‹ Œuvres choisiesChapitre 186 sur 244 · LEMIERRE · texte numérisé non relu

LEMIERRE

Qu'entends-jePô doux accents! osons harmonieux! Cofic(U't digne en effet de l'oreille des dieux! Les lauriers toujours verts dont le Pinde s'ombrage Agitent de plaisir leur sensible feuillage : Dans quel contraste heureux sont modulés les sons! Ainsi dans les couleurs sache opposer les tons. Cet art est difficile, et veut plus d'une veille ; La musique est image , et doit peindre à l'oreille ; Toi, fais de la peinture un concert à nos yeux.

Arts tous deux si puissants, quel nœud mystérieux, Quelle secrette loi l'un à l'autre vous lie.'' Cette chaîne, ô Newton ! échappe à ton génie : Tu dégages les cienx des atonies pressés, De tous ces tourbillons par Descarte entassés : La lumiei-e, en passant, sans cesse réfractée. Par des chocs trop fréquents devoit être arrêtée. Ton immortel compas a tracé les sillons Par où jusqu'à la terre elle épand ses rayons. Mais quel est ce rapport du son à la lumière ? Dalembert, c'est à toi d'expliquer ce mystère : Recule cette borne où s'arrêta Newton, Dis en quels points communs la lumière et le son , Dirigés l'un vers l'autre en leur course rapide, Se meuvent de concert da-ns le même fluide ; Indique-nous du moins dans quels mondes jaloux S'eutend cette harmonie encor sourde pour nous.

L'industrieux Castel, de ce jour qu'on ignore Fit peut-être à nos yeux luire une foible aurore. Il élevé en buffet l'instrument argentin Où l'art ingénieux, d'une mobile main , Interroge l'ébene et l'ivoire harmonique ; Au bout de chaque touche un long fil élastique Répond à des rubans l'un sur l'autre plies ; Et, selon que la main, par des tons variés, Sait diriger les sous que la corde renvoie,

CHANT II. 3,j

Plus haut chaque tissu s'entr'ouvre , se déploie , Et du pourpre , du verd, de l'orangé , du bleu, Fait retentir à l'œil le passage et le jeu. Mais (]ue l'astre da jour, après un long orag«, Dans d'humides vapeurs lance au loiu son image, Qu'il montre à nos regards, si doucement surpris, Ses rayons divisés sur l'écliarpe d'Iris , Ce grand arc qui des cieux traverse J'étendue , Ce prisme suspendu dont s'embellit la nue , Oii par d'heureux accords cette couleur qui luit Tient du ton qu'elle quitte et du ton qui la suit. On par l'effet d'un art invisible et suprême Cette teinte n'est plus et semble encor la même. Où laissant voir par-tout d'insensibles rapports Le contraste des tons ne paroît qu'aux deux bords, Aux campagnes du ciel oculaire harmonie, Du concert des couleurs te montre le génie. D'un regard créateur approfondis ces lois; Que ce sublime accord renaisse sous tes doigts ; Kt, pour faire briller une toile immortelle, Yoyage en des climats oii la nature est belle. Quand les dieux exilés de la céleste cour Descendirent jadis au terrestre séjour, Errants et travestis, les lieux fju'ils habitèrent D'une couleur plus vive aussitôt s'animèrent ; Un air, un ciel plus purs, de beaux jours plus

constants , Dans ces climats heureux fixèrent le printemps : Apollon vit pour lui s'orner la Thessaiie, Mars les bords du Strymon, et Véuns ITtalie. Honorés par leurs pas, ces magnifiques lieux Gardent la trace encor du passage des dieux. Jeune homme, vois l'aspect que ton ciel te présente, l-'uis Paris , Londre et Vienne, et leur zone pesante ; Fuis; tes travaux sans nerf, tes pinceaux sans éclat

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