ACTE III, SCENE V là
Vos infâmes bûchers par moi seront étetnU.
LE GRAND BRAMINE
Eteiudias-tu l'itmoiir, éleindras-tu le »ele,
Le counige fondé sur la base immortelle
De la religion, qui confond dans ces lieux
Le respect de l'époux et le respect des dieux ?
Un généreux amour, conservé dans les aines ,
De la mort parmi nous fait triompher les femmes ;
Si de ce dévoùment leur grand cœur est jaloux,
Crois-tu que nous soyons plus indulgents pour nous?
Sais-tu pourquoi je suis le premier des l'raraines ?
.le parvins à ce rang par des chemins d'épines :
J'ai déchiré ce sein de blessures couvert;
Sans courir à la mort , j'ai fait plus, j'ai souffert.
Quant à la loi cruelle où la veuve est soumise,
Autant que la raison l'équité l'autorise.
Les femmes autrefois , ne l'as-tu point aj)pris.''
llàtoient par le poison la mort de leurs maris.
LE GÉNÉRAL
Non , je ne te crois pas : ces épouses fatales, L'enfer ne les vomit qu'à de longs intervalles. Le crime sur la terre est toujours étranger ; "Comme tous les fléaux il nest que passager ; C'est le premier bourreau des cœurs dont il s'empare; La femme est moins cruelle, et toi seul es barbare. Ecoute : vos bûchers, vos spectacles d'horreur, N'ont que trop justement excité ma fureui-; .Te marche dans ces lieux sur des moncea ux de cendre, De l'indignation je n'ai pu me défendre ; Mais songe que demain ces remparts sous nos coups Peut-être vont tomber, et la ville être à nous. Prends un peu de nos mœurs ; si tu n'es pas sensible, Ne sois pas inhumain, l'effort n'est pas pénible; Tro[) sûr que tu dois être en ces funestes lieux , Qu'on n'y >oulfrira plus un usage odieux. De celles qu'opprimoit votre loi meurtrière
i53 LA VEUVE DU MALABAR.
Souffre au moins qu'au] onrd'hui je sauve la dernière: Que dis-je?applaudis-toi,quandje)ui tends lamain. Laisse là ta coutume, il s'agit d'être humain.
Tu te flattes en vain que ton bras la délivre , Qu'assez lâche aujourd'hui pour consentir à vivre , Elle aille sous ses pieds disperser sans remords La cendre de l'époux qui l'attend chez les morts. A-t-elle un père, un frère .*• Eh bien , de la nature Leur juste fermeté fait taire le murmure ; A leur exemple ici sois donc moins effrayé ; Ils domtent la nature, étouffe la pitié.
LE GÉNÉRAL
Oui, tyran! je vois trop que ton ame inflexible
A tojite émotion veut être inaccessible ;
Je vois trop , dans ce temple ouvert au préjugé ,
Ton endurcissement en système érigé ;
l'uisqiie rien ne fléchit ton cruel caractère ,
Ce que ma voix n'a pu , nos armes le vont faire;
Et riude , malgré toi , verra marquer mes pas
Par cette humanité que tu ne connois pas.
.le jure sur ce fer, ce fer que mon courage
Ne sauroit employer poui- un plus digne usage ;
Je jure dans ce temple, où tu répands l'ef/roi ,
De sauver la victime et d'abolir ta loi.