‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 111 sur 135 · DURANT LA. MINORITE DE CHARLES IX · texte numérisé non relu

DURANT LA. MINORITE DE CHARLES IX

Madame, je serois ou du plomb ou du bois,

Si moy que la nature a fait naistre François,

Aux races à venir je ne contois la peine

Et l'extrême malheur dont nostre France est pleine. /

Je veux de siècle en siècle au monde publier D'une plume de fer sur un papier d'acier. Que ses propres enfans l'on prise et devestue, / Et jusques à la mort vilainement battue.

Elle semble au marchand, accueilly de malheur.

Lequel au coing d'un bois rencontre le volleur,

Qui contre l'estomach luy tend la main armée.

Tant il a l'ame au corps d'avarice affamée.

Il n'est pas seulement content de luy piller

La bourse et le cheval ; il le fait despouiller.

Le bat et le tourmente, et d'une dague essaye

De luy chasser du corps l'ame par une playe :

Puis en le voyant mort se sourit de ses coups,

Et le laisse manger aux maslins et aux loups.

Si est-ce que de Dieu la juste intelligence

Court après le meurtrier et eu prend la vengeance ;

Et dessus une roue (après mille travaux)

Sert aux hommes d'exemple et de pioye aux corbeaux.

Mais ces nouveaux chrestiens qui la France ont pillée, \/ Voilée, assassinée, à force despouillée.

Et de cent mille coups tout l'estomach batu (Gomme si brigandage estoit une vertu),

Viveni sans cnas liment, et à les ouir dire, >iC'est Dieu qui les conduit, et ne s'en font que nrc. Ils ont le cœur si haut, si superbe et si fier. Qu'ils osent au combat leur maislre desfier; Ils se disent de Dieu les mignons, et au reste Qu'ils sont les héritiers du Royaume céleste : Les pauvres insensez ! qui ne congnoissent pas Que Dieu, père commun des hommes d'icybas, Veut sauver un chacun, et qu'à ses créatures De son graud Paradis il ouvre les closlures. Certes beaucoup de vuide, et beaucoup de vains lieux Et de sièges seroient sans âmes dans les cieux, Et Paradis seroit une plaine déserte.

Si pour eux seulement la porte estoit ouverte.

Or ces braves vanteurs, controuvez fils de Dieu, En la dextre ont le glaive et en l'autre le feu, Et comme furieux qui frappent et enragent, Voilent les temples saincls et les villes saccagent.

Et quoy? Brusler maisons, piller et brigander, Tuer, assassiner, par force commander, N'obeïr plus aux rois, amasser des armées, Appelez-vous cela Églises reformées?

Jésus, que seulement vous confessez icy De bouche et non de cœur, ne faisoit pas ainsi, Etsainct Paul en preschant n'avoitpour toutes armes Sinon Thumilité, les jeusnes et les larmes; Et les Pères martyrs, aux plus dures saisons Des tyrans, ne s'armoient sinon que d'oraisons, Bien qu'un ange du ciel à leur moindre prière, En soufflant, eust rué les tyrans en arrière.

De Beze, je te prie, escoute ma parolle, Que tu estimeras d'une personne folle : S'il te jDlaist toutesfois déjuger sainement, Après m'avoir ouy tu diras autrement.

La terre qu'aujourd'huy tu remplis toute d'armes Et de nouveaux clirestiens desguisez en gendarmes (0 traistre piété!), qui du pillage ardents Naissent dessous ta voix, tout ainsi que des dents Du grand serpent Tliebain les hommes qui muèrent Le limon en couteaux desquels s'entrctuerent, Et, nez et demy-nez, se firent tous périr. Si qu'un mesme soleil les vit iiaistre et mourir; Ce n'est pas une terre Allemande ou Gothique, Ny une région Tartare ny Scy thique :

C'est celle où tu nasquis, qui douce te receut, Alors qu'à Vezelay ta mère le conceut ; Celle qui t'a nourry et qui t'a fait apprendre La science et les arts dès ta jeunesse tendre, Pour luy faire service et pour en bien user. Et non comme tu fais, afin d'en abuser.

3i tu es envers elle enfant de bon courage. Ores que tu le peux, rens-luy son nourrissage, Retire tes soldarts, el au lac Genevois [Comme chose exécrable) enfonce leurs harnois.

Ne presche plus en France une doctrine armée. Un Christ empistolé tout noirci de fumée. Qui comme un Meheniet va portant en la main Un large coutelas rouge de sang humain. Gela desplaist à Dieu, cela desplaist au prince;

Cela n'est qu'un appast qui tire la province A la sédition, laquelle dessous toy Pour avoir liberté ne voudra plus de roy.

Certes il vaudroit mieux à Lauzanne relire Du grand fils de Thetis les prouesses et l'ire, Faire combattre Ajax, faire parler Nestor, Ou re-blesser Venus, ou re-tuer Hector, Que reprendre l'Église, ou, pour estre dit sage, Raccouslrer en saint Paul je ne sçay quel passage. De Beze, ou je me trompe, ou cela ne vaut pas Que France en ta faveur face tant de combas, îs'y qu'un prince royal* pour ta cause s'empesche.

Un jour en te voyant aller faire ton presche. Ayant dessous un reislre- une espée au costé, Mon Dieu, ce dy-je lors, quelle saiucle bonté! 0 parole de Dieu d'un faux masque trompée. Puis que les piedicaus preschent à coup d'espée! Bien tost avec le fer nous serons consumez. Puis qu'on voit de couteaux les ministres armez.

Et lors deux surveillans, qui parler m'entendirent Avec un h'ausse-bec^ ainsi me respondireut : Quoy? parles-tu de luy qui seul est envoyé Du ciel pour r'enseigner le peuple dévoyé? Ou tu es un atbée, ou quelque bénéfice Te fait ainsi vomir ta rage et ta malice. Puis que si arrogant tu ne fais point d'honneur A ce prophète sainct envoyé du Seigneur.

1 Louis de Bourbon, prince de Condô. (L. M.)

' Reistre, grand manteau comme en portaient les reitres.

' Hausse-bec, hochement de tête.

Adoncje respondy : Appellez-vous athée

Celuy qui dès eulance onc du cœur n'a ostée

La Iby de ses ayeuls? qui ue trouble les lois

De son pais natal, les peuples ny les rois?

Appellez-vous athée un homme qui mesprise

Vos songes contre-faits, les monstres de l'Église,

Qui croit en un seul Dieu, qui croit au Sainct Esprit

Qui croit de tout son cœur au sauveur Jésus Christ'?

Appellez-vous athée un homme qui déteste |

Et vous et vos erreurs comme infernale peste? î

Et vos beaux predicans, qui subtils oiseleurs

Pipent le simple peuple, ainsi que basteleurs,

Lesquels enfarinez avi milieu d'une place

Vont jouant finement leurs tours de passe-passe;

El à fm qu'on ne voye en plein jour leurs abus,

Soufflent dedans les yeux leur poudre d'oribus.

Vostre poudre est crier bien haut contre le Pape,

Deschiffrant maintenant sa tiare et sa chape.

Maintenant ses pardons, ses bulles, et son bien.

Et plus haut vous criez, plus estes gens de bien.

Vous ressemblez à ceux ([ue les fièvres insensent, |

Qui cuident estre vrais tous les songes qu'ils pensent.

Toutefois la plusparl de vos rhetoriqueurs

Vous preschent aulremenl (ju'ils n'ont dedans les cœurs.

L'un monte sur la cliau-e ayant l'ame surprise D'arrogance et d'orgueil, l'autre de convoitise, Et l'autre qui n'a rien voudroit bien en avoir : L'autre brusle d'ardeur de monter en pouvoir, L'autre a l'esprit aigu, qui par mainte traverse Sous ombre des abus la vérité renverse.

Vous ne ressemblez pas à nos premiers docteurs, Qui, sans craindre la mort ny les persécuteurs,

De leur bon gré s'ofifroient eux-mesmes aux supplices, Sans envoyer pour eux je ne sçay quels novices!

Les Apostres jadis preschoient tous d'un accord : Entre vous aujourd'huy ne règne que discord : Les uns sont Zuingliens, les autres Lutheristes, Les autres Purilaius, Quintains, Anabaptistes; Les autres de Calvin vont adorant les pas ; L'un est Prédestiné et l'autre ne l'est pas, Et l'autre enrage après l'erreur Muncerienne, Et bien tost s'ouvrira l'eseole Bezienne : Si bien que ce Lutber lequel estoit premier. Cassé par les nouveaux, est presque le dernier, Et sa secte qui fut de tant d'hommes garnie, Est la moindre de neuf qui sont en Germanie. Vous de\Tiez pour le moins, pour nous faire trembler, Estre ensemble d'accord sans vous desassemblcr : Car Christ n'est pas un Dieu de noise ny discorde : Christ n'est que Charité, qu'amour et que concorde, IEl monstrez clairement par la division i Que Dieu n'est point autheur de vostre opinion.

Mais monstrez-moy quelqu'un qui ait changer de vie,

Après avoir suivy vostre belle folie :

J'en voy qui ont changé de couleur et de teint.

Hideux en barbe longue et en visage feint,

Qui sont plus que devant tristes, mornes et pales,

Comme Oresle agile de fureurs infernales.

Mais je n'en ay point veu, qui soient d'audacieux Plus humbles devenus, plus doux ny gracieux, De paillards conlinens, de menteurs véritables,

D'efTroQlez vergongneux, de cruels charitables, De larrons aumosniers, et pas un n'a changé Le vice dont il fut auparavant chargé. *

Ronsard ne s'aveuglait pourtant pas sur les fautes et les abus de TÉglise romaine, et, dans un discours à Guillaume des Autels, après avoir énuméré les torts des huguenots, il ajoute :

Or nous faillons aussi : car depuis sainct Grégoire Nul pontife romain, dont le nom soit notoire, En chaire ne prescha : et faillons d'autre part, Que le bien de l'Église aux enfants se départ. Il ne faut s'estonner, Chrestiens, si la nacelle Du bon pasteur sainct Pierre en ce monde chancelle. Puis que les ignorans, les enfans de quinze ans, Je ne sçay quels muguets, je ne sçay quels plaisans, Ont les biens de l'Église, et que les bénéfices Se vendent par argent ainsi que les offices.

Mais que diroit sainct Paul, s'il revenoit icy, De nos jeunes prélats, qui n'ont point de soucy De leur pauvre troupeau, dont ils prennent la laine, Et quelquefois le cuir ; qui tous vivent sans peine, Sans prescher, sans prier, sans bon exemple d'eux Parfumez, découpez, courtisans, amoureux,

» Éd. P. Bl., t. VII, p. 17.

Veneurs, et fauconniers, et avec la paillarde Perdent les biens de Dieu dont ils n'ont que la garde ?

Que diroit-il de voir l'Église à Jesus-Ghrist, Qui fut jadis fondée en humblesse d'esprit. En toute patience, en toute obéissance, Sans argent, sans crédit, sans force, ny puissance, Pauvre, nue, exilée, ayant jusques aux os Les verges et les fouets imprimez sur le dos ; Et la voir aujourd'huy riche, grasse, et hautaine. Toute pleine d'escus, de rente, et de domaine? Ses ministres enflez, et ses papes encor Pompeusement vestus de soye et de drap d'or? Il se repentiroit d'avoir souffert pour elle Tant de coups de baston, tant de peine cruelle. Tant de bannissemens, et voyant tel meschef, Prieroit qu'un trait de feu luy accablast le chef.

[1 faut doncq corriger de nostre saincte Église Cent mille abus commis par l'avare prestrise, De peur que le courroux du Seigneur tout-puissant N'aille d'un juste feu nos fautes punissant.

Quelle fureur nouvelle a corrompu nostre aise ? Las 1 des Luthériens la cause est très-mauvaise, Et la défendent bien ; et par malheur fatal, La nostre est bonne et saincte, et la défendons mal.

0 heureuse la gent que la mort fortunée A depuis neuf cens ans sous la tombe emmenée I Heureux les pères vieux des bons siècles passez, Qui sont sans varier en leur foy trespassez, Ains que de tant d'abus l'Église fust malade 1 Qui n'ouirent jamais parler d'Œcolampade,

De Zuingle, de Bucer, de Luther, de Calvin; Mais sans rien innover du service divin Ont vescu longuement, puis d'une vie heureuse En Jésus ont rendu leur ame généreuse.

Las ! pauvre France, helas I comme une opinion j f Diverse a corrompu ta première union ! , i

Tes enfans qui devroient te garder te travaillent, Et pour un poil de bouc entr'eux-mesmes bataillent, Et comme reprouvez, d'un courage meschant, Contre ton estomac tournent le fer trencliant. ^

Mais comment pourroit l'homme avec ses petits yeux Cognoistre clairement les mystères des cieux. Quand nous ne sçavons pas régir nos republiques, Ny mesmes gouverner nos choses domestiques? Quand nous ne cognoissons la moindre herbe des prez? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos piez? Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles. Comme si l'Esprit Sainct avoit usé ses ailes A s'appuyer sur eux, comme s'ils avoient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu, Et comme s'ils avoient (ainsi que dit la fable De Minos) banqueté des hauts dieux à la table, Sans que honte et vergogne en leur cœur trouve lieu, Parlent profondement des mystères de Dieu ; Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires, Ils sçavent ses advis, ils sçavent ses affaires, Ils ont la clef du ciel et y entrent tous seuls. Ou qui veut y entrer, il faut parler à eux.

• Éd. P. BIm u Vil, p. 42.

Les autres ne sont rien sinon que grosses bestes, Gros chapperons fourrez, grasses et lourdes testes : Sainct Ambrois, sainct Hierosme, et les autres docteurs N'estoient que des rêveurs, des fols, et des menteurs : Avec eux seulement le Sainct Esprit se treuve, Et du sainct Evangile ils oat trouvé la febve.

0 pauvres abusez! mille sont dans Paris, Lesquels sont dès jeunesse aux estudes nourris, Qui de conlre une natte estudians attachent Melancholiquement la pituite qu'ils crachent, Desquels vous apprendriez en diverses façons, Encore dix bons ans, mille et mille leçons. 11 ne faut se ruser de longue expérience Pour estre exactement docte en vostre science : Les barbiers, les maçons en un jour y sont clers, Tant vos mystères saincts sont cachez et couvera !

Il faut tant seulement avecques hardiesse Détester le Papat, parler contre la Messe, Estre sobre en propos, barbe longue et le front De rides labouré, l'œil farouche et profond, Les cheveux mal peignez, le sourcy qui s'avale, * Le maintien refrongné, le visage tout pasle, Se monstrer rarement, composer maint eserit, Parler de l'Eternel, du Seigneur et de Christ, Avoir d'un grand manteau les espaules couvertes, Bref, estre bon bi-igand et ne jurer que : Certes.

Il faut pour rendre aussi les peuples estonnez,

Discourir de Jacob et des prédestinez,

Avoir sainct Paul en bouche et le prendre à la lettre,

' S'avaler, s'abaisser, descendre.

Aux femmes, aux enfans l'Evangile permettre, Les œuvres mespriser, et haut louer la foy. Voilà tout le sçavoir de vostre belle loy.

J'ay autrefois gousté, quand j'estois jeune d'âge, Du miel empoisonné de votre doux breuvage : Mais quelque bon Démon, m'ayant ouy crier, Avant que l'avaller me l'osta du gosier.

Non, non, je ne veux point que ceux qui doivent naistre.

Pour un fol Huguenot me puissent recognoistre :

Je n'aime point ces noms qui sont finis en ots,

Gots, Cagots, Austrogots, Visgots et Huguenots :

Ils me sont odieux comme peste, et je pense

Qu'ils sont prodigieux à l'empire de France. '

Vous ne combattez pas, soldars, comme autresfois Pour borner plus avant l'empire de vos rois : C'est pour l'honneur de Dieu et sa querelle sainctf Qu'aujourd'huy vous portez l'espée au costé ceintb.

Je dy pour ce grand Dieu qui baslit tout de rien, Qui jadis affligea le peuple égyptien, Et nourrit d'Israël la troupe merveilleuse Quarante ans aux déserts de manne savoureuse ; Qui d'un rocher sans eaux les eaux fit ondoyer, Fit de nuict la colonne ardanle flamboyer ï Pour guider ses enfans par monts et par valées ; Qui noya Pharaon sous les ondes salées. Et fit passer son peuple ainsi que par bateaux Sans danger à pied sec, par le profond des eaux.

Lid. l'^ Bl., t. VU, p. ot).

Pour ce grand Dieu, soïdars, les armes avez prises, Qui favorisera vous et vos entreprises, Gomme il fit Josué par le peuple estranger : Car Dieu ne laisse point ses amis au danger.

Dieu tout grand et tout bon, qui habites les nues, Et qui cognois Tautheur des guerres advenues. Dieu, qui regardes tout, qui vois tout et enlens. Donne je te suppli', que l'herbe du printemps Si tost parmy les champs nouvelle ne fleurisse, Que l'autheur de ces maux au combat ne périsse, Ayant le corselet d'outre en outre enfoncé D'une pique ou d'ua plomb fatalement poussé.

Donne que de son sang il enyvre la terre, Et que ses compagnons au milieu de la guerre Renversez à ses pieds, haletans et ardens. Mordent dessur le champ la poudre entre leurs dens, Estendus l'un sur l'autre, et que la multitude Qui s'asseure en ton nom, franche de servitude. De fleurs bien couronnée, à haute voix. Seigneur. Tout à l'entour des morts célèbre ton honneur, Et d'un cantique sainct chante de race en race Aux peuples à venir tes vertus et ta grâce. *

« Éd. P. Bl., t. VII, p, 80.

POESIES DIVERSES

Nous réunissons sous ce titre un certain nombre de sonnets, chansons, épîtres, etc., etc., que les anciens éditeurs de Ronsard, ou Ronsard lui-même, avaient jugé à propos d'exclure des divisions précédentes, et qui étaient d'ordinaire rejetés à la fin des œuvres.

Je vous envoyé un bouquet que ma main Vient de trier de ces fleurs epauies : Qui ne les eust à ce vespre cueillies, Glieutes à terre elles fussent demain.

Gela vous soit un exemple certain Que vos beautez, bien qu'elles soient fleuries, En peu de temps cherront toutes flaitries, Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma Dame, Las! le temps non, mais nous nous eu allons, Et tost serons estendus sous la lame :

Et des amours desquelles nous parlons.

Quand serons morts, ne sera plus nouvelle : Pour ce aymez-moy, cependant qu'estes belle. '

> \id. l\ VA., t. 1, p. 307

MaruUe a dit :

Has violas atque haec tibi candida lilia mitto;

Legi hodiè violas, candida lilia heri.

Lilia, ut instantis monearis, virgo, senectae,

Tam cite quae lapsis marcida sunt follis; Illœ, ut vere suo doceant ver capere vitœ

Invida quod miseris tam brève Parca dédit.

Le temps s'en va, ce mouvement est plein de tristesse, surtout le retour las! le temps non. — Po^ir ce aymezmoy, charmant vers que Victor Hugo a jugé digne de servir d'épigraphe à sa ballade l'Avev, du châtelain.

Je ne suis seulement amoureux de Marie, Anne me tient aussi dans les liens d'amour ; Ore Tune me plaist, ore l'autre à son tour : Ainsi Tibulle aymait Nemesis et Délie.

Un loyal me dira que c'est une folie D'en aimer, inconstant, deux ou trois en un jour. Voire, et qu'il faudroit bien un homme de séjour, Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie.

Je respons, Cherouvrier, ' que je suis amoureux, Et non pas jouissant de ce bien doucereux Que tout amant souhaitte avoir à sa commande.

Quanta moy, seulement je leur baise la main,

Les yeux, le front, le col, les lèvres, et le sein,

Et rien que ces biens-là, Cherouvrier, ne demande.^

1 L'un des amis du poète. « Éd. P. BU, t. 1, p. 398.

Bien (jue vous surpassiez en grâce et en richesse Celles de ce pays et de toute autre part, Vous ne devez pourtant, et fussiez-vous princesse, Jamais vous repentir d'avoir aymé Ronsard.

C'est luy, Dame, qui peut avecque son bel art, Vous affranchir des ans, et vous faire déesse : Il vous promet ce bien, car rien de lui ne part Qui ne soit bien poli, son siècle le confesse.

Vous me responderez qu'il est un peu sourdaut, Et que c'est déplaisir en amour parler haut : Vous dites vérité, mais vous celez après

Que luy, pour vous ouyr, s'approche à vostre oreille. Et qu'il baise à tous coups vostre bouche vermeille, Au milieu des propos, d'autant qu'il en est près. ^

On se rappelle que Ronsard était affligé de surdité. Cela sans doute ne convenait guère aux susurri molles ; mais il savait agréablement compenser ce petit inconvénient.

L'an se rajeunissoit en sa verte jouvence, Quand je m'épris de vous, ma Sinopc cruelle : Seize ans estoit la fleur de vostre âge nouvelle. Et vostre teint sentoit encores son enfance.

Vous aviez d'une infante encor la contenance, La parolle et les pas : vostre bouche estoit belle, Vostre front et vos mains dignes d'une Immortelle, Et vostre œil qui me fait trespasser quand j'y pense.

1 Éd. P. Bi., t. I, p. 399.

Amour, qui ce jour-là si grandes beautez vit,

Dans un marbre, en mon cœur d'un trait les escrivit :

Et si pour le jourd'huy vos beautez si parfaites

Ne sont comme autrefois, je n'en suis moins ravi; Car je n'ay pas égard à cela que vous estes, Mais au doux souvenir des beautez que je vy. ^

Quel trait de pinceau que ce teint qui sent encores son enfance !

Je veux lire en trois jours l'Iliade d'Homère, Et pour ce, Gorydon, ferme bien l'huis sur moy : Si rien me vient troubler, je t'asseure ma foy, Tu sentiras combien pesante est ma colère.

Jq ne veux seulement que nostre chambrière Vienne faire mon lit, ton compagnon, ny toy ; Je veux trois jours entiers demeurer à requoy, Pour follastrer, après, une sepmaine entière.

Mais si quelqu'un venoit de la part de Gassandre; Ouvre-luy tost la porte, et ne le fais attendre, Soudain entre en ma chambre, et me vien accoustrer.

Je veux tant seulement à luy seul me monstrer : Au reste, si un dieu vouloit pour moy descendre Du ciel, ferme la porte, et ne le laisse entrer. *

» Éd. p. Bi., t. I, p. 403.

« Éd. p. Bl., t. I, p. 413.

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