LVI NOTICE
lui, je ne dirai pas de la religion, mais de la familiarité et de la fréquentation homérique. Ce n'est pas Des Portes, déjà tout Italien et déchu des grandes sources ; ce n'est pas le doux et languissant Bertaut ; ce n'est pas le vigoureux Régnier, purement participant des satiriques italiens et latins. Ce n'est pas même Montaigne. Entre Homère et Virgile, si on les veut comparer, l'auteur des Essais se récuse et avoue bonnement qu'il n'est pas juge : « Moi qui n'en connois que l'un, dit-il, puis seulement dire cela, selon ma portée, que je ne crois pas que les Muses mêmes allassent au delà du Romain. » D'Homère cependant il est Irès-tenté de faire un des trois plus excellents hommes et presque un dieu, mais il ne le lit pas. Il aimerait moins Sénèque, s'il le lisait.
Henri Estienne et Arayot, eux, gens du métier, lisaient Homère à livre ouvert quand ils le voulaient et leur belle et bonne langue en a profité comme de toute la Grèce. Amyot même a cela de particulier que, sans le savoir, il a donné un air homérique à Plularque, et il le fait parler un peu comme Nestor.
A continuer, après le siècle de Ronsard, d'adresser celle question à nos poètes et auteurs en renom : « Lisez- vous Homère? aimez- vous Homère ? » ce n'est certes point Malherbe qui répondra oià; ni vous non plus, ô grand Corneille ! Stace et Lucain sont trop près de vous et vous sont trop chers. — Je n'oserais dire de Balzac, si instruit, si docte même, qu'il n'a pas eu la connaissance d'Homère, mais je dirai sans crainte que l'habitude d'Homère lui a manqué. — Pascal, au génie sévère et à l'imagination sombre, le connaît peu ; il en parle comme de l'auteur d'un beau roman, il ne voit en lui que le père des mensonges.