XLVI NOTICE
Il y a plaisir ici et profit à le parcourir ; on est vraiment avec un poète.
La musique se mariait à ses vers : on le chantait sur les instruments, et il devenait aussi populaire qu'il pouvait l'être : « Quand notre Mabile de Rennes, lit-on dans les Coiites (f E lUrapel ^ chantait un lai de Tristan le Léonnais sur sa viole, ou une ode de ce gi and poète Ronsard, n'eussiez-vous juré que celui-ci, sous le désespoir de sa Gassaudre, se voulût confiner et rendre eu la plus étroite observance et ermitage qui soit sur le Mont-Serrat?...» Ainsi chanté par Mabile, Ronsard faisait l'effet d'un amoureux passionné.
Dans celte seconde période de sa carrière et de son talent, on voit Ronsard devenu un poète assez facile, et plutôt trop facile ; il maaie avec une grande aisance le vers alexandrin et y dit ce qu'il veut, mais avec quelque prolixité et longueur. Il est en quête de sujets, et ne trouve pas en lui matière à vaste conception; il médite sa Franciade qu'il combine assez froidement et pour laquelle il attend des encouragements et récompenses, faute de quoi il ne l'achèvera jamais. Et cependant il s'exerce en bien des genres qu'on pourrait dire noblement tempérés, dans l'épître, le poème moral, et il y a fait preuve de sens et de talent : ainsi dans une des pièces qui lui attirèrent le plus d'inimitiés, dans son Discours des misères de ce temps, adressé à la reine Catherine de Médicis à l'occasion des troubles et des premiers massacres de religion dont le signal fut donné eu 1560, il disait, après avoir dépeint fespèce de fureur soudaine qui s'était emparée des esprits :
« Chapitre .xix, Musiqîte d'Euirapel
SUR BONSARD XLVII
Mais vous, Reine très-sage, en voyant ce discord Pouvez, en commandant, les mettre tous d'accord • Imitant le pasteur qui voyant les armées De ses mouches à miel, fièrement animées Pour soutenir leurs rois, au combat se ruer, Se percer, se piquer, se navrer, se tuer. Et parmi les assauts forcenant pesle-me^le Tomber mortes du ciel aussi menu que gresle. Portant un gentil cœur dedans un petit corps, Il verse parmi Pair un peu de poudre; et lors Retenant des deux camps la fureur à son aise. Pour un peu de sablon leurs querelles apaise.
Dans cette comparaison prise à Virgile, le Puheris exiguijactu est très-bien rendu. Il y a une suspension qui est imitalive et d'un effet pittoresque :
il verse parmi l'air un peu de poudre...
La plupart des critiques que l'on a adressées à la première manière ardue et rocailleuse de Ronsard trouveraient peu leur application, à considérer cette portion plus rassise de ses œuvres ; je lui reprocherais plutôt d'y être trop détendu et de se relâcher dans le prosaïque, bien que de temps en temps il y ait des retours de verve et que le cheval de race y retrouve des élans.
Si l'on voulait s'en prendre aux événements de ce que l'homme n'a pas su accomplir, il serait naturel de faire comme Ronsard et d'accuser les guerres civiles et domestii^ues ; elles lui furent plus contraires qu'à personne, et dès 1562 il éprouva, pour s'être loyalement déclaré en faveur de l'ordre existant et de l'Église établie, la fureur et la malignité des factions. Il y eut alors un premier échec porté à sa re-