‹ Œuvres choisiesChapitre 21 sur 49 · I. M. de Vivonne · texte numérisé non relu

I. M. de Vivonne

52 Contes.

Un mois après à sa porte on décharge Un arbre entier d'un brésil très-massif; Six grands roussins efflanqués sous la charge Sont en sueur : plus qu'eux Biaise poussif, .Monte à la chambre où doctement il jure : « Que le grand diable emporte la voiture ! J'ai deux chevaux fourbus près d'Avignon , Deux entr'ouverts sont restés à Valence ; A vous servir j'eus bien piteuse chance; Mieux m'eut valu charrier du canon. »

I^ien étonné fut le pauvre Baptiste ; Ce fut alors que cet air il chanta, Dont la reprise est : que le ciel t'assiste , Qu'à d'autres sens ensuite on ajusta.

Deux cents écus demanda maître Biaise, Deux cents écus il fallut lui compter ; Gens à charrette ont tète trop mauvaise, Rien avec eux ne sert de contester.

Pareille taxe étoit fort importune.

Car d'un tel coup alors qu'on le bourra , 11 n'a voit mis le pied de sa fortune Dans ton Pérou, lucratif Opéra.

A cet assaut son courage résiste ;

11 fait vertu de la nécessité ;

Et fait chez lui venir un ébéniste

Pour employer ce bois tant acheté.

Acier, porphyre ont moins de dureté.

Un second maître au premier s'associe.

Trois mois entiers le brésil indompté

Fait reboucher le rabot et la scie :

Mais qui ne sait qu'obstacles sont vaincus

Par le travail ? La cabinet s'achève :

Pour la façon autres deux cents écus ;

Contes. i53

Lulli les compte, et de dépit en crève. Ce fut le bon que l'ouvrage complet, Qui lui coûtoit , en espèce courante , Douze cents francs , quand il fut cabinet , A bien payer, en valoit cent cinquante. Chacun le sut, Baptiste en fut moqué; Sur son égal il en eût pris vengeance , Ou son esprit eût au besoin manqué; Mais franchement, quand on est attaqué Par maréchaux, il faut baisser la lance.

Le maréchal à la cour revenu, Baptiste y vole, on s'ouvre, on lui fait place , Tout applaudit au visage connu ; A deux genoux, de son air ingénu.

Il se blottit, le maréchal l'embrasse.

«Lève-toi donc; doù ^ient cette grimace? — Non, monseigneur, je ne puis me lever Qu'auparavant je n'obtienne une grâce. — Je te l'accorde, il ne faut qu'achever ; Est-il pour toi chose que je ne fasse ? — Ah ! s'il est vrai que vous puissiez m'aimer Tel que je suis, par bonté, mon cher maitre. Plus de présents : voulez-vous m'abimer ? Encore un seul, et je suis à Bicétre.

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