INTRODUCTION XI
poëmes dans ma tête, ils marchaient avec moi parla pluie, de Strasbourg à Bordeaux, de Dieppe à Nemours et à Pau ; et quand on m'arrêtait, j'écrivais. J'ai daté chacun de mes poëmes du lieu où se posa mon front '... »
Pourtant quand il « marchait à pied sur la grande route, Ti la tête de ses vieux soldats. .., fier de son épaulette », le futur a ouvrier en livres » rêvait parfois de devenir un « ouvrier en batailles ». Quittait-il les garnisons d'où l'on voit les fumées de Paris -, c'était pour Rouen, en 1821. Lieutenant titulaire ai ancienneté dans son corps d'élite, le 12 juillet 1822, il obtenait d'être versé en qualité de capitaine au 55" régiment de ligne (19 mars 1823). Rejoignant son corps à Strasbourg, il vit le Rhin et les Vosges. En route bientôt vers les Pyrénées, il pensait faire la guerre d'Espagne. Avant d'arriver à Bordeaux, il quitte la colonne et va voir en son ermitage du Maine-Giraud, près de Blanzac en Angoumois, sa tante, la chanoinesse de Malte, Mi"c Sophie de Baraudin. Puis le Cénacle bordelais lui fait fête.
Il ne devait point passer les ports de la frontière. Cette halte sans gloire en Béarn parut au soldat un coup de la destinée. A peine s'en consola-t-il, soit en apprenant par les lettres de ses compagnons quels triomphes sans périls les Français remportaient en courant, soit en contemplant la nature pyrénéenne : à Orthez, puis à Oloron, il prit la couleur de plus d'un poème, et esquissa tels paysages de Cinq-Mars.
Vers la mi-juin 1824, son régiment vient tenir garnison à Pau ; — les libéraux du Béarn reçoivent mal ces officiers ultra ; Vigny s'en indigne, il s'en indigne même anonymement, dans le journal la Quotidienne. C'est à Pau qu'il rencontra par hasard Lydia-Jane Bunbury, fille d'un anglais, original bien rente. Croyant faire à la fois un mariage d'amour et un riche mariage, Vigny recevait, le 8 février 1825, dans la capitale du Béarn, la bénédiction nuptiale du pasteur protestant d'Orthez. M'"e de Vigny mère, qui s'était opposée naguère à l'union de son fils avec la belle et spirituelle Delphine Gay, — la future M"ie de Girardin — avait consenti ù ce mariage, qui devait, pensait-elle, redorer le blason des Vigny. Par scrupule de catholique, apparemment, elle n'assista point à la cérémonie.
1 M. Paléologue, A. de Y. (Hachette), p. 33.
2 II était alors souvent à Paris, et on lui faisait fête dans plus d'un salon, chez les Deschamps, chez M^^^ Ancolot, au Cénacle.