INVOCATION A LA VARIETE
J? lixE de la natme, éternelle beauté ,
Des mortels incotistauts piquante cléite.
Toi qui dans l'arc des cieux suspendis ton ein-
hlêaie, lit portes sur le front un prisme en diadème ; Toi qui , de tes pinceaux ou gracieux ou liers . Colores les objets épars dans l'unners , Et qui, dans ce tableau si mouvant et si vaste. Vis pnr le cbangement , règnes par le contraste , Riche Variété , mon sujet t'appartient : D'autres te chercheront , ta faveur me prévient : L'année à tous moments par toi change de face : Mes vers seront comme elle, eu courant sur sa trace Humbles, majestueux, frivoles quelquefois. I''ais qu'aucun de ces fils ne se mêle en mes doigts : Dans des chemins rompus, incultes, ou sauvages , Toi-même , avec adresse , aplanis les passages. Pour qu'un nouveau laurier puisse parer mon Iront, Teins mes écrits changeants de l'objet qu'ils peindront.
Si la trace des dieux fut, dit-on , reconnue Aux parfums qu'après eux ils laissaient dans la nue, Que dans mes vers ainsi chaque trait aperçu
Se sente tlu trépied où je l'anrai conçu; Que le [)lus luiinble objet brille encor d'étincelles; Même qu.ind l'oiàejm marche on sent qu'il a des ailes (i). ( Chaut I.)
J i: U X DE I. H I V E R,
Au plus fort des hivers, sous l'âprefé des vents, Lajeunesseaufroutr;ai, [lourtjui tout est printemps, Sous ses pieds place un ïer, et de sa lame agile Sillonne des étangs la surface immobile ; Sur cette triste arène elle amena les Ris , (iOnime dans les beaux jours sur les gazons fleuris • l'ar cent divers détours , jeux légers du caprice, Ou se croise , on se fuit sur la glissante lice ; L'un , tout prêt à tomber, de son bras étendu Regagne en un clin d'oeil l'équilibre perdu ; Un autre dans son cours , sur la glace infidelJe . S'arrête lout-à-coup , se débat, et cbancelle : Il tombe ; chacun rit , ses compagnons joyeux , Le malin spectateur, et lui-même avec eux (2). ( Chant n.)
(i) M, Delille, dans sa réponse au discours de rcct'ptiou de Lemierre à l'Acadéinie franraise , fit une application très ingénieuse du dernier vers de ce morceau , en disaut au poète Lemierre , prosateur en cette circousiance :
Blèiue quand l'oiseau marclie, ou sent qu'il a des aile;.
(2) Ces vers rappellent ua excellent quatrain mis au bas d'une estampe représentant des patineurs :
Sur ce mince crystal l'hiver conduit leurs pas ;
Le précipice est sous la glace:
Telle est (le nos plaisirs la 'cgcrc .'iirfacf ;
Glissez, mortels, n'nppuvez pri<:.
DU POEME DES FASTES
Détracteui-de la vie, Young, anglais l'aroiiche ( i ), Noctambule pressé que le soleil se couclie, Pour luécliter en paix les funèbres tableaux, Apôtre de la morl , prècliant sur des tombeaux , De quoi m'intretiens-tu? sous quel jour infidèle Vois-tu doric les devoirs de la race mortelle ? Lorsque, loin des vivants, tu vis auprès des morts, Rf'veur infortuné, crois-tu veiller? tu dors : Young , pourquoi , semblable à l'orage en furie , Yiens-tu coucber les fleurs dans le champ de la vie? (Chant IV.)