‹ Œuvres choisiesChapitre 105 sur 244 · SCENE IIÏ · texte numérisé non relu

SCENE IIÏ

MELCHTAL, CLÉOFÉ.

Encroirai-je mes yeux? eh quoi .'Melchfal, c'est Totis.^ Je vous vois seul ; parlez, reverrai-je un époux ? Qu'avez-vous fait de Tell.'

M E L c H TA Tj,

Il est libre, r. L É o F É .

Qu'eniends-Je?

MELCHTAL

Au comble des revers , notre fortune chanirc Le lyran , la tempête , enfin tout ce qui dut Servir à notre perte a fait notre salut ,

lia GUILLAUME TELL.

Et l'on ne vit jamais , dans un sort si funeste , Un effet plus marqué de la faveur céleste. Nous traversions le lac , et Gessler, l'œil snr nous Lui-même exécutant l'arrêt de son courroux, Vers la rive opposée et ie fort qu'il habite. Fier de ses attentats , voguoit avec sa suite ; A côté du pilote est l'arinure de Tell , Dont s'étoit par prudence emparé le cruel. Mais au milieu dn lac nous avancions à peine , S'élève une tempête effVoyaijle et soudaine ; Par les vents en fureur les Ilots amoncelés Se croisent sur la barque en assauts redoublés ; Tout est près de périr. Gessler craint pour sa vie ; Le ciel semlde en effet punir sa baibarie ; Mais c'est sur sou orgueil qu'avec étonnement Nous avons vu tomber le premier châtiment. Admirez avec moi le ciel dont la puissance Abaisse des humains et confond l'insolence. Tandis que tout s'alarme , et Gessler et les siens , Que l'orage s'accroit , que l'art est sans moyens , On avertit (iessler que, couducteur habile, lell seul peut commander à la vague indocile ; A cet avis propice autant qu'iuattendu , Un cri par-tout s'élève, et l'espoir est rendu. Gessler est combattu , pâlit, frémit de rage ; Mais le péril pressant, mais la peur du naufra^jr, De tous les passagers les cris impérieux. Son pouvoir éclipsé devant celui des cieux Tout ie force à céder. Gessler contraint sa haine ; De Tell avec dépit il détache la chaîne. Tell passe au gouvernail en ces extrémités, Exigeant que Alelchtal soit libre ù ses côtés. Quel spectacle I un tyran que la vengeance anime, ■•"orcé d'avoir recours à sa propre victime , Voyant le sort des siens, son destin tout entier A la seule merci d'un vaillant ))risoiiuier.

Page 1