SUR RONSARD I.XV
Mais d'ailleurs il ne réussit pas, et il manque tout à fait de grâce et d'élégance. Par exemple, il dira : 0
Menheiireux celui . . .
Qui se soutient les bras d'un baston appuyés, Parmi les champs où jeune allait à quatre pieds!
Puis, quand il a fiui avec le couplet de Claudieu, il se ressouvient du beau morceau de Virgile : 0 fortunatos nimium.. . , et il l'ajoute par une reprise visible : Heureux doncques, heureux qui de son toit ne bouge! en se contentant, pour cette seconde partie, d'imiter librement. Mais ce qui frappe, c'est qu'il met Virgile et Claudien bout à bout ; il les coud, il les accole et ne les fond pas; ce n'est pas un tissu qu'il fait; c'est un placage. Il y a des tons qui crient et que ne suffisent pas à racheter d'agréables vers, tels que ceux-ci :
Quant à moi, j'aime mieux ne manger que du pain Et boire d'un ruisseau puisé dedans la main, Sauter ou m'endormir sur la belle verdure, Ou composer des vers près d'une eau qui murmure.. .
Mais, quelques vers plus haut, il était question d'un crocheteur qui, rien qu'à l'entendre nommer, me gàlo celte vue champêtre.
Racan, au contraire, dans sa délicieuse pièce de la Retraite, a tout fondu en une parfaite nuance : il a fait quelque chose d'original et d'imité, et où l'imitation s'oublie dans le naturel de la peinture cl du sentiment. Il est revenu à la paraphrase, et c'est à son aise qu'il rejoint sou modèle, qu'il le développe et le transforme, sans lutte, sans paraître y viser :