‹ Œuvres choisiesChapitre 26 sur 49 · Satires · texte numérisé non relu

Satires

Lorsque d'un jjIus puissant on se trouve offensé.

Dissimuler sa peine est un acte sensé.

On achète tàen cher un transport téméraire,

Et le prompt rfpentir suit la prompte colère.

Implacable vengeur, dieu sévère et jaloux,

Ju[àter, malheureux qui se brouille avec vous !

Sans les soins protecteurs de la troupe immortelle,

Il plongeoit le soleil dans la nuit éternelle ;

Mais les dieux suppliants lui font donner les mains

A ne Ihumilier qu'au destin des humains.

Dans les fertiles champs où le fameux Pénée

Enrichit de moissons la plaine fortunée ,

Régnoit alors Admète, un prince fort vanté,

Par l'amour conjugal du trépas racheté,

Qui n'auroit point revu la lumière céleste,

S'il eût eu pour épouse une moderne Alceste.

Pour produire avec fruit ses talents au grand jour,

Notre illustre banni s'achemine cà sa cour, .

Plein d'espoir d'y puiser les grâces dans leur source

N'ayant que Tait des vers pour unique ressource.

Quelle ressource , ô ciel ! Bien loin d'élre admiré ,

Il y passa bientôt pour un fou déclaré ;

Et de ses vers pompeux les sublimes figures

Y parurent aux sots extravagances pures.

L'intendant des troupeaux, qui se piquoit d'esprit.

Le tirant de leurs mains, à ses gages le prit.

Et berger tout nouveau, dans les plaines fleuries,

L'envoya débiter ses doctes rêveries.

Vous voilà donc réduit à paître des troupeaux ,

Vive fécondité, qui jusqu'au fond des eaux,

Portant sur vos rayons les subtiles essences ,

Dans le sein de la terre animiez les semences !

Cet œil qui vit sous soi , parmi les airs mouvants ,

Satires. 173

Le choc des tourldllons et la guérie des vents, A donc pour totit spectacle , au fond d'une prairie , Le combat des taureaux qu'Amour met eu iurie ! Non, je ne puis souflVir d'eutiMidre déclamer Ceux qu'à la pauvreté réduit Tart de rimer. J'ai tort de l'avoir fait. Une simple chaumière A borné devant nous le dieu de la lumière. Que ses chants furent beaux! que les rustiques dieux Goùtoient avidement ses sons mélodieux.

Quand sur ses chalumeaux sa tendresse fertile Fit folâtrer l'églogue ou soupirer l'idylle ! Heureux si, du destin toujours persécuté, Il n'eût pas vu finir cetie tranquillité !

-Mercure, en ces temps-là, dans les champs de la Grèce,

Par de petits larcins cultivoit son adresse;

Comme un caméléon variant ses couleurs.

Il inéritoit le rang de patron des voleurs ,

Et concevoit déjà d'illustres espérances

De ranger sous ses lois la robe et les finances

Aussitôt que d'Admète il eut vu les troupeaux,

Bondissant sur les fleurs , s'égayant dans les eaux ,

Il sort d'une retraite eu rustique équipage;

D'un berger du pays empruntant le visage.

Il aboi de Phébus de l'air riant et doux

Que prend la trahison pour faire ses grands coups ,

Et lui dit : « Étranger, quelle étoile obligeante

Enrichit ce climat d'une voix qui m'enchante ?

Sous cet antique chêne, à rêver occupé,

Mon oreille a reçu tes sons qui m'ont frappé.

0 ciel ! qu'ils sont touchants! que je hais l'inhumaine

Qui charge un tel amant d'une si rude chaîne !

IMais ce n'est qu'une feinte. Fst-il quelque beauté

Qui rebute un amour si tendrement chanté?

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De grâce, redis-moi cette dernière stance.

Quel touj ! quels vers nombreux ! quelle heureuse cadence !

Non , le dieu du Parnasse , entouré des neuf Sœurs ,

Ne frappe point les airs de pareilles douceurs.

Mais , n'es-tu point lui-même , ou l'amant solitaire

Qui regrette Syrinx par sa plainte ordinaire ? »

0 piège inévitable et finement tendu !

Quel auteur contre toi s'est jamais défendu?

Le plus ferme d'entr'eux cède à cette machine ;

C'est un poison qui tue, un charme qui fascine :

Chacun pour s'estimer se forme des sujets ,

L'amour-propre triomphe à grossir les objets;

Mais de tous les humains que sa vapeur occupe,

Le poëte orgueilleux est la plus sûre dupe.

A force de louange Apollon prévenu,

D'abord sans réfléchir se livre à l'inconnu;

Il s'applaudit dans l'âme, et sa joie est extrême

De voir qu'à ses chansons on le prend pour lui-même.

Plus son admirateur s'empresse à l'écouter.

Plus le dieu complaisant s'épuise à répéter;

De ses amours chantés il raconte l'histoire;

Et poussant son récit jusques à la nuit noire.

Qui sous un voile obscur les champs ensevelit,

Il offre à son flatteur la moitié de son lit :

C'est le but où la ruse étoit acheminée.

Phébus dort en berger lassé de sa journée;

La verge narcotique affermit son sommeil.

Mercure à se lever devance le soleil,

Et, faisant des troupeaux un inégal partage.

En détourne l'élite au travers du bocage.

« Otez-vous de ces lieux! ô berger imprudent! Vous n'y pouvez rester sans péril évident. » Ainsi parle au Soleil la vigilante Aurore :

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De ses pleurs redouMés s'accroît l'émail de Flore. Phébus suit son conseil , et d'un nouvel affront Dans les champs Lydiens court se couvrir le front. Las de traîner un corps qui lui servoit de peine , Sur la croupe d'un mont Phébus pr^noit haleine, Et, couché sur la mousse, au pied d'un vert ormeau, Gharmoit sa lassitude au son du chalumeau. Les oiseaux enchantés suspendoient leur ramage, Les zéphii s inquiets faisoient grâce au feuillage ; La babillarde Écho n'osoit [as respirer. Et les ruisseaux voisins couloient sans murmurer. La beauté de son chant en cet en^iroit attire Le berger, le chasseur, la nymphe et le satyre. Midas, roi du pays, le premier y parut. Pan d'un buisson voisin à la hâte y courut , Pan , le dieu des forêts , dont la rustique adresse S'est fait un instrument des os de sa maîtresse. Et qui, dans l'art du chant prétendant exceller, Frémit qu'en sa présence on ose s'en mêler. D'abord à ce rival, devant la compagnie, Il propose un défi de vers et d'harmonie : Le dieu des vers l'accepte en modeste berger; Midas avec Tmolus est commis pour juger. Sur un gazon fleuri le sénat prend séance. Le vulgaire est debout , et tous prêtent silence. Alors, entremêlant sa flûte avec ses chants. Le dieu Pan de ces vers fit retentir les champs. « L'espoir de ma victoire en votre appui se fonde : Déclarez-vous pour moi, belle moitié du monde , Honneur de Tunivers , dernier effort des dieux , Doux supplice de l'âme, et délice des yeux; Vous êt€s de l'esprit souveraines arbitres ; Pour ennoblir les vers vuus accordez les titres ; Et vos décisions font tomber un auteur,

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Eùt-il, avec ses sœurs, Phébus pour protecteur. Dans ces chauts que mon cœur vous offre pour victime, Beautés, vous allez voir combien je vous estime. » On crut, à ce début, qu'il alloit débiter Tout ce qu'aux cœurs galants apprend l'art de flatter; Mais changeant tout-à-coup par un froid stratagème. Pan contre le beau sexe insolemment blasphème , Et s'épuise en efforts pour noircir ses attraits Par une aigre satire et de sanglants portraits. Quelques méchants rieurs à la feinte applaudissent; Le reste paroit froid , et les nymphes rougissent. Quel courroux enflamma l'œil qui perce en tout lieu! Le berger indigné cache à peine le dieu ; Et, sans l'ordre absolu qui borne sa puissance , Il eût à coups de traits puni cette impudence; Mais, soumis au destin dont il sent les rigueurs. Par mi tendre prélude il prépare les cœurs. L'Amour suit de ses sons les volantes merveilles, Et, porté sur leur aile, entre par les oreilles. Le sauvage Tmolus , dit'u du mont sourcilleux , Baisse, pour applaudir, son sommet orgueilleux; Et l'épaisse forêt qui lui sert de couronne , S'incline, en le suivant, au beau fils de Latone. Je n'entreprendrai point ici de réciter L'ode qu'en langue attique il lui plut de chanter. Pour traduire les dieux nous n'avons point de style. Perrin 1 se morfondit sur le divin Virgile , Et Lucain chez Brébeuf, au goût de Despréaux, Ne peut être admiré que des provinciaux. Il suffit de savoir que du sexe adorable Il fit avec tant d'art l'éloge inimitable , Que, sans délibérer, ses auditeurs surpris,

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