‹ Œuvres choisiesChapitre 203 sur 244 · ARCHITECTE ET POETE · texte numérisé non relu

ARCHITECTE ET POETE

M I charmant , quand je te vois Tenant ton luth et ton équerre, Ordonner, et soudain la pierre Se placer docile à ta voix.

Te doute de ce que j'admire ; Je me dis , seroit-ce Aniphion Qui viendroit , au son de sa lyre , Rebâtir Thebe ? est-ce Apollon Qui , banni du céleste empire , Dans ces bas lieux revient construire La ville de Laomédon ?

Que j'aime à voir que tu t'amuses, Entouré de plans, de dessins, A faire ainsi venir les Muses Au milieu de tes Limousins.

J'aime à te voir, de ces pantins Gouvernant la foule automate, T'élaucer par le sentiment Vers un art plus doux qui te flatte,

POÉSIES DIVERSES. i

Et deveair au même instant Anacréon et Dinocrate.

Cultive ce double talent ; Unir les goûts, c'est l'art des sages ; Mais songe que des derniers âges La lyre est la plus sûre clé.

Pourquoi peint-on Pégase ailé ?

C'est qu'un poëte, par la gloire.

Voit son nom bientôt publié ; Il vole au temple de mémoire :

Les autres arts n'y vont qu'à pie.

Ce palais qui presse la terre.

Cet obélisque renommé Ne dure qu'autant que la pierre Dont l'aTchitecte l'a formé ; Il craint les flecbes du tonnerre, Les feux débordés des volcans, Et les secousses de la terre.

Et la ha';be des conquérans.

Les chefs-d'œuvre de la pensée Bravent eux seuls tant de revers.

Et du temps la lime émonssée Ne mord jamais sur les bons vers ; Le temps leur fait bien moins la guerre Qu'aux p.ilais, qu'aux temples des Dieux L'Iliade s'élève au cieux, Kt l'antique Rome est sous terre.

Alexandre , comme un lion , Fond sur 1 liebes épouvantée ; Qu'épargne-t-il ? une maison <^)ue Pindare avoit habitée.

De ce poëte ingénieux

LEMIERRE. î. 7

Il n'osa souiller rhérita^e :

Il trisa les autels des Dieux ; Mais il respecta leur langage.

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