LE PRINTEMPS
Telle fut la nature aux premiers jouis du monde ; Telle elle brille encor, belle autant que féconde ; Toajours riche d'attraits et de biens renaissants, Toujours jeune au milieu des âges vieiiiissanis. Elle va se montrer dans sa beauté nouvelle ; Ah ! comment rajeunir ma peinture avec elle? Que je vous porte envie, ô vous qui les premiers Avez tracé des champs les objets printaniers ! Que la fleur du sujet mit de charme à l'image! Je perds, Acnu trop tard, ce piquant avantage ; L'ennui suit dans nos vers ces tableaux répétés :
( I ) M. Baour de Lormian vient de j'ublier des Veillées poétiques et morales, dans lesquelles il a su foudre habilement les couleurs d'Young et d'Ossian. On y trouve aus^i des imitations d'Young faites avec autant de goût que de talent , entre autres, celle iulitult'e IVarcissï , à la lin de la troisième Veillée.
(.'est le [)iu<:eau quL s'use , et non pas leurs beautés. Je parle, et le Printemps qu'annonçoit Ihiron-
delle, Des saisons à mes yeux vient d'ouvrir la plus belle • Le cbène s'est éteint dans nos foyers déserts , Et des arbres déjà tous les sommets sont verts , Les troujieaux, librement épai's dans les campagnes Broutent le serpolet au penchant des mon(a£;nes ■ Les oiseaux , dans les bois , par couple réunis, Suspendeut aux rameaux la mousse de leurs nids; J'entends le rossignol , cacbé sous le feuillage , îlouler les doux fredons de son tendre ramage ; Les obamps d'herbes couverts, les prés semés de
fleurs , De leurs riants tapis font briller les couleurs ; Le lilas flatte plus les regards <le l'Aurore Que les rubis de l'Inde et les [)erles du Maure ■ Et les zéphyrs légers, voltigeant sur le thym , Nous rapportent le soir les parfums du matin.
Ah .'lorsque le Printemps d'une amoureuse haleine De nos champs embellis vieût ranimer la scène, (juel œil inanimé voit sans ravissements Après de longs frimas ces spectacles charmants.*' <^)uel est le voyageur, itionlé sur la colline. Qui, voyant devant lui quel tableau se dessine. Ne promené ses yeux sur le vaste contour D'un hoiizou superbe éclairé d'un beau jour, Sur la tranquillité de ces plaines fertiles. Sur ces hameaux exempts des passions des villes, Sur ces sites heureux et ces asjiects touchanis, Qu'étale en ces loiutains l'immensité des champs.-' Accourez avec moi, vous , peintres, vous, poètes, Paies réclame ici vos luths et vos palettes : Savants, abandonnez vos asiles secrets, Vous, belles, vos réduits; et vous, grands, vos palais ;
DU POEME DES FASTES. 7:5
Venez tous avec moi snr ces moals de verdure Rendre hommage au Printemps, et bénir la nature. ( Chant Y. )