ARCHITECTE ET POETE
M I charmant , quand je te vois Tenant ton luth et ton équerre, Ordonner, et soudain la pierre Se placer docile à ta voix.
Te doute de ce que j'admire ; Je me dis , seroit-ce Aniphion Qui viendroit , au son de sa lyre , Rebâtir Thebe ? est-ce Apollon Qui , banni du céleste empire , Dans ces bas lieux revient construire La ville de Laomédon ?
Que j'aime à voir que tu t'amuses, Entouré de plans, de dessins, A faire ainsi venir les Muses Au milieu de tes Limousins.
J'aime à te voir, de ces pantins Gouvernant la foule automate, T'élaucer par le sentiment Vers un art plus doux qui te flatte,
POÉSIES DIVERSES. i
Et deveair au même instant Anacréon et Dinocrate.
Cultive ce double talent ; Unir les goûts, c'est l'art des sages ; Mais songe que des derniers âges La lyre est la plus sûre clé.
Pourquoi peint-on Pégase ailé ?
C'est qu'un poëte, par la gloire.
Voit son nom bientôt publié ; Il vole au temple de mémoire :
Les autres arts n'y vont qu'à pie.
Ce palais qui presse la terre.
Cet obélisque renommé Ne dure qu'autant que la pierre Dont l'aTchitecte l'a formé ; Il craint les flecbes du tonnerre, Les feux débordés des volcans, Et les secousses de la terre.
Et la ha';be des conquérans.
Les chefs-d'œuvre de la pensée Bravent eux seuls tant de revers.
Et du temps la lime émonssée Ne mord jamais sur les bons vers ; Le temps leur fait bien moins la guerre Qu'aux p.ilais, qu'aux temples des Dieux L'Iliade s'élève au cieux, Kt l'antique Rome est sous terre.
Alexandre , comme un lion , Fond sur 1 liebes épouvantée ; Qu'épargne-t-il ? une maison <^)ue Pindare avoit habitée.
De ce poëte ingénieux
LEMIERRE. î. 7
Il n'osa souiller rhérita^e :
Il trisa les autels des Dieux ; Mais il respecta leur langage.