STROPHE IV
Elles adonc, voyant la trace De leur mère qui ja sondoit Le creux du plus humide espace Qu'à coup de bras elle fendoit, A chef baissé sont dévalées.
Penchant bas la leste et les yeux.
Dans le sein des plaines salées :
L'eau qui jaillit jusques aux cieux.
Grondant sus elles se regorge.
Et, frisant deçà et delà Mille lortis, les avala Dedans le goufre de sa gorge.
ANTISTROPHE
En cent façons de mains ouvertes Et de pieds voûtez en deux parts, Sillonnoient les campagnes vertes De leurs bras vaguement espars.
Gomme le plomb, dont la secousse Traine le filet jusqu'au fond, L'extrême désir qui les pousse, Avalle contre-bas leur front.
Tousjours sondant ce vieil repaire, Jusques aux portes du chasteau De rOcéan, qui dessous l'eau Donnoit un festin à leur père.
ÉPODE
De ce palais éternel
Brave en colonnes hautaines,
Sourdoit de mille fontaines
Le vif surgeon perennel.
Là pendoit sous le portail
Lambrissé d'un verd email
Sa charrette vagabonde,
Qui le roule d'un grand tour,
Soit de nuict ou soit de jour,
Deux fois tout au rond du monde.
Ici un des vieux commentateurs de Ronsard, Richelet, saisi d'admiration pour tant de tableaux si vivement décrits, ne peut s'empêcher d'appliquer à son auteur ce qu'Avienus dit de Salluste : Expressor efficaxstyliet'verilatis, imaginem peiié in ohtutus dédit lepore linguce. — Mille tortis. Ainsi Virgile,
Ill.iin ter lluctus ibidem.
Torquct a.ijens circum et rapidus vorat œquorc vorte».
Brave en colonnes. Superbement orné de colonnes, — Surgeon., source. — Charrette. II est évident que, pour Ronsard et ses contemporains, ce mot n'avait pas moins de noblesse que chariot. Le double voyage de l'Océan n'est autre chose que le flux et le reflux.