ACTE II, SCENE I. i3i
LA VEUVE
Tu ne ni'entendois pas.
L'honneur est mon tyran, il asservit mon ame ; Ou vivre dans la honte, ou mourir dans la flamme ; Je n'ai point d'autre choix, c'est la loi qu'on nous lit.
EUe est injuste, affreuse.
LA VEUVE
Elle existe, il suffit.
F ATI M E.
Comment a-t-on souffert cette loi meurtrière? Quelle femme assez foible y céda la première , Et prit, sur le bûcher de son barbare époux. Ce parti de douleur embrassé jusqu'à vous.»* L'époux (raine à la mort son épouse lîdelle ; Mais lui , lorsqu'il survit , s'immole-t-il pour elle ? Au-delà du tombeau lui garde-t-il sa foi."* Quel droit de vivre a-t-il que d'avoir fait la loi ; Sans peine il l'imposa sur un sexe timide. Tandis qu'il s'affranchit de ce joug homicide.
LA VEUVE
.le renonce à la vie, ainsi le veut l'honneur. Hélas ! j'ai renoncé dès long-temps au bonheur. Tu vois ma destinée et ma douleur profonde; Lanassa n'a connu que des malheurs au monde : Le veuvage et l'hymen, tout est affreux pour moi.
FAT I M E
Qu'eutends-jc .^ ma surprise égale mon effroi ! Eh ! quoi , dans votre hymen vous n'étiez point heureuse.''
LA VEUVE
T^ on : lu ne connois pas mon infortune affreuse.
FATIM E.
Au fond de votre cœur quel désespoir j'ai lu ! "Nous me cachez vos pleurs.
i3' LA VEUVE DU MALABAR.'
ï. X VEUVE.
Le ciel nu j)as voulu...
'" ' F AT IM E
Parlez: quelle douleur trop long-temps renfermée...-
Fatinie , il est trop vr.ii, j'aimois ,j'étois aimée. Jour sinistre oii, du Gange abandonnant le.s ports. Nous partîuies d'Ouglv pour habiter ces bords ! Vaisseau non moins funeste oîz le sort qui m'accul)le IM'offril, pour mon ii:;ilheur, un guerrier trop
aimable !
Tu viens de m'arracher le secret de mes pleurs ; Je l'ai trop découvert l'excès de mes douleurs. Malheureuse ! jiourquoi dans les mœurs malabaros Tous les Européeus nous semblent-ils barbares.-* Fatime, ah ! que mou père avec un étranger. Sans viol<'r nos lois, n'a-t-il pu in'engager.'' Ou pourc[uoi forca-t-il sa iille infortunée A former les liens d'un orne) liyiuénée.^
Grands dieux ! et votre époux vous immole aujourd'hui!
Quoi ! vous ne l'aimiez point , et vous mourez pour Ini.
Son trépas rompt le cours de vos jeunes années ;
11 dévore en un jour toutes vos destinées ;
Votre bùclier, dressé sous cet horrible (mcI,
Va servir de trophée aux mânes d'un cruel !
Le sort vous en délivre, et sa faveur est vaine .'
LA VEUVE
Ta plainte l'est bien plus.
1' ATIM E.
Vous redoublea ma peine.
IMais oit vit votre amant.-'
J'ignore son dsstin ;