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L'igiiorauce est son uom : la Paresse pesaule L'enlanta sans douleur au bord d'une eau dormante. Le Hasard l'accompagne , et l'Erreur la conduit : De faux pas en faux pas la Sottise ia suit.
Diderot, dans une critique piquante du poème de Leniierre, lui reproche d'avoir oublié trois genres de peintures : les tableaux exécutés aux Gobelins avec la laine, à la Chine avec les plumes des oiseaux, ici avec les pastels. Leniierre devoit aussi s'occuper de la peinture en émail , de la peinture en cire bu de l'encaustique , et de la peinture sur verre. Ces détails appartenoicnt plus à son sujet que 1 apologie du clavecin oculaire du P. Caste) , dont le mécanisme d'ailleurs est très bien rendu.
11 y a dans le troisième chant uue sortie du poëte contre les peintres qui exposent des .scènes de férocilé d;ms nos temples. Ecoutons la réponse éloquente de Diderot:
« Poète , Ui prétends sentir le prix de ces chefs- « d'oeuvre, et tu oses y porter la main! Ah! tu es « presque aussi barbai'e que les fanatiques qui pré- « parèrent à l'art ces terribles et sublimes iniita- « tions. En les ef/acant, ilfalloitau moins faire un M effort, et les remplacer par d'autres aussi belles et M plus intéressantes ; il falloit l'emparer des niéines « sujets , et me les montrer plus pathétiques et plus « grands, i^eut-être alors, scduit par le charme de « la poésie, et transportant tes idées sur la toile,
SUE. LE:s1IEK PlE. xj
« i'aurois moins regretté celles que tu deiruisois. «Ces fruits précieux de tant d'études, de suears , « et de veilles , je .soulfrirois de les abandonner à « ton zfle sans examen .' Voyons donc. Sans doule <i il y a des spectacles d'horreur, ceux, par exemple, a dont la populace va repaître ses yeux cruels et son
• anie atroce les jours d'exécution; des spectacles « proscrits par le gorit , la décence, et 1 humanité. « Le poète peut me faire entendre les os du com- « pagnon d'Ulysse craquant sous le.s dents de Pol\- « phème , et me montrer le sang ruisselant aux deux « côtés de sa bouche, et dégouttant le long des poils o de sa barbe sur sa poitrine : je ne le permettrai « pas au peintre. Mais est-ce que le gladiateur expi- « ranl n'est pas une belle chose ? Est-ce que les vei- ■< nés du satyre Marsyas dépouillées et tressaillantes « sous le couteau d'Apollon ne sont pas une belle « chose.' Est-ce que le lils de la Lacédémonienne n exposé, mort sur son bouclier, aux pieds de sa
• mère , ne seroit pas une belle chose J Est-ce que la « férocité tranquille du prêtre qui présente son « idole au martjr étendu sur un chevalet, n'est 2)as " une belle chose.,..*' Si je m'adresse a la religion, « elle me fournira d'autres armes contre l'opinion K de Lemierre. Cette troupe d'hommes flagellés, dé- « chirés, est bien faite {)Our marcher à la suite d'un « Dieu couronné d'épines, le côté percé d'une lance , « les pieds et les mains cloués sur le bois. Ces tris-
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« tes victimes de notre foi sont devennes les objets « de notre calte ; et quoi de plus capable de nie o réconcilier avec les maux de la vie , la misère de « mon état , que le tableau des tourments et de la « constance par lesquels les martyrs ont obtenu la a couronne que tout chrétien doit ambitionner? a L'homme est-il sous l'infortune, je lui dirai, en a lui montrant son Dieu : Tiens, regarde, et plaïns- « toi , si tu l'oses. Quelle est la femme dont l'aspect « du Christ, nu, étendu sur les genoux de sa mère, « n'arrête le désespoir de la perte de son fils ? Je lui « dirai : Vaux-tu mieux que celle-ci ? Ton fils va- « loit-il mieux que celui-là? Le christianisme est la « religion de l'homme souffrant ; le Dieu du chré- « tien est le Dieu du malheureux. » (i)
Le poème des Kastes n'est guère connu des gens du monde que par deux vers bizarres sur la lanterne magique :
Opéra sur roulette , et qu'eu porte à dos d'homme , Où l'on voit par un trou les héros qu'on renomme.
Cf'pendant , quand on a la patience de le lire , on y trouve quelques morceaux écrits avec beaucoup (le charme et d'élégance. Outre le clair de lune, nous avons rapporté, dans le second volume , l'In-
^i) Voyez le tome XV des œuvres de Diderot publiées par JJaigeon.
SUR LE MIE R RE, xiij
■vocatiou , et les Episodes sur le printeiups , les Jardins , la Chasse , la Pèche , la Découverte de la Floride, rinvention de la fliite, etc. , avec les passages semblables de nos poètes les plus estimés.
Daus ses Poésies fugitives , Lemiene a une physionomie originale. Malgré leurs défauts, la plupart offrent des détails dignes d'être recueillis. Nous en avons fait un choix assez sévère , et .•■ur lequel nous réclamons l'indulgence de la critique. jNIais qui ne conviendra pas avec nous que la pièce suivaule, à une ou deux fautes près, est un chefd'œuvre ?