Auteur iVune mauvaise traduction en vers de VÉnéide
Satires. «:
En tumulte au berger accordôvent le prix ;
Et pour rendre sa gloire encore plus complète,
Pan lui-même tout haut avouoit sa défaite.
Midas seul , du bon goût ennemi déclaré ,
Méprisa le talent de la troupe admiré ;
Et du dieu des forêts , aux yeux des nymphes mornes
De leur noble guirlande il embellit les cornes.
Que te dirai-je encor? Tu sais le châtiment
Qui sur l'heure suivit l'inique jugement,
Et comme, aux spectateurs donnant la comédie,
Le juge fut pourvu d'oreilles d'Arcadie.
Divinité des lois, si les grands jours des cieux
Gommettoient Apollon, qu'il revint en ces lieux
Réprimer l'injustice et punir l'ignorance,
Pom- dérober aux yeux sa risible vengeance,
Dans tous les tribunaux que l'on croit les plus nets
0 Thémis ! qu'il faudroit élargir de bonnets !
Et toi, triste sujet d'une immortelle plainte.
Mes vers t'oubliront-ils , déplorable Hyacinthe?
Dois-je , eu rafraîchissant une juste douleur,
Te nommer d'Apollon le crime ou le malheur?
Quoi donc ? sur le galant , sur le tendre Zéphire ,
L'implacable colère a-t-elle tant d'empire ?
Et tes jeunes appas avoient-ils mérité
Un destin si funeste et si précipité?
Mais ne réveillons point la coupable mémoire
Qui de l'astre du jour pourroit ternir la gloire.
Par là ses nourrissons, mis en mauvaise odeur.
Furent longtemps suspects d'une odieuse ardeur;
Leurs vers en sont noircis; et, dans le sang d'Orphée,
La honte de ces feux ne fut pas étoutfée.
Aujourd'hui le Parnasse, heui'eusement purgé,
178 Satires.
Soumis à la nature et sur la loi rangé ,
Constant à rejeter les usages obliques,
Laisse aux enfants de Mars leurs manières antiques.
Du destin d'Apollon l'ordre persécutant
Lui réservoit encore un outrage insultant.
Misère impérieuse , hélas ! qui peut comprendre
A quelle indignité tu forces de descendre !
Le tyran des Troyens, bouillant d'ambition ,
Élevoit les remparts du superbe Tlion ,
Et, bâtissint des siens le fameux cimetière,
De la gloire des Grecs préparoit la matière.
Notre dieu , que le sort privoit de tout appui ,
S'associe à Neptune, exilé comme lui ;
Et cette même main, dont la savante adresse
Par les sons de sa lyre arrétoit le Permesse,
Et charmoit les neuf sœurs sur le sacré coteau ,
Empoigne la truelle et saisit le marteau.
Infoitunés rimeurs, manœuvres du Parnasse,
De la muse françoise inépuisable crasse ,
Si la Parque en ce temps avoit lilé vos jours,
Vous eussiez à Phébus été d'un grand secours.
J'en sais tel d'entre vous, aux épaules carrées.
Robuste, bien membru, nerveux, aux mains serrées ;
Qui d'ailleurs inhabile à ses doctes chansons,
Eût été merveilleux pour un aide à maçons.
Déjà du mur fatal la massive structure
Terminoit en créneaux sa fière architecture;
Et, se manifestant pour chef-d'œuvre des dieux ,
Épouvantoit la terre et menaçoit les cieux.
L'ingrat Laomédon, que sa parole engage,
Cherche inutilement des fautes dans l'ouvrage ,
Et, pressé de payer le salaire promis,
Lance à ses créanciers des regards ennemis;
Et de termes si bas il arme sa colère.
Satires. 179
Que je suis tout honteux de les voir dans Homère , N'en déplaise au parti qui de l'antiquité ^'eut que, jusqu'aux défauts, tout y soit respecté. 0 race, à l'injustice eu tout temps adonnée! Grands, vous voilà bien peints; c'est une destinée Dont tout homme né libre a lieu d'être effrayé. Servir maître superbe et n'être point payé !
Acanthe, tu m'attends à la fin de l'histoire.
Et tu 0 ois qu'Apollon , rétabli dans sa gloire ,
Au milieu des grandeurs dont il fut possesseur,
Goûta d'un heureux sort la tranquille douceur;
Abus : de sa vertu, sans cesse traversée.
Partout la fermeté de voit être exercée.
Je ne veux point ici chanter sur le haut ton
L'ambitieuse mort du jeime Phaëton,
Ou sur les bords du Pô , par des redites fades.
Changer en peupliers les tristes Héliades.
Je ne veux point encore à ses malbeurs coimus,
Ajouter le récit de ses feux pour Vénus,
Qui pour hommes et dieux également traitable.
Fut pour le seul Sokil toujours inexorable,
D'où vient qu'en délateur cet amant érigé,
Et par l'art de \'ulcain visiblement vengé ,
Fit prendre au sein de Mars la déesse endormie ,
Réduit à désirer cette douce infamie.
A nos réflexions ajoutons seulement,
Que, dans tous ses emplois, Phébus, également,
Qu'il habite la terre ou la voûte étoilée ,
Rencontre avec l'honneur la fatigue mêlée.
Dieu du jom', il s'occupe à d'inomenses travaux;
Tl guide avec péril de fantasque? chevaux;
Il grimpe le matin par des sentiers rapides ;
Le soir, se précipite aux abîmes humiùes :
i8o Satires.
Dans son brûlant midi, de flammes entouré.
Par cent monstres affreux il seroit dévoré.
Si, toujours attentif à ses fidèles bornes,
Du taureau mugissant il n'évitoit les cornes ,
Le venin dangereux du piquant scorpion,
La flèche du centaure ou la dent du lion.
En vain la sombre nuit, à la cour d'Amphitnte,
Des délassants plaisirs veut rassembler l'élite ;
Dans les sacrés festins son gosier desséché,
A louer Jupiter sans cesse est écorché;
Et des géants vaincus il fredonne Thistoire ,
Quand le reste des dieux se divertit à boire.
Dieu des vers , son destin n'est pas plus fortuné :
Sur la croupe d'un mont tristement confiné,
Dont l'avare fortune a fait son héritage ,
Cultivant sans succès, dans ce rocher sauvage.
Des arbres, de la vie inutile soutien,
Toujours verts, et pourtant qui ue produisent rien
Du stérile laurier mâchant la feuille amère,
Se repaissant de sons et buvant de l'eau claire,
Habitant des forêts la rebutante horreur,
Saisi de rêverie , agité de fureur ,
Et pour mettre le comble à ses peines cruelles ,
Réduit à contenter neuf bizarres pucelles :
Acanthe, à ton avis, qu'en pouvons-nous penser,
Nous, qu'une seule a su si souvent exercer?
Prétends-tu de ton nom laisser quelque mémoire ?-
Tu vois par quels degrés on arrive à la gloire :
Le travail y conduit, et la fatalité
Enchaîne le plaisir avec l'obscurité.
Au point de recueillir les fruits de ton étude.
N'en corromps pas l'espoir par ton inquiétude :
De la nécessité subis l'heureuse loi;
La volupté te fuit et l'honneur s'offre à toi.
s AT m ES. iS
Né dans un siècle illustre et bi illant de merveilles , Du plus fameux des rois fais l'objet de tes veilles. Comme un foible lierre, à tes bras toilueax Donne le ferme appui d'un tronc majestueiix. Le soleil ennoblit la pesante matière , Il élève, il soutient une vapeur grossière : De l'éclat de Louis attends le même fruit ; Il élève, il soutient un auteur qui le suit. Jupiter put souffrir, du tiône de la nue. Le nom de Phidias au pied de sa statue , Et vit , sans s'initer, le peuple adorateur Encenser le monarque et louer le sculpteur ; Mais pour ce grand sujet arme-toi de courage. Souvent de pauvreté blâmant notre langage, Et jetant de dépit couleurs, toile et pinceaux , Ton dessin dans le feu volera par morceaux. Ne te rebute point; change, corrige, efface. Médite à tous propos les maîtres du Parnasse. Si quelque expression t'échappe par hasard , Indigne de ton prince , indigne de :on art , Fais-toi cette apostrophe : « 0 muse infortunée î Est-ce ainsi que Virgile auroit parlé d'Énée? Lâche! est-ce donc ainsi qu'aux 1 tords du Simoïs, Homère, dans ses vers, eût fait vaincre Louis, Si pour prendre en huit jours une fatale ville. Le destin l'eût fait naître à la place d'Achille, Qui, malgré sa valeur et les dieux conjurés , Dix fois devant ses murs vit les épis dorés ? » Repasse en ton esprit cent conquêtes célèbres , Qui du sombre avenir perceront les ténèbres, Mons, Besançon, Namur, dont un seul bastiMi, Dont le moindre dehors valoit tout llion. Songe à tant de vertus , dont la foule éclatante Embarrasse, éblouit, désespère, épouvante.
lîï^ Satires.
Lorsque de les chanter l'amliitieux désir
Ne peut suffire à tout , et ne sait que choisir.
Par ces fidèles soins, une heureuse harmonie
Doit avec ton modèle assortir ton génie ;
Et nos derniers neveux , de sa gloire étonnés ,
Aux pieds de ton héros en esprit prosternés,
Contemplant de Louis cette image parfaite,
Pourront se souvenir que c'est toi qui l'as faite.
Je vois ce qui s'oppose à ton amhition , Et je veux prévenir ta grande objection : Le moyen de suffire à cette illustre envie , Occupé du souci des besoins de la \ie, Diras-tn? Quel esprit, borné servilement Par la basse frayeur de manquer d'aliment. Peut jamais s'élever à la hauteur sublime Que tes hardis conseils proposent à ma rime ? Crois-tu donc que Virgile , en son esprit troublé , Repasse tristement la disette du blé, Quand sa muse énergique avec tant d'art ajuste Le beau trait de Marcel , qui fait pleurer Auguste ' Le bonhe^ir, dans Horace, au mérite fut joint; On voit dans ses écrits briller son embonpoint : Et lorsqu'il pousse en l'air Pégase qu'il gouverne, Il a ses pleins celliers de Grec et de Falerne. D'accord , quand un auteur sur une œuvre pâlit , Trop de bien le relâche, et trop peu l'avilit. Eh bien ! veux-tu forcer ton prince incomparable A jeter sur tes vers un regard favorable , Et , par quelques bienfaits , de ton sort obstiné Changer royalement le cours empoisonné ? Je m'en vais te guider par un avis fidèle; Le voici, cher Acanthe, en un seul mut : excelle! Depuis qae de l'État le vigilant démon
Satires. i8î
Dans ses puissantes mains en a mis le liuDn , F' .lit genre de vertu brillante et distinguée , S'est vu de ses bontés la source prodiguée. En quelque art que l'on prime , à ce roi bienfaisant . C'est toujours pour ses dons un titre suffisant ; Et sans retour sur soi , sans rapport à sa gloire , ^a faveur eniichit jusqu'à l'Observatoire. Fais retentir ses faits dans le sacré vallon , Et sois sur qu'il paii-a les travaux d'Apollon. Mais, pour chanter sou nom, à toi-même sévère, Ami, sur sa grandeur forme ton caractère, Et dans des sentiments en contrainte exprimés , Ne va pas confier sa gloire aux bouts-rimés. »
En finissant ces mots d'un ton plein d'amertume,
Comme une exhalaison qui dans la nuit s'allume.
Disparut le héros au vêtement romain.
Et traça dans les airs un lumine :x chemin.
Acanthe, encouragé par cette remontrance,
P us rimeur que jamais, plus plein de confiance,
I/ime moins agitée et les yeux éblouis.
Regagna sa cabane en méditant Louis.
Satires.