‹ Œuvres choisiesChapitre 94 sur 135 · L'ESPÉRANCK EST LA PLUS GRANDE DE NOS FOLIES · texte numérisé non relu

L'ESPÉRANCK EST LA PLUS GRANDE DE NOS FOLIES

Eh ! qu'attendre d'un monde où l'on vient avec l'assurance de voir mourir son père et sa mère ?

D'un monde où de deux êtres qui s'aiment et se donnent leur vie, il est certain que l'un perdra l'autre et le verra mourir ?

Puis ces fantômes douloureux cesseront de parler et uniront leurs voix en chœur comme en un hymne sacré ; car la Raison parle, mais l'Amour chante.

Et vous entendrez encore ceci :

SUR LES HIRONDFXLES.

Voyez ce que font les hirondelles, oiseaux de passage aussi bien que nous. Elles disent aux hommes : Protégez-nous, mais ne nous touchez pas.

Et les hommes ont pour elles, comme pour nous, un respect superstitieux.

Les hirondelles choisissent leur asile dans le marbre dun palais ou dans le chaume d'une cabane ; mais l'homme du palais ni l'homme de la cabane n'oseraient toucher à leur nid, parce qu ils perdraient pour toujours l'oiseau qui porte bonheur à leur habitation, comme nous aux terres des peuples qui nous vénèrent.

Les hirondelles ne posent qu'un moment leurs pieds sur la terre, et nagent dans le ciel toute leur vie, aussi aisément que les dauphins dans la mer.

Et si elles voient la terre, c'est du haut du firmament qu'elles la voient, et les arbres et les montagnes, et les villes et les monuments, ne sont pas plus élevés à leurs yeux que les plaines et les ruisseaux, comme aux regards célestes du Poëte tout ce qui est de la terre se confond en un seul globe éclairé par un rayon d'en haut.

— Les écouter, et, si vous êtes inspiré, faire un livre.

Ne pas espérer qu'un grand œuvre soit contemplé, qu'un livre soit lu, comme ils ont été faits.

Si votre livre est écrit dans la solitude, l'étude et le recueillement, je souhaite qu'il soit lu dans le recueillement, l'étude et la solitude ; mais soyez à peu près certain qu'il sera lu à la promenade, au café, en calèche, entre les causeries, les disputes, les verres, les jeux et les éclats de rire, ou pas du tout.

Et, s'il est original. Dieu vous puisse garder des pâles imitateurs, troupe nuisible et innombrable de singes salissants et maladroits.

Et, après tout cela, vous aurez mis au jour quelque volume qui, pareil à toutes les œuvres des hommes, lesquelles n'ont jamais exprimé qu'une question et un soupir, pourra se résumer infailliblement par les deux mots qui ne cesseront jamais d'exprimer notre destinée de doute et de douleur :

POURQUOI ? ET HÉLAS ! (Chap. xxxix-xl.)

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