I. A UOCE UK VILLAGE
Dans ee j:;ronpe confus de jeunes villageois !N'entends-je pas l'archet sous de rustiques doigts? L'épousée , au milieu de la troupe joyeuse , Sous un chapeau de fleurs, et pourtant soucieuse. S'avance vers le lieu pour la noce apprêté ; La saison fait les irais de la solennité. Sous ces herceaux riants de verdure nouvelle , Cette noce, en plein air, est plus vive et plus bellr' : Quel palais, quel banquet paroîtroit plus pompeux:' Et la terre et le cial se sont parés pour eux De la danse à la table., et de la table aux danses , Et la terre gémit sous leurs lourdes cadences. Le couple, qu'en ses nœuds l'ifymen a vu vieillir, De ses anciens transports s'est senti tressaillir; Dans leurs yeux ranimés l'alégresse pétille ; Li noce ne paroit qu'une même famille.
Goûtez ces doux moments, fortunés villageois; Les nœuds que vous formez sont tous de votre choix : Le temps resserre encor sous vos chaumes tranquilles Le lien qu'il relâche ou qu'il rompt dans nos villes. Pour vous le joug d'hymen semble s'être adouci ; Le travail loin de vous écarte le souci ; Le nombre des enfants porte ailleurs la détresse ; Croissant pour vous servir, ils sont votre richesse : Ain.ù dans les forêts un chêne vigoiireux N'est jamais surchargé de ses rameaux nombreux. ( Chant V. )
LEMIERRF.
Reine de nos jardins , Rose aux vives couleurs , Sois fleie désormais d'être le prix des mœurs , Et de voir éclater tes beautés prinlauieres Sur le front ingénu des modestes bergères : Sois plus flattée eucor de servir en nos /ours De couronne aux vertus que de lit aux amours : La pomme à la plus belle , a dit l'antique usaj^e ; Un plus heureux a dit : la rose à la plus sage (i ]. ( Chant VI. )
(i)M. Delille, dans le poëme des Jardins, sernlile ue parler de la rose qu'à regret. Il s'écrie :
Mais qui peut refuser uu hommage à la rose ,
La rose, dont Venus compose ses bosquets.
Le Printemps sa guirlande, et rAniour ses Louquels ;
Qu'Anacréou chanta, qui formoit avec grâce.
Dans les jours de festin, la couronne d'Horace ;
La rose, qui déjà rit trop à mes pinceaux.
Destinés à tracer de plus mâles taldeaux.
(Les Jardins, cli. III. )
Voyez dans Rapin le charmant épisode de la Rose. M. de Boisjolin , dans un poème inédit sur le Priu» temps, nous offre ces jolis vers sur la reine des fleurs ;
La rose, plus tardive, entr'ouvre ses Loutous. Heureux, en la voyant, du baiser qu'il espère, Le berger la promet au sein de sa bergère. Fleur chcre à tous les cœurs, elle embaume à-la-(ois Et le chaume du pauvre et les lambris des rois.
DU POEME DES FASTES
LA CAVALCADE DES HCIbSIEP. S
Entendez-vous au loia le fifre et la trompette, Les cris tumultueux que le peuple répète? Voyez -vous s'avancer, couverts de noirs manteaux, Ces roides écnyers jucliés sur leurs chevaux ; Cavalcade peu faite aux marches régulières Qui vient parodier nos brigades guerrières. Et gardant mal les rangs, plus mal les étriers , Saisit au moindre choc le crin de ses coursiers? C'est ce corps dont la plume, instrument de grimoire, D'un léger délateur rafraîchit la mémoire; Et , p.'ir un griffonnage autorisé des lois , Fait trembler l'univers au bruit de ses exploits. Sous ces paisibles fronts voilà les Euménides Que la justice attache aux débiteurs perfides. Et qu'à jamais ïhémis laissoit dans les enfers Sans l'infidélité de tant d'hommes pervers. (Chant YII.
L li C : L A I R DE L U N t .
^lais de Diane au ciel l'astre vient de paroître ;
Elle orue tous les aus la beauté la plus sage : Le prix de l'innoceuce eu est aussi l'image.
M. CoDstadtDiibos termine une charmante idylle sur la rose par la stauce suivante :
Souge qu'à cette fleur si tendre La ualure sut attaclier Une feuille pour la cacher.
Une épiiir pour la défciulrc.
7() rKAGMENTS
Qu'il luit paisiblement sur ce séjour cLainpOtic Kloigue tes pavots, Morpbée, et lyisse-moi (loulempler ce bel astre aussi calme que toi. Otte voûte tles cieux mélancoli(jue el piiic, Ce demi-jour si doux levé sur la iiatur;' , (les sphères qui , roulaut dans l\sj)ace des < ieux , Seiul)Ieut y ralentir leur cours silencieux : Du disque de Phébé la lumière arneuléc, lui rayons tremblotauls sous ces eaux répétée. Ou qui jette en ce bois, à travers les rameaux , l!ne clarté douteuse ei des jours iuégaux : Des différents objets la couleur affoiblie , l^out repose la vue et l'ame recueillie. Reine des nuits, l'amaut devant loi vient rêver, Ijc saf;e réiiécliir, le savant observer ; Il tarde au voyageur, dans une nuit obscure , Que ton pâle flambeau se levé el le rassure : Jj asile oii tu me luis est le sacré vallon (i) " Et je sens que Diane est la sœur d'Apollon. (Chant Yil.)
•SUR I. E 11 E ai E S U J E T.
Aiusl qu'une jeune beauté
Silencieuse et solitaire ,
Des flancs du nuage argenté
La lune sort avec mystère.
Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit , Tu glisses dans les airs où brille ta couronne ;
Et ton passage s'environne Du cortège pompeux des soleils de la nuiti
(i) Le poète Le Brun a fait dans ce vers l'heureuse rorrcction, l asile où tu me luis, qui se lie au vers suivant, au lieu de le ciel où tu me luis, qu'on lit dans les Fastes de Lemierrc.
DU POEME DES FASTES
Que fais tu loin de nous quand l'aube blanchissante
Efface à nos yeux attristés Ton sourire charmant et tes molles clartés? Vas-tu , comme Ossiau , plaintive , gémissante , Dans l'asile de la douleur EnseTelir ta beauté languissante ?
Fille aimable du ciel, counois-tu le mallu iir ? Maintenant revêtu de toute sa lumière.
Ton char voluptueux roule au-dessus des moiilf ; Prolonge, s'il se peut, le cours de ta carrière, V.t verse sur les mers tes paisibles rayons.
( Poésies d'Ossian , par M, Baour-Lormian , Chant de Dartula).