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I. Voir l'Averlissemenl des Sarcelles

Notice. 35

Louis XIV et soos la régence, l'état de la France est déplorable. La guerre, la persécution, la fami'ie,la banqueroute , augmentent de jour en jour la détresse universelle, san? coniger ni le roi, ni les seigneurs qui en souffrent. M^e de Maintenon, dans ses lettres, marque l'embarras des religieuses dans leurs couvents, des gentilshommes dans leurs châteaux; les impôts croissants, le sou pour livre sur- la volaille et le gibier, gênent tout le monde ; les terres ne rendent guère ; le peuple découragé les laisse en friche. La cour en est aux expédients et fait argent de tout. Au milieu de cette indigence publique et de la tristesse de nos revers , les traitants seuls trouvent des bénéfices assurés ; pour ne pas être inquiétés de leurs manœuvres, ils font une part à quelques grands seigneurs, « usuriers de haut parage.» Ou se résout à l'économie , on s'amende; mais à la première occasion, cette contrainte est rejetée violemment. Au camp de Compiègue (1G9S) , au mariage du duc de Bom-gogne avec Adélaïde de Savoie {1695) , le roi déploie tout à coup une magnificence ruineuse et donne à ses gentilshommes le signal et l'exemple de la prodigalité. Beaux équipages, chère délicate, revues, parades, uniformes d'une richesse folle, tout reparoît dans une émulation générale de luxe et de ruine : on se jette à l'emi dans un gouffre. Telle est l'époque que Séiiecé traversa tout entière depuis sa chute (i683) jusqu'à sa mort (1-37). Elle explique sa vie, c'est-à-diie son malheur. 11 crut d'abord pouvoir attendre quelque temps les effets de la faveur royale; il possedoit la terre de Condemines, qui rapportoit trois mille francs, et jouissoit des biens de sa feuune. En outre, Louis XIV, le 3 novembre i683, avoit déclaré que l'on conserveroit aux officiers de la maison de la reine les prinléges attrit'ués à leurs charges. Enfin, Sénecé figuroit siu' la

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liste des notables pri\ilégiés qui étoient exempts d'impositions. Mais le poëte vit ses ressources diminuer une à ime et s'évanouir ses espérances ; il perdit la capitainerie de Villiers-le-Bel. J'ai sous les yeux le hrevet qu'il en conserva, et sur ce parchemin je lis ces mots de son écriture : Provisions de la capitainerie de Villiersle-Bel pour ma vie, dont f ai été dépossédé sans forme ni figure de procès. Sa femme mourut en i685, laissant huit enfants. Brice Bauderon, qui la suivit en 1698^ avantagea ses filles du second lit et légua soixante livres à son fils. Ajoutez que, dans la misère publique^ les fermiers du poëte apportoient mille retards à lems paiements :

Si parfois m" appliquant à feuilleter mon livre ,

Toujours a contre-cœur, mais enfin il faut vivre ,

A certains débiteurs j'écris des billets doux,

Ils semblent concertés et me répondent tous :

Quoi ! vous parlez d'argent dans le temps où nous sommes !

Est-ce être de bon sens? C'est se moquer des hommes!

Le crédit!...

Chacun veut le trouver, aucun ne veut le faire.

Or, la terre de Sénecé étoit grevée, dit-on, d'une hypothèque de dix mille écus ; ce fait est indiqué dans une épigramme où Sénecé met en scène un Thi^aséas qui dit à Sénèque:

Je n'ai point encor vu ta maison de campagne ; On dit qu'elle est jolie? — Elle a quelque agrément,

Mais certain défaut l'accompagne

Qui me déplaît terriblement.

— Quel défaut ? — Elle craint l'orage.

— Est-ce le vent du nord ? — Non, car de sa fureur

Une colline la dégage.

— C'est celui du midi?... Pis encor!... —Autre eiTCur; Contre ses airs brûlants un bois lui fait ombrage.

Notice. 3;

— Ce sera donc le Grec?... — Combien d" absurdités ! Il n"est point qyestion ni de Grec . ni de Grecciue.

Elle est sujette a lh>-pothèque

De dix mille e'cus empruntés.

— Le vilain vent , mon cher Se'uèque '.

Il souffle de tous les côtés.

Phis d'une fois Sénecé a trahi sa propre misère dans ses œuvre? (c'est lui-même qu'il peint sous le nom du pauvre Acanthe), tantôt avec douleur, tantôt avec ironie. A un parvenu qui le raille, il répond fièrement :

n est vrai que ma muse est tout mon apauage.

Je suis content de mon partage ,

Et je n'en rougirai jamais :

Je pourrois être davantage Si dun gros financier j'avois e't^ laquais.

Ailleurs , il nous fait savoir ce qu'on dit de lui à Paris :

— On ne voit plus Acanthe ; en quel endroit du monde

Habite-t-il pre'sentemcnt ?

— Il est dans les climats oîi si tranquillement

La Saône fait rouler son onde.

— Mais d'où vient qu'a Paris on le voit renoncer?

— Il s'est mis en retraite afin de s'exercer.

— En avoit-il besoin ? Sa muse est si savante '.

— Daphnis, ce fonds perdu ne produit plus de rente : n dit qu'il reviendra quand il saura danser.

Il n'attendit malheureusement pas qu'il sût dauser pour revenir dans cette cour à laquelle il pensoit toujours, même quand il faisoit semblant de tourn-r le dos. Plusieurs voyages infructueux le découragèrent peu à peu. « Je suis guéri , disoit-il chaque fois ; » mais l'homme de cour, comme l'homme politique, comme la coquette, meurt dans l'impénitence finale. A peine rentré dans son exil, Sénecé recommençait à se débattre

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contre le sort qu'il s'étoit fait^ invoquoit les Noailles, Dangeau, le cardinal de Fleiiry; chargeoit ses amis, Bellocq et le marquis de Digoine, de rappeler en temps et lieu qu'il avoit appartenu à la reine; et naturellement il comptoit aussi faire servir ses talents au succès de ses démarches. Des épitres en vers, des dédicaces, des plans de ballets, des projets d'opéra, étoient envoyés à Pai'is; au roi même il adressa une comédie des Voyageurs; mais il échoua et se rabattit suj la protection de ftlme de Tbianges, en expliquant son échec par la tristesse de la cour :

L'austère politique D"un coup tVœil raenaçaut écarte les plaisirs.

Rarement réussit- il à se faire entendre ; quand il apprit qu'on parloit de former une cour à la jeune duchesse de Bourgogne des débris de celle de la reine, il se 1 éprit à espérer, mais vainement; et d'ailleurs, tout ce qu'il tenta auprès des daupîiins devoit rester sans fruit. S'il faut en croire Saint-Simon , « Monseigneur n'avoit pas l'ombre de crédit auprès du roi. Il suffisoit même que son goût se marquât pour quelqu'un , pour que ce quelqu'un en sentit le contre-coup nuisible; et le roi étoit si jaloux de inoutrer qu'il ne pouvoit rien, qu'il n'a jamais rien fait pour aucun de ceux qui se sont attachés à lui faire une cour plus particulière. » Quoi qu'il en soit, Sénecé éprouva une vive douleur de sa situation ; ses sollicitations inutiles, qui lui coùtoient beaucoup, il ne les continuoit pas seulement par faiblesse, mais aussi par l'honorable désir de doter ses six filles et de se libérer lui-même. Dans son indignation, il accusa l'ingratitude des grands, l'inutilité de la poésie et ses propres erreurs. « Quelle folie, écri voit-il à Dangeau, d'avoir espéré si longtemps! »

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Mais de ce faux espoir que mou cœur a nourri.

La sage expérience a la fin m'a guéri ;

Jai compris qu'aise'nient le souvenir s'efface

Des services rendus pour qui n'est plus en place.

J'ai fait passe à la cour pour un vieux mot usé;

Je fais, qui le supplante, est seul favorisé.

Et quel essai nouveau peut me rester a faire ?

Irai-je dans im camp, dragon sexagénaire ,

Suranné grenadier, à la honte de Mars.

Croître au jour d'un combat la foule des fuyards ?

Me verra-t-on . instruit dans la magistrature .

Sur l'espoir déploré de l'étude future,

Novice décrépit de l'ordre de Thémis ,

An mépris du palais livrer mes cbeveux gris?

Sur la bourse dautrui, s'il veut m'en être large,

Dois-je à la cour traiter d'une nouvelle charge,

Et d'emprunts sur emprunts chargeant mon capital ,

Réduire ma famille au pain de l'hôpital?...

Non! non '....

Sénecé assure qu'il ue demande rien :

On ne trouve en tous lieux que muses mendiantes : La mienne a demander rarement s'avilit , Et par là je conclus qu'elle est d'un autre lit.

Il désiroit, cependant, des titres de noblesse, et vint à ce sujet demander le patronage de la duchesse de Noailles. Françoise d'Aubigné, qu'il avoit laissée tout enfant, et qu'il revoyoit duchesse après quinze ans d'absence, lui parut fort imposante et le trouLla :

A peine sais si fis la révérence , Ou si la fis. à coup sûr la fis mal.

Néanmoins, il se remit fort Lien et s'expliqua ,

Je ne prétends, pour prix de mes services, Ni pension, ni charges, ni brevets, Acquêts patents, emplois, ni bénéfices ; Un peu d'honneur borne tous mes souhaits.

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Sans s'appauvrir en aucune manière,

D'un tel bienfait le roi peut trafiquer

Et la noblesse est comme la lumière

Que l'on augmente à la communiquer.

]Mon premier vœu est d'obtenir la grâce

Que je poursuis ; mais si, pour mon tourment,

Un beau néant doit en remplir la place.

Faites du moins que ce soit promptement.

Ce me sera sans doute allégement,

Et prompt refus adoucit la disgrâce.

A M. de Salomay, secrétaire du roi, Sénecé éciivoit encore :

Je me suis vu quelquefois consolé Par doux espoir de flatteuse promesse ; Ministres, ducs, prélats m'ont régalé.

Lenteur s'y mêle et me plonge en tristesse; Mes plus beaux jours dans l'attente ont coulé, Tant qu'au collet m'ait empoigné vieillesse...

Valet de chambre est un maiwais emploi, Premier ou non, cela n'importe guères, Fiit-ce de reine ou, si l'on veut, de roi. Clément ^Marot l'étoit ainsi que moi ; Ainsi que moi , mal y fit ses affaires. Suspect fut-il sur certains points de foi ; Suspect ne suis, et pourtant je me voi Droit héritier de ses longues misères.

A vous m'en prends, avec raison , je croi, Porte-malheurs, nymphes apollinaires, Charmes pipeurs d'esprits de franc aloi. Ceux qui sont près du maître réussissent, Tandis qu'un fat sa cervelle distille Dans l'alambic d'un petit cabinet , A grappiller sur Horace et Virgile , Parodier quelque vieux vaudeville Ou reforger la pointe d'un sonnet Que la cour fronde, aussitôt que la ville Pour l'approuver opine du bonnet.

Pourtant vous dis, filles de Mnémosyne, Dans mes vieux ans qui vîntes me ravir,

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Qne. quand un homme arec vous s'acoquine. Trop mal peut-il à Fortune sen-ir.

11 a pourtant pensé voir revenir à lui la Fortune ; mais la guerre arrête tout. Faudra-t-il donc mourir de désespoii"? Ici le poète tourne tout à coup et se ravise; pou^^'u qu'en somme il vive, c'est assez. 11 s'écrie : « Vive la poule , encor qu'ait la pépie ! » Ce dernier trait est caractéristique; l'oubli de la misère trahit la nature de Sénecé, qui avoit une philosophie à lui. non p»oint celle du chrétien, mais celle de l'homme de cour, qui est résigné par bon goût, celle de l'homme d'esprit, qui se venge du mal en l'accueillant avec une courtoisie railleuse. En 1726, il se défend comme il peut de la tristesse qui règne partout : « pour tout cela je ne me hausse , m ne me baisse , couvert du mieux que je puis dun vieux manteau de philosophie tout troué , et au travers duquel on ne laisse pas de s'apercevoir que je {•ourrois être plus content que je ne le suis. » S'd n'eut jamais dans l'àme nn esprit de renoncement qui étoit an-dessus de ses for-ces, il mit dans son caractère un parti pris de bonne humeur qui lui aUoit beaucoup mieux. On devine bien des alternatives dans sa vie, mais la gaieté reprenoit souvent le dessus, cette gaieté qu'il appeloit le baimie de la vie Un de ses adages favoris était celui-ci : Del tempo e délia signoria non ti dar malinconla. Alors , l'embarras de sa foitune, l'apvproche de la vieillesse, la fuite des plaisirs, lui sembloient des leçons profitables : il somioit à ces maux qui l'avertissoient, disoit-il , d'associer enfin la rime et la raison, et de renoncer à jamais à cette vaine poursuite des biens terrestres,

Où le cœur incertain na jamais décidé

S"il est vrai qu'il possède ou qu'il soit posse'de.

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Et d'ailleurs , n'a voit-il pas une retraite d'où il pouvoit voir les hommes

Incertains, chancelants, livres a leur caprice. Mendiant le bonheur a la porte des vices.

En 17 16, dans une lettre à Du Cerceau, il lui racontoit sa Aie à la campagne ,

Je rêve dans un bois que je trouve enchante' , Dont le plus grand mérite est que je Tai planté ; Je fais tondre un buisson ou racler une allée ; J'entends mugir mes bœufs paissant dans la vallée ; Je fais greffer des fi'uits qu'un autre doit manger; Je pille des parfums sur un jeune oranger ; Je parcours quelque livre ou trace quelque ligne ; Allongeant mon jardin, je raccourcis ma vigne.

Qiiand les feux de la nuit dorent l'azur céleste . Je reviens au logis prendre un repas modeste, Entouré des enfants de tous mes vignerons.,.

Sénecé trouvoit surtout dans les lettres une sorte de topique salutaire, une occasion de dépenser la grâce de son imagination ou même la verve de son dépit eu vers légers ou sérieux, qu'il envoyoit au Mercure , et qui le placèrent au rang de doyen des poètes françois. On le croyoit mort, déjà on lui avoit composé une belle épitaphe, lorsqu'il adressa lui-même à son panégyriste des strophes fort polies pour le remercier de sa bienveillance. Une sorte d'admiration entoura alors le nom de cepoëte, dont la \ne se prolongeoit si avant dans le xvine siècle, et qui, vingt ans apirès lamortde Louis XIV, s'obstinoit à représenter encore la tradition de la poésie de cour. Fidèle à son siècle, Sénecé se railloit de la génération nouvelle, qui, à son sens, mettoit la corruption brutale à la place de la galanterie lespectueuse. Il n'aimoit pas l'engouement des femmes pour l'étude des

Notice. 4Î

sciences, et préféroit à M"e Duchâtelet les reines d'autrefois entourées de plaisiis :

Que leurs galantes cours . si pompeuses, si belles,

Dévoient bien figurer !

Avec trente ans de moins, si j'en savois de telles,

Je courrois m'y fourrer.

Aujourd'hui, disoit-il, les puissants dédaignent les plaisirs élégants, dédaignent le P'Oëte :

0 grands, qui méprisez le sacré caractère

Par la muse ennobli , Vous faites contre vous : s'il meurt dans la misère,

Vous mourrez dans l'oubli.

Sénecé se vengea à sa manière en recherchant dans la contrée qu'il habitoit tous ceux qui lui rappeloient sa vie de cour, particulièrement M. de La Guiche-Sivignon. Le poëte a fait eu plusieurs endroits un grand éloge de ce gentilhomme, qui avoit rapporté des champs de bataille d'honorables blessures et une sauté peu ferme. On lit encore au château de Chaumont, sur une toile où est peint le portrait de M. de La Guiche, ces vers écrits en lettres d'or, et qui sont de notre poëte :

Jhe'ritai la bonté' de mes nobles aïeux; Jaurois pu disputer d'esprit et de courage

Contre le plus prisé d'entre eux.

Avec tous ces talents, je ne fus pas heureux ; C'est des grandes vertus ici-bas le partage :

Leur récompense est dans les cieux.

Les conversations du -deux soldat et du courtisan exilé, défrayées par leurs souvenirs, par leurs regrets, par les tristes nouvelles de ce temps, avoieut quelque chose de sombre qui se retrouve dans les satires que Sénecé écrivit alors. Par bonheur, on ne leur laissoit pas

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toujours le temps de s'appesantir sur de pareils sujets. Des femmes spirituelles venoient troubler et charmer leur retraite. Le poëte alors, changeant de ton, dictoit pour elles quelques bagatelles, sans grande piéméditation et au gié de leur fantaisie. Telle fut Foiigine d'une multitude d'improvisations adressées à M^^^s ^^. Rambuteau, de Saint-Romain, de Saint-Maurice, de Saint-Point, et aussi de ces triolets fameux sur les douze mois , qui , publiés dans le Mercure, excitèrent une guerre d'un an entre les rimeurs champenois et les rimeurs normands 1. Un vers de Sénecé avoitété l'occasion de cette querelle; des vers de lui la terminèrent. J'aime mieux les épîtres qu'il adressoit fréquemment soit, à Paris, à Bellocq, à Fontenelle, àDangeau, aux Noaiiles; soit, en Normandie, à Du Cerceau, ou même, eu Provence, à MAI. Chasteuil et Saint-Quentin. De petits événements lui servoient de texte; il s'en emparoit, et de rien faisoit quelque chose. L'archevêque de Vienne s'étant un jour embarqué sur la Saône pendant un débordement, il écrivoit à ce prélat:

Ah! seigneur, ces marauds en qui Ion se confie,

A qvii l'on livre en paix Ce tre'sor important , le dépôt de la vie,

Ne boivent -ils jamais ?

Un batelier brutal fait bien moins cas de vivre

Que de vider les pots.

Et noieroit avec lui, du moment qu"il est ivre,

Le plus grand des he'ros.

Pour conserver vos jours, j'ai supplié Mercure,

Ce dieu des voyageurs ; J'ai prié Palcmon, j'ai prié Palinure ,

Ces patrons des nageurs ;

. Voir le Mercure de France, années 1727 et 172^

Notice. 45

J'ai conjuré Glaucus, Prote'e et les Pléiades,

Je n'ai rien oublie'.

Éole et ses suppôts, les Tritons, les Naïades,

Qui n'ai-je point prié ''.

Enfin, pour vous j'ai lâché la gourmette

Comme un mauvais chrétien ; Et dans mes vœux ardents, pour trop être poëte,

J ai presque été païen.

Ce païen paraissoit fort spirituel encore à nne religieuse Je Longchamps dont j'ignore le nom, mais dont on verra ici des vers charmants : c'étoit une des correspondantes préférées du vieillard. Que de lettres, que d'écrits naquirent du séjour de Sénecé à Sivignon ou à Condemines ! Dans cette dernière résidence . il avoit amassé une bibliothèque nombreuse , riche surtout de pièces de théâtre, de tragédies françoises et de comédies italiennes.

L'abbé Poney de Neufville, l'un des jésuites qui professaient au collège de Màcon, venoit souvent ranger les livres de Sénecé et faisoit avec lui des lectures qui inspiroient toujours à l'un et à l'autre mille projets de compositions dramatiques. Jusqu'au dernier moment, Sénecé resta fidèle au culte des lettres et à ses amis. Il pensoit que le temps fortifie l'esprit des vieillards, et avec raison, car l'intelligence est moins vulnérable que le corps, et ceux qui ont vécu pour elle ont le doux privilège des belles vieillesses. Celle de notre poëte fut aimable pour tous, indulgente, un peu complimenteuse. Il conserva cette grâce du caractère qui a fait louer par tous ses contemporains l'agrément de son commerce ; si quelquefois il se surprenoit à moraliser, à donner des conseils, il se hàtoit de s'excuser, et vous assuroit qu'il ne préteudoit pas

Couvrir Anacréon du masque de Socrate.

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Anacréon ! ce nom, cet exemple lui souriaient; il s'eD autorisoit pour écrire des choses trop juvéniles, espérant qu'elles seroient rachetées par la grâce et qu'on ne se méprendroit pas sur l'houDêteté de l'auteur : aussi , écrivoit-il au duc de Bourgogne en lui offrant ses épigrammes :

Pardonnez la témérité Dont l'excès vous invite à lire cet ouvrage ; Si ma muse s"y donne un peu de liberté , Mon prince , au moins ma vie est sans libertinage.

Cette contradiction n'étoit pas la seule chez lui. Sénecé fut courtisan, et cependant il fut sincère, il fut bon, et servit ses amis. S'il flatta le roi avec un enthousiasme extrême, s'il eut l'indiscrétion de lui dire tout haut :

Souffrez que votre i-ace, où tant de gloire abonde, Se partage le soin de gouverner le monde,

il ne faut pas oublier que cette intempérance de dévouement il la conserva jusqu'à son dernier soupir. Le roi étoit mort depuis longtemps que Sénecé l'exaltoit encore. Le poëte avoit du cœur et une solidité de sentiments que l'habitude du bel esprit n'étouffa pas. Les maux de son pays le touchoient vivement; il vouloit qu'on fit entendre la vérité à ceux qui ont l'oreille des rois, pour qu'à leur tour ils en devinssent les interprètes. A la duchesse de Ventadour, il écrivoit : Choisissez de bons gouverneurs au jeune roi.

Us lui diront que son prédécesseur Assez longtemps a convaincu la terre Que des Bourbons on n"a que par douceur Ce qu'on ne peut arracher par la guerre ; Que cette paix qu'il lui laisse en partant Est son plus beau, son plus riche héritage ; Qu'en son entier en conserver Touvrage De tous ses soins est le plus important ;

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Que le salut du peuple au sage prince Doit tenir lieu de principal objet ; Que mieux lui vaut conserver un sujet Que conquérir province sur province; Et que s'il veut , sur le bronze incise's, Qu'on lise un jour ces mots fleurdelisés : Au Boi» Louis , rÈKE de la i-atkie, 11 doit donner toute son industrie A rétablir ses vassaux épuisés.

Sénecé écrivoit sur le même toQ au cardinal de Flem-y, en s'excusaut de sa hardiesse : Pardonnez-moi, disoit-il :

C'est d'un vieux domestique excès d'affection, C'est d'un cœur tout françois l'ardente effusion.

Enfin, ce solliciteur, que uous avons -sti si infatigaMe, demandoit souvent pour les autres; conduite fort inipolitique pour un courtisan. M. de Digoine éprouva les effets de cette bonne volonté du poët€ : Sénecé, qui lui donnoit des conseils, qui lui répétoit qu'à la com^

Les premiers pas surtout sont les pas qu'il faut craindre ,

qui écrivoit en son nom des épiti es en vers, se hasarda même à lui rendre un autre service. Voici à quelle occasion : Le marquis de Digoine étoit exempt des gardes du roi; le jour où le roi parut pour la premipre fois en public à Versailles, tout le peuple poussa des exclamations de joie, et «dix mille chapeaux jetés en l'air ef- » frayèrent les chevaux. Le marquis fut renversé et eut <( la jambe foulée. M^^e la duchesse de Ventadour l'en- « voya visiter de la part du roi , qui lui lui fit dire que « puisqu'il avoit été blessé à son premier service , il « êtoit bien juste qu'il ressentit aussi le premier des « effets de sa libéralité. Ce compliment fut accompagné « d'un présent de cinquante louis avec promesse de lui « faire payer tous les ans ime pareille pension sur les

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« deniers de sa cassette. » C'est le paiement de cette pension que Sénecé réclama auprès de M^^^ de Ventadour.

En lisant encore ce qu'il a écrit de Benserade, de Bontemps, du maréchal de Gréqui, après leur mort; en lisant une lettre généreuse qu'il adressa à une dame tombée dans la disgrâce, on comprend que le dévouement du poëte à ses amis les lui ait conservés. Mais le temps cruel les lui vint enlever : chaque année, il comptoit ses absents ; chaque année, il y avoit une date particulière, le jour de la Saint-André, où Ton se réunissoit joyeusement chez M. André Desbois. Or, les rangs s'éclaircissoient peu à peu : la mort, la maladie, le poids des ans, faisoient des places vides. Bientôt, parmi les convives absents, on compta Sénecé. Un rimeur de la troupe le lui reprocha :

Antoine, déserteur de la troupe bachique,

Fugitif du sexe charmant , Dans sa maison des champs couve la sciatique Que des esprits malins nommeroient autrement. Il nous tourne le dos à tous tant que nous sommes,

A nous qu'on lui vit tant chérir ;

Et, las du commerce des hommes,

Plante des poires et des pommes Que sans doute jamais il ne verra miirir.

Sénecé répondit :

Chers convives, joyeux auteurs De mon infirmité bachique, Vous êtes des blasphémateurs D"insulter à ma sciatique :

C'est un travail si glorieux Qu'il mérite un autel en Suisse ; A l'exemple du roi des dieux Je porte Bacchus dans ma cuisse.

Notice. 49

Ces badinaf-'es, qui trompoient la vieillesse, Qpssh-ent enfin. Le p<3ët<; éprouva, en 1735, une crise teirible, et vit la mort de si près qu'il tourna désormais toutes ses pensées vers la vie future. Il ferma les livres de théâtre et mit à son chevet les psaumes de l'église. Les rédacteurs du Mercure de France reçurent alors, au lieu de pièces légères, une paraphrase de cantique que Séuecé leur envoyoit comme un adieu et commp un conseil. «J'attends patiemment, leur écrivoit-il, l'heure qu'il « plaira à Dieu de me marquer pour lui rendre mes « comptes, qui ne sont pas en trop bon état » Il mourut à qu:itre-vingt-treize ans, le i" janvier 1737; quatre ans après, son fils le suivit ^ et la postérité mâle des Bauderon fut éteinte.

Sénecé avoit eu d'Henriette de Piauzy huit enfants — six filles : une d'elles mourut de bonne heure , quatre entrèrent en religion; la dernière, femme d'esprit et de mérite, dit-on, épousa M. de La Salle-Vigousset, dont elle eut un fils, qui fut tné à Gu?-stalla ; — deux fils : laine , Victor Amédée , entra de bonne heure au service, fut blessé à dix-huit ans à la bataille de Nervinde , nommé capitaine au régiment de Piémont, puis tué à vingt-trois ans dans un comb:it près de Tournay (1697). Il almoit les lettres et écrivoit très-bien en vers et en prose. Le pbis jeune, il. de Condemines, prit aussi le parti des armes, le quitta ensuite, se maria et n'eut que des filles : deux moururent, une troisième épousa M. Bernard, de la famille de ce lieutenant Bernard, archiviste volontaiie de Màcon, qui mériteroit d'être connu, car son infatigable travail prépara des matériaux à l'histoire de son pays M. Eeroard racheta la terre et prit le nom de Sénecé.

M. de Condemines étoit mort en 1741, s'étant cassé la jap.:;be le jour où Ton posa la première pierre du châ-

5o Notice.

teau de Gondemines , qu'il fit reconstruire. C'est du moins ce que rapporte un écrivain mâconnois du xviiie siècle, Puthod, qui fait de ce personnage un assez triste portrait. Il est vrai que Puthod fut un de ces patriotes maussades qui confondoient le saint amour de la liberté avec la haine des gens de cour et des nobles ; mais, toute réserve faite, je croirois volontiers que le fils du poète manqua également de capacité et de modestie. « Il avoit servi Mars sans goût et » Apollon sans talent, dit Puthod. Le père avoit voulu » faire de lui son héritier littéraire; mais l'inapplica- » tion du fils Tavoit rendu indigne de l'héritage. Il ne » manquoit cependant pas d'esprit; mais, par trop » d'imagination, il ne produisit que des idées folles ou » fausses... Corrompu par la vanité, la paresse et le » plaisir, fier de son nom , infatué de sa personne , il » vécut oisif, et crut savoir ce qu'il n'avoit pas appris. » Conteur indiscret de bruits et d'historiettes de ville , » et plus jaloux de faire rire que de se faire estimer, il » passa pour aimable et ne fut qu'un mauvais plaisant, » sorte d'insectes qui n'est pas rare ici. »

Malheureusement, M. de Condemmes ne ménagea pas plus sa famille que ses concitoyens. J'ai eu communication d'une pièce manuscrite adressée par Sénecé à M. de Salornay, sous ce titre : Plaintes du Cygne. Le poëte a mis en tète cette note : « Un père , dont le fils , après plusieurs calomnies répandues contre lui , avoit fait saisir les revenus, en évapore son ressentiment par l'allégorie suivante. » Viennent ensuite trente ou quarante strophes pleines de reproches et de colère :

Je n"ai qu'un fils que la nature, Que mon choix fit mon héritier, Mais qui ne peut de sa pâture Me souffrir simple usufruitier.

Notice. 5r

Il prétend quaprfes tant d'automnes L'hiver devroit mavoir vaincu ; Et , quand un fils a les dents bonnes, Croit que son père a trop vécu.

n veut que sous feinte misère Je cache d'immenses trésors, Et cherche à mettre en inventaire Les pauvres joncs sur quoi je dors.

Laissons de côté ces tristes débats : Sénecé ne publia pas de pareilles plaintes, et exerça sur d'autres sujets son talent gracieux. Ce talent sera toujours apprécié de quiconque apprécie l'esprit françois , la verve et la finesse gauloises, le bon sens malin de ilarot, de Montaigne et de La Fontaine. Sénecé en effet est de leur famille, comme l'ont pensé Voltaire et Chamfoit. « Il n'a pas, disoit Palissot, une célébrité égale à » son mérite, ce qui prouve que les réputations ont » aussi leur destinée. Il est vrai qu'il n'a laissé qu'un » petit nombre de pièces fugitives , défigurées par quel- » ques négligences , mais pleines d'une imagination j) singirlière, d'expressions souvent très-beureuses, de » poésie enfin, et très-supérieure à tous les recueils des » Benserade, des Segrais, des Pavillon, qui cependant » sont plus connus que cet éciivain. » Palissot désiroit qu'on fît un recueil des œu-sTes cboisies de Sénecé. Jean- Baptiste Rousseau exprimoit le même vœu, et écrivoit en ce sens à Titon du Tillet, en lui recommandant d'une façon toute particulière la pièce intitulée les Travaux d'Apollon. «Je vous félicite du bonbeur que vous avez » eu de retrouver le trésor que je vous avois indiqué. » Cette pièce de M. de Sénecé en est un pour- les lettres, » autant que j'en puis juger par le sentiment qui m'en » est resté depuis quarante ans qui se sont passés depuis » que je l'ai lue. Je ne sais si je me suis trompé; mais

52 Notice.

» je sais bien que j'étois plus difficile en ce temps-là que » je ne le suis aujourd'lmi. Ce n'est que par une longue » expérience que l'on apprend à démêler les beautés » d'un ouvrage. Il n'en faut qu'une très-médiocre pour » en décomTir les défauts , et c'est assez ordinairement » le partage des petits espiits... »

Sénecé a écrit dans presque tous les genres : contes, satires, épitres , épigrammes , opéras, tragédies, comédies, tout se mêle dans ses œuvres ; en même temps fort habile prosateur, il a laissé de nombreux morceaux de critique et d'histoire. Versé dans les littératures du midi, anciennes et modernes, il a imité tour à tour les Latins, les Italiens et les Espagnols. Il est juste de remarquer que s'il a été imitateur, il fut aussi, dans une certaine mesure, un précurseur : avant J.-B. Rousseau, il f'.onna des odes et des épigrammes d'une versificatioii très-heureuse ; avant Marmontel, des dissertations critiques fort originales, fort indépendantes; avant Diderot, des regards de tableaux, mal réussis, il est vrai, mais qui inauguroient un genre nouveau. A lui peutêtre s'arrêta la tradition du conte gracieux. A l'exception de Gresset, les conteurs, au iviii^ siècle, furent de? satiriques déguisés ou des épicuriens sans vergogne. Examinez les plus spirituels morceaux du genre, vous verrez que le badinage élégant a disparu, que l'esprit y est brûlant, le vers précipité, le ton ricaneur ; qu'on se hâte de décocher le trait , et qu'à cette époque on sait mieux porter un coup que faire naître un sourire.

Dans les œuvres de Sénecé, je l'avoue, j'ai trouvé des pages détestables, et plus d'une fois j'ai été blessé de la brutalité d'une épigrarnme ou de l'affectation d^un madrigal. N'essayons pas de le surfaire : le tort de Sénecé fut de laisser trop d'influence sur son esprit, d'abord à la poésie allégorique de son père , ensuite à cette poésie

Notice. J3

de cour pleine dafféterijs et de mièvreries galantes qui naît aujourd'hui de la mode et demain s'évapore , qui met les jeux d'esprit à ]a place des sentiments sérieux, la nécessité de l'à-propos avant celle de l'art; — enfin^ à !a poésie de Martial, à cette verve goguenarde, qui, raillant les défauts du corps autant que ceux de l'âme, bafoue cruellement la laideur physique. Imitateur de ce païeu, Sénecé a écrit des épi grammes irapitoyahles et médiocres. J'attribue à ce dangereux commerce la causticité avec laquelle il s'est moqué de ceux qui regrettent les morts. Quand il redevenoit lui-même, il écrivoit au contraire en chiétien qui croit à l'immortalité de l'âme :

Vous pleurez vos, amis ;

Ils vous paraissent morts, ils ne sont qu'endormis.

Les défauts de Séneci viennent encore de ses qualités mêmes : satisfait de coûter avec grâce, il a des négligences de parti pris et des longueurs , il ne sait pas unir, comme La Fontaine, l'abaDd-m à la brièveté, ou comme Horace, la facilité de Tuispiration à la sévérité de l'art: curiosa félicitas, dit Pétrone. Du reste, Sénecé reconnolt lui-même rinégai>té de son style et s'accuse franchement. Faisant bon marché do son talent, il ne crut pas avoir de titres à la gloire littéraire ; et si quelquefois il la rêva, il ne la brigua jamais, heureux d"ètre accepté de la cour, de n'être pas proscrit

Dans ces sociétés choisies, Ou les femmes oit de lesprit Jusqu'à faire des hérésies.

Sa devise fut de plaire, son genre de mérite

Un caractère aisé qui métoit familier.

54 Notice.

Le style tendu lui faisoit horreur :

Lorsque je fais des vers, c'est pur amusement : J'entre avec mon génie au sentier qu'il me montre, J'y chemine au liasard : tope ! si je rencontre.

Pour coudre une pensée au bout de quelques rimes , Suis-je en droit de prétendre à des honneurs sublimes , Me consacrer moi-même et dire arrogamment : Ce que Malherbe écrit dure éternellement ?

Sénecé avoit cependant aussi bien que personne le secret des vers pleins et sonores ; à ne considérer que la langue, il fut digne de son époque et en eut le grand caractère. Mais son titre véritable, c'est le Conie ou VÉpItre. Le modeste rang qu'il occupe dans notre littérature, il le doit à la physionomie à part de son talent de conteur, à la grâce particulière qu'il répandit sur tout ce qu'il mania, à sa situation exceptionnelle entre le xviie et le xvni» siècle.

Il appartenoit cependant tout entier au xyii^ siècle, et se sentoit scandalisé en voyant les audaces de la nouvelle génération. «J'ai achevé, écrivoit-il à M. de Salornay en 1726, j'ai achevé de lire vos Comètes, et me suis confirmé de plus en plus que c'est un livre pernicieux, qui remue des matières qu'il ne peut résoudre, qui persuade plutôt l'athéisme qu'il ne le combat, et qui se propose des objections plus fortes que les solulutions quïl semble y vouloir donner. M. de Marnay m'a prêté un autre ouvrage du même auteur, mais qui n'est pas de la même force. Il est intitulé : Réponse aux questions d'un provincial. Ce sont des lettres sur toute sorte de matières, où Bayle a épuisé toutes les remarques qu'il a jamais faites sur différentes études. Il y a bien du fatras dans tout cela.... A tout prendre, la lecture ne laisse pas d'en être par ci, par là, assez diver-

Notice. 55

tissante par sa Tariété. » Sénecé ne comprit pas l'avenir comme Fontenelle , son contemporain, qui débuta comme lui par des pièces galautes, passa bientôt avec armes et bagages à la science , au parti du siècle nouveau. La poésie changea entièrement et devint, au temps de Voltaire, didactique ou militante; de nos jours, religieuse ou panthéiste. Il est singulier d'observer que l'homme qui changea la condition de la poésie, qui en éleva le but, qui en chercha la source dans les profondeurs de l'âme et non dans l'esprit seul , naquit dans le même pays que notre vieux poëte de cour.

M. de Lamartine, dans sa jeunesse, entendit répéter aux Màconnois, ses compatriotes, les vers marotiques de Sénecé. Lui-même s'essaya à ces badinages , et l'un de ses amis ayant composé des vers sur le même ton, il improvisa ce qui suit :

De Sénecé l'ombre aimable et gentille , Dans ce château, par sa lyre ennobli, Revint un jour des rives de Toubli :

Le sombre ennui le reçut a la grille, Lors il s'enfuit ; puis se tournant devers L'humble ermitage où. malgré cent hivers, Dans tes cliansons sa verve encore petiUe, Avec surprise il écouta tes airs :

)i Hola ; dit-il, reconnoissant ses vers. .' Mon héritier n'est pas de ma famille. '^

Ces vers et tous ceux de la même espèce furent jetés au feu par leur auteur. M. de Lamartine avoit mieux à faire : il vouloit qu'une rénovation éclatante ramenât la poésie à ses destinées supérieures; il écrivit les Méditations. Oser rappeler ces inspirations nouvelles , si profondes , si attendrissantes , à propos de Sénecé , ce seroit une imprudence étrange si nous tentions un rapprochement forcé. Mais il est naturel de remarquer ce

56 Note sur les Éditeurs

privilège de la ville de Màcon, qui, après avoir été La patrie du deruier poëte de cour, son asile quand il fut le doyen des poêles françois , s'enorgueillit aujourà'iiui d'être la retraite du doyen actuel de l'Académie iïançoise, îA. de Lacrotelle, et d'avoir vu naître dans ses murs le créateur dune poésie nouvelle, M. de Lamartine.

Emile GHASLES.

flacon . janvier 1855.

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