DRAME EN TROIS ACTES
Représenté pour la première fois sur le Théâtre-Français, le 12 février 1835^
Despair and die.
Shakspkare.
Désespère et meurx.
Ce drame, qui mettait à la scène un épisode de Stello, enrichi et développé avec maîtrise, eut 42 représentations. Ce fut wn grand succès. Alfred de Musset et Berlioz y applaudissaient de tout cœur; d'émotion, Maxime Ducamp s'évanouit. Tous les artistes, tous les fervents de la poésiw, vibrèrent à l'unisson. « Cette exaltation était sincère, écrit Théophile Gautier dans son Histoire du romantisme., et plusieurs l'ont prouve, sur qui, depuis longtemps, l'herbe pousse épaisse et verte. »
— Dans Chatterton Vigny traite une crise morale éminemment romantique — n'a-t-on pas rapproché son héros du Torquato Tasso de Gœthe ? (Cf. G. Dalmeyda, GœtJie et le drame antique, p. 236) — dans la manière sobre et condensée des classiques, en se soumettant sans eftbrt aux trois unités, si violemment combattues naguère.
Lecteur averti de Diderot et de Beaumarchais, le poète donne à chaque personnage le costume qui convient à sa situation et à son caractère, multiplie indications scéniques et conseils utiles à la composition des rôles.
Repris en 1840, en 1857, en 1877, et tout récemment encore, ce drame, dont certains passages ont vieilli, reste émouvant. Le personnage du Quaker, si bon sous la rudesse de l'écorce, la figure de Kitty Bell, vraie sœur de Monime par la pureté exquise et la tendresse, intéressent plus que Chatterton lui-même, dont la susceptibilité et la vanité déplaisent à l'esprit positif de notre temps.
— Sur le vrai Chatterton voir Une nouvelle biographie de lliomas Chatterton, par Th. de Wyzewa. {Revue des Deux Mondes, i5déc. 1910.)