‹ Œuvres choisiesChapitre 56 sur 244 · TE LI · texte numérisé non relu

TE LI

La patrie.

Vois l'abîme effroyable ou nous sommes tombés • Vois sous quel joug de fer ces peuples sont courbés • L'ambition sans frein, l'orgueil, la violence, Pour nous persécuter, armés de la puissance; Le fardeau des impôts, les emprisonnements, Le pillage, le meurtre et les enlèvements ; Sur les moindres soupçons, les peines les plus dures, La mort multipliée au milieu des tortures ; Plus d'ordre, plus de lois, nos privilèges vains, Le mépris ou l'oubli de tous les droits humains ; Landeberg et Gessler, ces monstres d'injustice, Ainsi que deux vautours acharnés sur la Suisse, Suivant pour toute loi , dans leur autorité , Leur infâme avarice , ou leur brutalité. Non, non , mon cher Melchtal , dans la publique

injure , Ne borne pas tes soins à venger la nature ; Immoler de tes maux le détestable auteur. Ce ne seroit changer que de persécuteur. Gessler mort , doutes-tu qu'Albert ne nous envoie Quelque nouveau tyran dont nous serons la j)roie.'' Que dis-je, après le coup qu'auroil porté ta main , Tu n'aurois plus qu'à fuir comme un vil assassin ; Sois fils, sois citoyen: si tu hais l'esclavage. Pour savoir en sortir, il suffit du courage; Osons tout , joins ton bras à ceux de nos amis ; Dans un si grand dessein dès long-temps affermis. Qu'avec le nièiue zèle un même espoir t'anime, Affranchis avec nous la Suisse qu'on opprime; Et qu'après les forfaits dont il est l'artisan, Gessler de nos cantons soit le dernier tyran.

J'embrasse ton dessein , j'accepte ces présages : Captifs sous nos tyrans , nos stériles courages,

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