STROPHE II
Aussi test que leur petitesse, Courant avec les pas du temps, Eut d'une rampante vistesse Touché la borne de sept ans ; Le sang naturel, qui commande De voir ses parens, vint saisir Le cœur de ceste jeune bande Chatouillé d'un noble désir :
Si qu'elles mignardant leur mero Neuf et neuf bras furent pliant Autour de son col, la priant De voir la face de leur père.
ANTISTROPHE
Mémoire impatiente d'aise,
Délaçant leur petite main, L'une après l'autre les rebaise, Et les presse contre son sein.
Hors des poumons à lente peine Une parole luy montoit, De souspirs allègrement pleine, Tant Taffection l'agitoit, Pour avoir desja cognoissanec Combien ses filles auroient d'heur, Ayant de près veu la grandeur Du dieu qui planta leur naissance.
ÉPODE
Après avoir relié D'un tortis de violettes Et d'un cerne de fleurettes L'or de leur chef délié ; Après avoir proprement Troussé leur accoustrement, Marcha loin devant sa trope, Et la hastant jour et nuict D'un pied dispos la conduit Jusqu'au rivage Ethiope.
Tortis, tresse. Cerne, couronne. — Ce petit tableau de famille, ces neuf et neuf bras enlacés au cou maternel, la joie de la mère et la toilette du départ, ont infiniment de grâce, et l'expression en est riante, quoique peut-être un peu chargée et fatiguée.
STB OPHE III
Ces vierges encores nouvelles, Et mal-apprises au labeur,
Voyant le frout des mers cruelles, S'effroyerent d'une grand'peur ; Et toutes pancherent arrière ( Tant elles s'alloienl émouvant ) Ainsi qu'au bord d'une rivière Un jonc se panche sous le vent ■ Mais leur mère non estonnée De voir leur sein qui haletoil, Pour les asseurer les flaloit De ceste parole empennée :
ANTISTROPHK
Courage, mes filles (dit-elle), Et filles de ce dieu puissant, Qui seul en sa main immortelle Soustienl le foudre rougissant ; Ne craignez point les vagues creuses De l'eau qui bruit profondement, Sur qui vos chansons doucereuses Auront un jour commandement :
Mais forcez-moy ces longues rides, Et ne vous souffrez décevoir, Que vostre père n'alliez voir Dessous ces royaumes humides.
ÉPODE
Disant ainsi, d'un plein saut Toute dans les eaux s'allonge, Gomme un cygne qui se plonge Quand il voit l'aigle d'cnhaut ; Ou ainsi que l'arc des cieu.v Qui d'un grand tour spacieux
Tout d'un coup en la mer glisse, Quand Junon haste ses pas Pour aller porter là-bas Un message à sa nourrice.
Varc des cieux^ assez mal à propos pour Iris. — Un message à sa nourrice, àThétys. — C'est une charmante image que celle de ces neuf vierges qui, efîiajccs à l'aspect des flots, penchent toutes en arrière,
Ainsi qu'au bord d'une rivière.
Un jonc se panche sous le ver.l ;
et que celle de cette mère qui s'élance la première pour leur donner l'exemple,
Comme un cy;j;ne qui se plonge Quand il voit l'aigle d'enhaut.
Le foudre rougissant est un trait magnifique.