LXIV NOTICE
et bien loin do son premier nerf: il ne tencî plus l'arc d'Apollon.
Il y aurait sur un point, et pour montrer l'insuffisance de son procédé poétique dans cette seconde manière, une comparaison facile à établir. On connaît la charmante pièce de Glaudieu, le Vieillard de Vérone: Félix qui patriis œtum transegit inagris... Trois poètes l'ont imitée : Mellin de Saint-Gelais, Ronsard et Racan. Mellin de Saint-Gelais suit le texte et le délaye ; il en fait simplement une paraphrase en gros, sans lutter d'expression, sans chercher d'équivalent. Là où le texte dit: « Heureux qui, vieux, s'appuyant sur un bâton dans la même allée où il s'est traîné enfant, ne sait compter, en fait de siècles, que ceux de sa cabane ! Qui baculo nitens, in qiia reptavit arena, etc., » Saint-Gelais dira: 0 hîenheureiix...
Qui d'un baston et du bras secouru Va par les champs où jeune il a couru !
a couru dM lieu de reptavit! C'est même un faux sens dans l'esprit de la pièce; car il n'est pas précisément agréable à un vieillard de se souvenir qu'il a couru là où maintenant il marche à peine ; mais il peut aimer à se dire qu'il s'est traîné tout petit enfant là où il se traîne encore. Eu tout, les vers de Saint-Gelais sont assez faciles, mais plats.
Ronsard, à son tour, dans une pièce adressée au cardinal de Châtillon, traduit et encadre cet éloge de la vie rurale d'après Claudien ; il suit son texte de plus près, et il y ajoute un joli vers :
II dort au bord de l'oau qui court parmi les précs.