‹ Œuvres choisiesChapitre 44 sur 49 · MORALITE · texte numérisé non relu

MORALITE

ouissons, bergère, 1^5 Jouissons du temps

Sa course légère j© Entrahie les ans.

Après leur printemps , Tout n'est que chimère , Que douleur amère.

Que regiets cuisants.

Jouissons , bergère , Jouissons du temps; Ce lieu solitaire

Est propre au mystère

Des amours contents :

Le soleil éclaire

Moins qu'à l'ordinaire :

Ses feux complaisants

Forcent à se taire

Ta pudeur austère.

Jouissons du temps ,

Jouissons, bergère.

Pièces Diverses. 2^5

n abbé de uotre quartier, Amant de la blonde Lucrèce, X'osant donner l'habit entier,' La cbauss- comme uoe princesse.

Un voisin qui brûle d'anjour Et qu'elle a banni d'auprès d'elle Fit rougir l'amant et la belle Dans les jardins de Luxembourg.

Prenez garde à vous, ma voisine, Lm dit-il d'un ton goguenard; Votre jupe de férandine Crotte vos souliers de brocard.

a jeune Églé, dont le mérite brille Bien qu'il ne soit dans sa perfection Meurt du désir de devenir grand'fille- C est sa marotte et son ambition.

Ah! vieux papa, me disoit la friponne Dun air d'enfant, mais prêt à se sentir Cinq ou six ans, à ne vous point menti Refeioient bien ma petite personne.

Dix fois autant je puis vous en offrir Dis-je en riant. Non, reprit la matoise- \ous depouiUer n'est point chose à souffrir. Et grand merci de l'offre trop courtoise

276 Pièces Diverses.

^^yf=^--,<^ orismond me conduit dans son orangerie : ^^ Rien n'est plus beau, rien n'est plus clair. Là, du plus rigoureux hiver W^ Vingt châssis de cristal écartent la furie ; Et parmi les parfums qu'elle verse dans l'air. Flore, malgré Décembre, à Zéphyr s'y marie.

Cependant le grand jardinier, ('.et homme des saisons l'ingénieux arbitre ,

M'a fait coucher dans un grenier Où les fiers aquilons assemblent leur chapitre. De mes Jours je n'irai te voir.

Ame de laonzc, cœur de marbre :

Qui traite ses amis plus durement qu'un arbre , Ne mérite pas d'en avoir.

u me promets de jour en jour ^^^^ De récompenser mon amour, W^ ^^\ ^^ ^^ ^'^^ ^^ P^^ moins sévère. ^)-r^;V Climène, c'est trop m'abuser :

Si tu veux enfin que j'espère.

Commence de me refuser.

rispin, ce critique sauvage, ^|) Qui trouve à tondre sur un œuf, Quand on lui montre quelque ouvrage Soupire, et vous dit : Rien de neuf.

Que ce soit idylle, épigramme.

Vaudeville, ou chant du Pont-Neuf,

Pièce? Diverses. 277

Ode, satyre, épithalame,

A tout même accueil : Rien de neuf.

L'Histoire amoureuse dts Gaules, Ou la Pharsale de Bréheuf, C'est tout un. Haussant les épaules, Toujoui's sou refiain : Rien de neuf.

J'ai cm longtemps, je le confesse, Que par cette exclamation n déploroit la sécheresse De la moderne invention.

Enfin j'ai trouvé l'enclouùre Du Rien de neuf tant soupiré :

C'est qu'il habite une masure.

Et porte un habit déchiré.

,;^^^^;^ ortures des pédants , puériles finesses

ft^V- Q^'^^ercent les laquais dans le sacré vallon p^j Eu attendant que leurs maîtresses :^^-^^ Sortent du conseil d'Apollon : Echo? , rébus picard, anagramme, acrostiche. Soyez pour mon esprit un champ toujours en friche ; Cherchez des malheureux que puissent captiver Vos subtilités ennuyeuses.

C'est être fou de cultivei Des sottises laborieuses.

278 Pièces Diverses.

(^^''p^ es épigrammes sont bonnes ,

Xds k:<;^. Me disiez-voiis l'autre jour; :\t Mais parfois tu les redonnes M En n'y changeant que le tour,

Il est vrai , je suis coupable ;

Mais, marquis, à votre table,

Si vous m'appelez jamais,

Pour punir cette redite.

Servez-moi trois fois de suite

Des perdrix de Vivarais.

^^>^^ dorant la jeune Phyllis, •"^^^^y J'espérois d'attendrir son àme, Ou que ses attraits affoiblis

De la rigueur de ce tourment Si fatal aux cœurs qu'il possède, J'appelois témérairement Au temps, mon prétendu remède :

Mais chaque jour je m'aperçoi Que mon erreur étoit grossière : Hélas ! que peut le temps pour moi ?

Il la rend plus belle et plus fière.

e voulois faimer, Cléandre ; ?r^ Tu veux être respecté :

^ C'est ce que j'ai pu comprendre c'a Par ta fière gravité :

Pièces Diverses. ^79

Ce que ton orgueil affecte , MoD devoir l'observera; Mais s'il faut qu'on te respecte, Va chercher qui t'aimera.

our avoir des meubles de prix , Des rentes sur l'Hôtel de Ville , Un jardin au faubourg, trois maisons dans Paris, ■S^ Lycambe, il ne faut point traiter avec mépris Ceux à qui la fortune a paru moins docile. Voulez-vous qu'on vous parle net (Et soit dit sans vous faire outrage), J'ai connu des marchands par infidèle aunage , J'ai \M des mounoyeurs par mauvais affinage. Des filous par trois dés dans un double cornet,

Des bandits par le faux saunage , S'enrichir t3ut autant et même davantage Que vous par votre lansquenet.

our sortir du libertinage Où depuis longtemps je te vois, 'i\ Il faut enfin, mon fils, songer au manage : <^é?^\èJl J'ai pour toi, sur cela, dé j à fait un bon choix C'est une jeune fille. — Elle en sera plus bête. — Belle comme l'amour. — Gare le mal de tète. — Elle est fille de qualité. — Elle en aura plus de fierté El me viendra prôner les héros de sa race. — Elle a de la vertu, de plus. — Pur? grimace. — Elle a de l'esprit. — Je le croi;

28o Pièces Diverses.

Peut-être même trop pour moi.

Ne m'en parlez plus, je vous prie. — Elle a vingt mille écus à toucher tout comptant Sans Vespoir d'une grosse hoirie. — Que diantre lanternez-vous tant ?

Cela vaut fait : je me marie.

'où vient que Tenvieux Phorbas , Rêvant tout seul dans ce parterre , Lève les yeux , parle tout bas , \^^^2f Et de son pied frappe la terre?

A-t-il souffert quelque malheur?

Non, je n'y vois pas d'apparence;

C'est qu'il déplore le bonheur

De quelqu'un de sa connoissance.

^ ue ces j eunes seigneurs sont fatigants pour moi, è\\ ■! Et que leur amitié me devient incommode ! i^^V^I; C'est un grand embarras d'être tant à la mode, \ ^^^^ Disoit Gélaste à Godefroy :

L'an vient me réveiller pour aller à la messe ,

L'autre m'entraîne pour diner , Un troisième avec lui me mène promener;

De là souper chez sa maîtresse.

Aux vrais amis, à la tendresse, [1 ne me reste pas un moment à donner : A force de m'aimer, on me rend misérable ! Bon ! reprit Godefroy, très-mauvais complaisant ,

Tu crois donc qu'on te trouve aimable ?

Rien moins, on te trouve plaisant.

Pièces Diverses.

hersandi e me méprise et croit qu'avec raisou ^^ Je ue puis avec lui faire comparaison : :'^ ^^ J'ai, dit -il, de grands biens : ton malheureux partage Ce n'est qu'un peu d'esprit , dont tout le griffonnage Au bout d'un an de ta pau-sTe maison Suffit à peine à payer le louage.

Il est vrai que ma muse est tout mon apanage ; Je suis content de mon partage.

Et je n'en rougirai jamais.

Je pourrois être davantage , Si d'un gros financier j 'a vois été laquais.

a plus chère brebis est triste et languissante; couche au bord de ce ruisseau , les fleurs que ma main lui présente, 'est amour qui la tourmente^ 0 dieux , quel mal fâcheux se met dans mon troupeau I Je le sens, ce poison; dans ce lieu solitaire Tout le répand à ce printemps nouveau : i^es prés, ces tendres flem*s, ces bois , cette onde claire,

Et je crains fort que la bergère N'ait pris sans y penser le mal de sou troupeau.

y-gît une fille de Cône Qui rasoit en perfection:

Fussiez- vous barbu comme un faune, "^^^ A peine seutiez-vous son opération. Pour calmer la douleur cruelle Qwè cause aux voyageurs son trépas inhumain,

Pièces Diverses.

Terre, soyez légère aux os de la pucelle; Toujours le serez moins que ne l'étoit sa main.

e suis-je pas bien malheureuse, Disoit Adrienne à Catin, Que cet ingrat, que ce matin Me quitte pour une morveuse !

Gatin répondit à cela :

Il est vrai, l'objet qu'il adore

N'a que seize ans, et moins encore.

Oh! le grand défaut que voilà!

S'il avoit un peu de cervelle,

S'il étoit juge compétent,

Voudroit-il vous quitter pour elle?

Vous en avez trois fois autant.

u doux jus que produit l'automne.

Tu t'enivres souvent, dit-on :

Thersandre, je te le pardonne, C'étoit le foible de Caton.

xMalgré Phœbus, malgré la muse.

Tu veux entuuuer le clairon; Ce défaut souffre son excuse, C'étoit recueil de Gicéron.

Cupidon te met en chemise Dès qu'il t'a raugé sous sa loi ; Patience, c'est la sottise Qu'Antoine a bien faite avant toi.

Pièces Diverses. 28i

Ta faite au combat tient des Parthes ; Cela peut avoir sa vertu.

Ton vice de filer les cartes, Thersandre, de qui le tiens-tu ?

illot , bossu par devant , par derrière ,

Et goguenard (car tous bossus le sont) ,

Pour se baigner, au bord de la rivière

ÎP Mit ses habits, comme tant d'autres font :

Or, un voleur à les embler fut prompt;

Mais quand Gillot eut fait son tripotage,

Et décrassé son sale parchemin ,

Il regagna l'infidèle rivage ,

Bien rafraîchi , mais nu comme la main :

Lors de plus près a^^sant son dommage,

Il le supporte eu empereur romain.

De souhaiter que le diable t'emporte.

Maudit larron de mon seul vêtement,

Seroit, dit-il, vengeance un peu trop forte

Pour un tel cas; je voudrois seulement.

Pour te punir, du moins, vaille que vaille.

Que cet habit, acquis furtivement.

Pût te servir, et fût juste à ta taille.

^'^' h ! pourquoi , ma chère Lydie , ' "' Disoit la coquette Phyllis , ^j De notre jeunesse étourdie *^ Souffrous-nous les airs impolis?

Est-ce ainsi que dans TArcadie Vivoient ces bergeis si jolis Qu'on a tant mis en comédie ?

28i Pièces Diverses.

Est-ce ainsi que les Amadis ,

Et les soupirants de délie ,

De leurs amours du temps jadis

Ornoieiit la Gaule et l'Italie ?

Nous méritons bien ces rigueurs.

Reprit la maligne Lydie :

Mépris, insulte, perfidie,

Sont les tristes fruits de nos mœurs.

C'est à ravaler ses faveurs

Que notre sexe s'étudie ;

Tl conquit autrefois des cœurs,

Mais à présent il les mendie.

((^, 'un grand Monsieur j'ai salué Rolet ; Il s'applaudit et croit qu'on lui défère. ^ Montaigne ainsi parloit à son valet, Quand le coquin le mettoit en colère.

hez un bonhomme de Beauvais Un dragon faisoit le mauvais.

Son hôte maltraité cvioit ta pleine tète : Au meuitre! à l'aide! à mon secours! Les voisins accourus tàchoient par leurs discours

De calmer la tempête.

Le plus hardi de tous étoit le plus mal fait. Qui disoit au dragon ; Sais-tu , mon camarade , Que moi seul je suis homme à te donner ton fait ;' 11 ne faut point ici faire tant de bravade , Et je te jure sur ma foi Que j'en ai tué plus que toi.

A ces mots, le soldat enflammé de colère :

Pièces Diverses. aSS

Qui, toi, s'écria-t-il, malbeureux avorton!

Mes pistolets , mon mousqueton î Nous allons voir bientôt si tu me feras taire. L'hôte entre deux se jette , et dit au spadassin :

0 ciel ! que prétendez-vous faire ?

Eli! monsieur, c'est un médecin.

Cet éclaircissement excita la risée.

L'hôte fit apporter du vin,

Et la noise fut apaisée.

C^fT'-v''^ 'où vient que maître Alain jamais ne me salu^, '$ ^^/i ^^ *^^ premier salut je ne Tai prévenu, ^' l^^>^ ^^ ^^^ quand avec lui je marche dans la rue, ^ ySS' Le dessus du pavé par le rustre est tenu ?

Je n'aurois pas cru qu'un notaire Eût dû prendre avec moi des airs si suffisants. A-:-il donc oublié que feu monsieur son père Fut valet chez le mien pendant cinq ou six ans?

Mais allons, doucement, ma bile; Grasses directions, insignes faussetés, Vieux titres contrefaits par une main subtile, Ont de cent mille écus grossi ses facultés; Si j'ai besoin d'argent, c'est par lui qu'on m'en prête,

Par lui mon crédit se soutient.

Pour conserver l'utile, abandonnons l'honnête. Ah ! maître Alain, passez; Thooneur aous appartient.

286 Pièges Diverses.

omédiens sont gens de conséquence; ^ Pour eux Églé nous tourne à tous le dos : Sourde à nos vœux, leur bassesse l'offense, Et l'histrion lui paroît un héros ; Héros partout. Gardez, disoit Horace, D'en employer trop grand nombre à la fois Dans une scène. Un auteur s'embarrasse, Qui fait agir des acteurs plus de trois. Or avons-nous poétique nouvelle :

On se raffine. Il n'est que d'essayer.

En même scène Églé sait employer Jusqu'au valet qui mouche la chandelle.

e promenant un soir aux Tuileries, Sur la terrasse , un bourgeois curieux M'examinoit, me parcouroit des yeux; Nouveaux venus dans les conciergeries,

Par guichetiers ne peuvent l'être mieux.

Il me salue et fait telle demande :

— N'étes-vous pas ce Daphnis dont les chants Sont à Paris en estime si grande ,

Si pleins d'esprit, si tendres, si touchants, Pom* qui n'a pas oreilles de Hollande?

— Je suis Daphnis, que vous plait-il de moi?

— Mais , reprit-il , d'où vient donc que vous êtes Si mal vêtu? — Monsieur, en bonne foi, Dis-je en riant, c'est que des bons poètes

Je ne suis pas. Ma muse à m'habiller Ne peut fournir ; mais ce qui me console Dans mon malhem% j'en vois d'autres briller, Dont tout l'habit ne vaut pas une obole.

Pièces Diverse:

,, ue peDsez-vous de mon sonnet?

5'ÊJ^ li ^^^ ^^^ ^°^ ^^^^^ écolièie. I^k^lz Vous paroit-il passable, ou, comme dit Molière, N'est-il bon seulement qu'à mettre au cabinet? repris-je en riant, soit dit sans vous déplaire, Je l'ai trouvé si "sif, si tendrement tourné, Qu'en le lisant j'ai soupçonné... — Quoi î — Que vous vous rétiez fait faire.

Moi

uand Lisidor n'a pas un sou ,

C'est le meilleur homme du monde;

Il nous baise , il nous saute au cou.

Quand Lisidor n'a pas un sou, Il plaisante, il est comme un fou; Il boit avec nous à. la ronde.

Quand Lisidor n'a pas un sou, C'est le meilleur homme du monde.

Dès que l'argent est revenu , De nous Lisidor ne tient compte; Je ne suis, moi, qu'un bec cornu.

Dès que l'argent est revenu, Pour lui tout homme est inconnu.

S'il n'est du moins marquis ou comte.

Dès que l'argent est revenu. De nous Lisidor ne tient compte.

Sainte amitié , nœud précieux

Que choque sa bizarrerie ;

Fais si bien qu'il soit toujours gueux.

288 Pièces Diverses.

Sainte amitié, nœud précieux.

Ton commerce en ira hien mieux C'est la faveur dont je te prie.

Sainte amitié , nœud précieux Que choque sa bizarierie.

rgent comptant est une aimable chose Au temps heureux de la métamorphose (/(Sc^^j II en pleuvoit; aujourd'hui seulement ^^fei«?:^7 II en dégoutte, et par ce changement Porte d'aîDour est souvent porte close.

Marchandez-vous teint de lis et de rose ? Ouvrez la bourse et payez largement.

Dame Vénus de ses favems dispose Argent comptant.

De bel esprit ayez puissante dose.

Faites des vers, expliquez-vous en prose, Mieux que Voiture ou s.jn maître Clément. Pour nos beautés, c'est du haut allemand. Amant discret est celui qui propose Argent comptant.

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