ACTE II, SCENE III. z^i
Je suis le frère enfin que le ciel t'a donné.
LA VEUVE
Ta sensible amitié me rend , ô mon cher frère , Le jour plus désirable, et m:i fin plus amere .' Crois qu'il m'en coûte assez dans mes vives donlenr» Pour combattre le sang, ma tendresse, et tes pleurs. Mais que sert en ce jour qu'une sœur te revoie ? J'appartiens à la Mort, qui réclame sa proie. De ton cœur attendri vois mieux l'illusion ; Changeras-tu l'usage, ou bien l'opinion ? Si j'évite la mort, la honte est mon partage, Et de ma lâcheté ton opjirobre est l'ouvrage ; Plus je te suis , et moins tu te dois attendrir, Moins tu dois balancer à me laisser mourir : Les miens vont te forcer à te mettre à leur tête.
LE JKUNE BRAMINE.
Qu'oses-tu m'anconcer.'
1/ A VEUVE
Viens , suis mes pas.
LE JEUNE BRAMIHE.
Arrête.
LA VEUVE
De ta douleur, sans fruit , veux-tu donc m'accabler .'
LE JEUNE BRAMINE
Quoi ! tant de fanatisme a-t-il pu t'aveugler ?
LA VEUVE
La .onte,que je crains, peut-elle être bravée?
Dois-je me plaindre au ciel de t'avoir retrouvée ?
LA V EU VE
Sois aujourd'hui mon frère, en me laissant mon sorr.
LE JEUNE BRAMINE
I. esse d'être ma sœur, si ce nom veut ta mort. Attends du moins, attends d'un esprit plus tranquille Que la guerre ait fixé le sort de notre ville , Et que ee droit qu'ici tu crois avoir perdu ,
lU I^A VEUVE nu MALABAR.
Ç.e droit de vivre eafin te puisse être rendu.
LA VEUVE
Et si l'Européen succombe sous nos armes , J'aurai donc laissé voir ma foiblesse et mes larmes .' Et , pour en avoir cru la douleur au hasard , Je n'en mourrois pas moins , et je raourrois trop
tard.
Si je tarde d'un jour, je perds mon sacrifice; Au lieu d'un dévoûraent . ma mort n'est qu'un
supplice.
J'ai promis, en un mot ; je ne puis désormais Sans me déshonorer recourir aux délais, ï^t d'une mort enfin que la gloire eût suivie Je paroîtrois indigne autant que de la vie.
LE JEUNE BRAMINE
Eli bien ! ma sœur , eb bien! terminons ce débat ; Change de destinée en changeant de climat ; ( les effroyables mœurs , parmi nous consacrées , Ce devoir que tu suis ne lient qu'à nos contrées : Fuyons l'Inde, et si loin, que de féroces lois Ne puissent jusqu'à nous faire entendre leur voix : Nous n'avons, de tes jours pour ne rendre aucun
compte, Qu'à mettre l'Océan entre nous et la honte. Contre l'opinion, dans des climats plus doux, 11 est , si tu le veux , des asiles pour nous ; Là nous suivrons ces mœurs à jamais conservées , Ouc chez tous les humains la nature a gravées, .Ces vrais devoirs sentis et non pas convenus , Immuables par-tout , et par-tout reconnus, Lois que le ciel , non l'homme , à la terre a prescrites, lit qui n'ont ni le temps , ni les mers pour limites.
LA VEUVE
De quel frivole espoir ton cœur est animé ! fjnmjuent quitter ces bords ? l'univers m'est ferme : Si tu veux m'arracbcr à ce climat funeste,