en signe de respect,
Et joua, pour quitter ses airs anciens et tristes,
Ce Salve Regina que chantent les Trappistes.
Son regard attendri paraissait inspiré,
La note était plus juste et le souffle assuré. 140
Ce poëme parut dans la Revue des Deux Mondes du i*' juin 1843. Après un retour éphémère aux croyances chrétiennes, devant la tombe de sa mère, Vigny n'avait pas tardé à retomber dans son incrédulité. Il avait lu La vie de Jésus de Strauss, traduite par E. Littré. Plus que jamais, « la religion du Christ » lui paraissait une « religion de désespoir ». {Journal, 1834.) Estimant sans doute que « le mythe peut être bon à conserver comme mythologie philosophique » {ibid., iSSg), il évoqua dans cette pièce admirable les souffrances humaines du Christ au mont des Oliviers. Il s'en prend à Dieu des angoisses du Fils de l'homme ; il accuse l'Etre tout-puissant, éternellement silencieux, impassible, à l'heure fatidique où Jésus adressait
son dernier soupir et sa dernière voix, Une plainte à son Père, un pourquoi sans réponse...
(Lamartine.)
Quel développement puissant et quelle signification inattendue le poète penseur donne à telle scène de la Messiade 011 Klopstock
"•'^9 Le corps supprime toute liberté, et partant toute culpabilité. C'est assez d'avoir souffert, il est impossible qu'on soit encore « maudit ».
138 Vigny, amateur enthousiaste de musique, avait dû être ravi en une « pure extase » par le chant grave et mesuré, d'une beauté solennelle, du Salve Regina, qu'on pouvait entendre à l'ofHce du soir dans les couvents de la Trappe.
évoquait le supplice du Christ, le silence qui régnait sur la création plongée dans l'ombre, la désolation universelle... et le silence, toujours le silence de la nature et de l'Eternel ! Si de ce fragment du chant VIII du « Messie », cité avec enthousiasme par Chateaubriand (Essai siu- les Révolutions), on passe au Songe de Jean-Panly vision d'épouvante et de désespoir que M™" de Staël avait dévoilée aux lecteurs de l'Allemagne^ on n'en ressentira que plus d'admiration encore pour le talent poétique, la vigueur de conception et la profondeur de pensée de Vigny. Son œuvre paraît plus vraiment originale et plus belle, à mesure qu'on la compare avec la rêverie saisissante, apocalyptique et bizarre de l'humoriste, ou avec l'épisode de Klopstock. — On comprend, en outre, l'amertume du poète devant l'indifférence du public de 1843, et aussi la confiance avec laquelle il espérait en la postérité.
Alors il était nuit, et Jésus marchait seul,
Vêtu de blanc ainsi qu'un mort de son linceul ;
Les disciples dormaient au pied de la colline.
Parmi les oliviers, qu'un vent sinistre incline,
Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ; 5
Triste jusqu'à la mort, l'œil sombre et ténébreux.
Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe
Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe ;
Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni,
Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani. 10
1 Vigny prêle cette attitude au Christ : dans les Evangiles, il est agenouillé, à environ un jet de prière de ses disciples. (S. Luc.) Chez S. Matthieu, il revient plusieurs fois vers eux et les trouve endormis. — Seul : l'abandon où le laissent ses fidèles redouble sa tristesse.
2 Touche romantique.
'' La nature semble associée aux sentiments du personnage : les oliviers frissonnent, le vent seul répondra à la voix du Fils de l'homme (v. 30). — Cf Klopstock : « Un vaste silence régnolt dans toute l'étendue de la création .. Le calme efTrayant qui régnolt dans la nature étolt l'image de la mort... Bientôt l'obscurité couvrit la terre, où régnolt un profond silence, et ce silence morne augmentolt avec les ténèbres..., la nature entière étoit ensevelie dans un calme sinistre... » (Cité par Chateaubriand.)
6 « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » (S. Matthieu.)
' Attitude insolite.
8« Comme un voleur de nuit... » : comparaison familière employée par S. Paul, Aux Thessaloniciens, v, 2.
^ Jésus aimait à se retirer sur la montagne des Oliviers.
^^ Paraphrase des versets évangéliques.
Il se courbe, à genoux, le front contre la terre ;
Puis regarde le ciel en appelant : « Mon Père ! »
— Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.
Il se lève étonné, marche encore à grands pas,
Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente 15
Découle de sa tête une sueur sanglante.
Il recule, il descend, il crie avec efifroi :
« Ne pouviez -vous prier et veiller avec moi ? »
Mais un sommeil de mort accable les apôtres.
Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres. 20
Le Fils de l'homme alors remonte lentement.
Comme un pasteur d'Egypte, il cherche au firmament
Si l'Ange ne luit pas au fond de quelque étoile.
Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile
D'une veuve, et ses plis entourent le désert. 25
Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert
Depuis trente-trois ans, devint homme, et la crainte
Serra son cœur mortel d'une invincible étreinte.
Il eut froid. Vainement il appela trois fois :
« Mon Père ! » Le vent seul répondit à sa voix. 30
^^ « Et s'en allant un peu plus loin, il se prosterna le visage contre terre, priant et disant : Mon Père... «(Matthieu, 39.) — Se courbe... semble gauche.
1^ Vigny se souvient du Songe de Jean Paul. Le Christ qui a regardé dans l'abîme, aux dernières limites de l'univers, s'est écrié : — i-'ére, où es-tu ? — « Mais je n'ai entendu que la pluie qui tombait goutte à goutte dans l'abîme, et l'éternelle tempête... m'a seule répondu. Relevant ensuite mes regards vers la voûte des cieux, je n'y ai trouvé qu'une orbite vide, noire et sans fond... » (M""^ de Staël.) Cf. F". Baldensperger, A. de V., Le « Songe de Jean Paul », dans le Romantisme français.
16 « Et il lui vint une sueur comme de gouttes de sang, qui coulait jusqu'à terre. » (Luc.)
1^ « Il vint ensuite vers ses disciples, et les aj'ant trouvés endormis, il dit à Pierre : Quoi ! vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? » (Matthieu.)
'2'2-23 Chez S. Luc on lit : « Alors il lui apparut un ange du ciel qui vint le fortifier. Et étant tombé en agonie, il redoublait ses prières. » — Vigny montre un Christ plus abandonné, interrogeant en vain le ciel, cherchant l'ange qui doit venir le soutenir dans son angoisse . — Cf. Le Déluge, v. 123.
29 Xrois fois : « Il s'en alla encore prier pour la troisième fois, disant les mêmes paroles. » (S. Matthieu.)
Il tomba sur le sable assis, et, dans sa peine, Eut sur le monde et l'homme une pensée humaine. — Et la terre trembla, sentant la pesanteur Du Sauveur qui tombait aux pieds du Créateur.
Jésus disait : « O Père, encor laisse-moi vivre ! 3S
Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre !
Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?
C'est que la Terre a peur de rester seule et veuve,
Quand meurt celui qui dit une parole neuve ; 40
Et que tu n'as laissé dans son sein desséché
Tomber qu'un mot du ciel par ma bouche épanché.
Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,
Qu il a comme enivré la famille mortelle
D'une goutte de vie et de divinité, 45
Lorsqu'en ouvrant les bras j'ai dit : « Fraternité. »
<( Père, oh ! si j'ai rempli mon douloureux message,
Si j'ai caché le Dieu sous la face du sage,
Du sacrifice humain si j'ai changé le prix,
Pour l'offrande des corps recevant les esprits, 50
Substituant partout aux choses le symbole,
La parole au combat, comme aux trésors Tobole,
•^' Assis ' altitude de la désolation chez les Israélites.
^'"^ Humaine, cf. v. 27.
Xiji'i Vers d'un rclentissemcnt admirable.
^•'^ Encor laisse-moi : inversion maladroite.
•^'' i^e dernier mot : le mot capital, essentiel.
''0 Qui dit (au passé). — Une parole neuve : l'évangile (bonne nouvelle).
^''^ Epanché : le terme est joli, mais convient mal à un mot; Vigny a dans l'idée une liqueur de vie, uu breuvage (v. 44, enivré).
''''' La famille mortelle : Cf. Paris, v. 170 : « famille humaine », rexpressiou porte sa date, mais n'était point sans beauté.
'''^ Message : mission ; plus harmonieux que le mot propre, il est préféré par Vign}'^ ; cf. Eloa :
Tandis qu'ils remplissaient les messages de Dieu...
^^ Humain : fait par l'homme. Défaillances d'expression. ^^ Au trésor (1864).
Aux flots rouges du sang les flots vermeils du vin,
Aux membres de la chair le pain blanc sans levain ;
Si j'ai coupé les temps en deux parts, l'une esclave 55
Et l'autre libre ; — au nom du passé que je lave,
Par le sang de mon corps qui souffre et va finir,
Versons-en la moitié pour laver l'avenir !
Père libérateur ! jette aujourd'hui, d'avance,
La moitié de ce sang d'amour et d'innocence 60
Sur la tête de ceux qui viendront en disant :
(( Il est permis, pour tous, de tuer l'innocent. »
Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,
Des dominateurs durs escortés de faux sages
Qui troubleront l'esprit de chaque nation 65
En donnant un faux sens à ma Rédemption.
^^ Les couleurs ont une valeur morale aux j'^eux des romantiques : rouge est brutal, sanglant ; vermeil radieux et favorable.
s* Aux membres de la chair : aux agneaux, aux pigeons qu'on sacrifiait, — Le nouveau sacrifice se fera sous les espèces du pain et du vin.
^^ Cf. Les Destinées.
^8 Expression médiocre. — « J'étais comme le Jésus de Manzoni, se souvenant de l'avenir », écrit Vigny dans sa correspondance.
^0 Sang d'amour et d'innocence : tour emprunté à la Bible, et dont on trouve maint exemple chez d'Aubigné, Racine, etc.
^^ Style évangélique : (( car plusieurs viendront sous mon nom, et diront... » (S. Marc, xin, 6 )
•i'-2 Vigny pense aux paradoxes de Joseph de Maistre. (Cf. Stello, infra.) Il proteste, de toute son âme ardente de justice et de pitié, contre la souffrance de l'innocent. (Cf. La fille de Jephté.) — Cf. S. Jean, xi, 50 : « Vous ne considérez pas, dit Caïphe, qu'il vous est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse point. »
f'* Dominateurs des peuples, dit la Bible. — Le poëte pense aux Inquisiteurs, aux massacreurs de la Saint-Barthélémy (cf. Madame de Soubise), aux guerres de religion, aux bûchers d'Espagne, de France ou de Genève, etc.
^■' Cf. Journal, infra ; — el dans VHymnc au Christ de Lamartine {Harmonies poétiques et religieuses), dont Vigny cite, dans une lettre, le premier vers :
O Christ, il est trop vrai, ton éclipse est bien sombre
une allusion à la Sainte-Alliance :
L'imposture a terni la vérité sup>rême,
Et les tyrans, pren.-uit ta foi pour diadème,
Ont doré de ton nom Iç joug des nations.
— Hélas ! je parle encor que déjà ma parole
Est tournée eu poison dans chaque parabole ;
Eloigne ce calice impur et plus amer
Que le fiel, ou l'absinthe, ou les eaux de la mer. 70
Les verges qui viendront, la couronne d'épine.
Les clous des mains, la lance au fond de ma poitrine,
Enfin toute la croix qui se dresse et m'attend.
N'ont rien, mon Père, oh ! rien qui m'épouvante autant !
Quand les Dieux veulent bien s'abattre sur les mondes, 15
Ils n'y doivent laisser que des traces profondes ;
Et, si j'ai mis le pied sur ce globe incomplet,
Dont le gémissement sans repos m'appelait.
C'était pour y laisser deux Anges à ma place
De qui la race humaine aurait baisé la trace, 80
La Certitude heureuse et l'Espoir confiant.
Qui, dans le paradis marchent en souriant.
Mais je vais la quitter, cette indigente terre.
N'ayant que soulevé ce manteau de misère
C7 68 Les princes des prêtres et les anciens du peuple ont déjà décidé l'arrestalion de Jésus, dont les paraboles subuersiues les inquiètent.
'''J a Mon Père, s'il est possible, faites que ce calice s'éloigne de moi... » (S. Matthieu.) — L'aosinthe : comparaison biblique {Apocalypse, VIII, 11) comme le fiel.
"'^ Qui viendront : à venir, auxquelles je serai fatalement livré ; — d'épine (au singulier). Cf. Paris, v. 100.
'"^ Toute la croix : l'instrument de la passion, ou la passion ellemême.
''■^ Noter l'exclamation romantique au milieu du vers.
'^ S'abattre : le mot convenait mieux aux Deslinées qu'à un rédempteur ; — les mondes : Vigny pcnse-t-il qu'il y aurait pluralité de mondes à sauver ? Il songe à la cosmographie mythique d'Eloa. — CL ici, v. 101.
"" Incomplet : imparfait.
'^ Sans repos : le mot indique l'cfîbrt pénible, la perpétuelle angoisse de l'humanité.
''^ Allégories pseudo-classiques, à la Louis Racine {La Religion) :
La foi, fille du Ciel, devant moi se présente Sur une ancre appuyée, elle a le front voilé.
La Fable représentait l'Espérance, sous les traits d'une jeune Nymphe, « l'air serein, souriant avec grâce... » — Plus bas le Doute et le Mal. — « On parle de la foi. Qu'est-ce, après tout, que cette chose si rare ? — Une espérance fervente. — Je 1 ai sondée dans tous les prêtres qui disaient la posséder, et n'ai trouvé que cela. — Jamais la certitude. » {Journal, 18i3.)
Qui l'entoure à grands plis, drap lugubre et fatal, 85
Que d'un bout tient le Doute et de l'autre le Mal.
« Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre.
Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre
De les avoir permis. — C'est l'accusation
Qui pèse de partout sur la création ! — 90
Sur son tombeau désert faisons monter Lazare.
Du grand secret des morts qu'il ne soit plus avare,
Et de ce qu'il a vu donnons-lui souvenir;
Qu'il parle. — Ce qui dure et ce qui doit finir,
Ce qu'a mis le Seigneur au cœur de la Nature, 95
(2e qu'elle prend et donne à toute créature,
Quels sont avec le ciel ses muets entretiens,
Son amour ineffable et ses chastes liens,
Comment tout s'y détruit et tout s'y renouvelle.
Pourquoi ce qui s'y cache et ce qui s'y révèle ; lOO
Si les astres descieux tour à tour éprouvés
Sont comme celui-ci coupables et sauvés ;
Si la terre est pour eux ou s'ils sont pour la terre ;
Ce qu'a de vrai la fable et de clair le mystère,
D'ignorant le savoir et de faux la raison ; 105
Pourquoi Tâme est liée en sa faible prison,
8'^ Cf. Paris, V. 237-238.
*^'^ Dans l'Espoir en Dieu (1838), Musset adressait une pressante prière à la Divinité qui a permis le Mal, le Doute, la Mort. Pour moins profonde et moins élevée qu'elle soit, cette pièce reste révélatrice de l'état d'âme de toute une génération.
8'' Cf. Journal, 1835 : L'âme d'un jeune homme qui s'est suicidé dit à Dieu : « Pourquoi avez-vous créé le mal de l'âme, le péché, et le mal du corps, la souffrance ? Fallait-il vous donner plus longtemps le spectacle de mes douleurs ? »
^1 Tombeau est inexact (S. Jean, xi, 38). Lazare avait été enseveli dans un sépulcre creusé dans le roc. Toutefois l'impression donnée par le vers est plus vaste et plus juste.
^"^ Grand : à mettre en valeur par la diction.
•)i Vigny formule ici les problèmes que pose la philosophie et la métaphysique : problèmes du bien et du mal, de la vérité et du doute, de la vie et de la mort, de la Providence et du hasard, « tous les pourquoi possibles » (Sainte-Beuve) sur Dieu, la Nature et l'Homme. — Qu'il parle : la prière du Christ devient pressante et impcrative ; que Lazare révèle les secrets d'outre-tombe.
'.)7!)« Muets..., chastes : touches propres au poète.
100 Cf. La Flûte.
Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,
Entre l'ennui du calme et des paisibles joies
Et la rage sans fin des vagues passions,
Entre la léthargie et les convulsions ; 110
Et pourquoi pend la Mort comme une sombre épée
Attristant la Nature à tout moment frappée ;
Si le juste et le bien, si l'injuste et le mal
Sont de vils accidents en un cercle fatal,
Ou si de l'univers ils sont les deux grands pôles, lf5
Soutenant terre et cieux sur leurs vastes épaules ;
Et pourquoi les Esprits du mal sont triomphants
Des maux immérités, de la mort des enfants ;
Et si les Nations sont des femmes guidées
Parles étoiles d'or des divines idées, 120
Ou de folles enfants sans lampes dans la nuit.
Se heurtant et pleurant, et que rien ne conduit ;
Et si, lorsque des temps l'horloge périssable
Aura jusqu'au dernier versé ses grains de sable,
Un regard de vos yeux, un cri de votre voix, 125
Un soupir de mon cœur, un signe de ma croix,
Pourra faire ouvrir l'ongle aux Peines éternelles,
109 Vagues : vagabondes.
110 Cf Voltaire, Candide : « Martin surtout conclut que l'homme était né pour vivre dans les convulsions de l'inquiétude, ou dans la léthargie de l'ennui. » Senancour, avant Vigny, s'était souvenu d(i cette phrase dans Obermann.
^*^ Souvenir de l'épée de Damoclès. — Cf. Le Malheur.
Vers les astres mon œil se lève, Mais il y voit pendre le glaive De l'antique fatalité.
11^ Cercle fatal : expression obscure. Vigny pense-t-il au cercle symbole de l'Eternité, comme plus bas il décrit le symbole du temps, le sablier ?
^^^ Pôles... épaules ' fusion maîencontreuse de deux images : celle des pôles, pivots du monde, et celle d'Atlas.
^^' Les Esprits du mal : les mauvais anges, les démons.
^^^ Cf. V. G2 (noie). — La Mort des enfants : cas particulier de l'injustice qui frappe l'innocence.
^'^^ Cf. Chatterton. -- Image évangélique : l'étoile a guidé les mages. — Cf. Stella de V. Hugo.
'"-' Cf. la parabole des vierges folles et des vierges sages. (S. Matthieu, XXV.)
'-'^ Les Destinées étaient-elles déjà partiellement écrites, ou simplement ébauchées ?
Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes.
— Tout sera révélé dès que l'horame saura
De quels lieux il arrive et dans quels il ira. » 130
Ainsi le divin Fils parlait au divin Père.
Il se prosterne encore, il attend, il espère,
Mais il renonce et dit : « Que votre volonté
Soit faite et non la mienne et pour l'éternité I ))
Une terreur profonde, une angoisse infinie 135
Redoublent sa torture et sa lente agonie.
Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.
Comme un marl)re de deuil tout le ciel était noir ;
La Terre sans clartés, sans astres et sans aurore,
Et sans clartés de l'âme ainsi qu'elle est encore, 140
Frémissait. — Dans le bois il entendit des pas,
Et puis il vit rôder la torche de Judas.