SUR RONSARD XLIX
siècle, sur la matière que Fracastor a célébrée, n'était jamais avare.
Par compensation, Ronsard reçut du pape Pie V un bref qui le remerciait de s'être montré en faveur do la religion^ La religion de Ronsard d'ailleurs, en cet âge de fanatisme, parait avoir été celle d'un homme sage. Il a exprimé son sentiment d'indifférence philosophique autant qu'orthodoxe pour toutes ces divisions et variations des sectes :
L'un se dit zwinglien, l'autre luthérien,
Et fait de l'habile homme au sens de rÉcriture.
Chacun songe et discourt, et dit qu'il a raison.
C'est dans un sonnet adressé à Louis, prince de Condé, qu'il parle de la sorte, et il n'a tenu qu'à ce prince, fauteur et soutien de la Réforme, d'y voir une leçon. Peu après celte querelle de parti et cette polémique, la seule au reste qu'il eut dorénavant à soutenir, Ronsard publia, en 1565, un recueil intitulé Élégies, Mascarades et Bergerie; ce sont, pour la plupart, des pièces de circonstance, des divertissements de cour qui furent représentés à des fêtes, et qui sont pour nous purement ennuyeux et sans intérêt , mais j'y trouve en tête, sous le titre d'Élégie, un discours en vers à la reine d'Angleterre Elisabeth, nouvellement
• M. de Falloux, dans son histoire de Saiilt Pie F, a rendu celte circonstance en des termes assez singuliers : « Pie V, dit-il, ne dédaigna pas non plus d'adresser des encouragements aux hommes lettrés qui prenaient un rang honorable dans la méle'e des intelligences. Ronsard « ayant armé les Muses au secours de la re- « ligion », le pape l'en remercia hautement par un bref. M. de Falloux est certainement un homme poli : on vient de voir ce que c'était que cette mêlée des intelligences.
L NOTICE
en paix avec la France. Le poète y introduit le dieu Protée, par la bouche duquel il fait dire à la noble reine toutes sortes de belles et flatteuses choses, et même des prophéties très-sensées, par exemple :
N'offensez point par arme ni par noise, Si m'en croyez, la province françoise ; Car, bien qu'il fust destiné par les cieux Qu'un temps seriez d'elle victorieux, Le mesme ciel pour elle a voulu faire A-utre destin au vostre tout contraire.
Le François semble au saule verdissant , Plus on le coupe et plus il est naissant, Et rej étonne en branches davantage, Prenant vigueur de son propre dommage : Pour ce vivez comme amiables sœurs.
Quand vous serez ensemble bien unies, L'Amour, la Foi, deux belles compagnies, Viendront çà-bas le cœur nous eschauffer : Puis sans harnois, sans armes et sans fer, Et sans le dos d'un corselet vous ceindre, Ferez vos noms par toute Europe craindre : Et l'Age d'or verra de toutes parts Fleurir les Lys entre les Léopards. «
Il y a là dedans un bon sens politique que Malherbe, qui en avait tant, n'aurait certes pas désavoué.
Ce qui me frappe chez Ronsard poète, et poète si honorable, si laborieux et même si modeste après son accès de fougue première, c'est comme il se casse
« Édit. P. Bl.,t. II!, p. 333.