‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 70 sur 135 · STROPHE XX · texte numérisé non relu

STROPHE XX

Ces trois Sœurs à l'œuvre entenlives

Marmotoieut un charme fatal,

Torlillans les filaces vives

Du corps futur de l'Hospital :

Clothon qui le filet replie,

Ces deux vers mascha par neuf fois :

Je retors la plus belle vie

qu'onques retordirent mes dois.

Mais si tost qu'elle fut tirée

A l'entour du fuzeau humain.

Le Destin la mit en la main

Du fils de Saturne et de Rhée.

ANTISTROPHE

Luy tout-puissant print une masse De terre, et, devant tous les dieux, Imprima dedans une face.

Un corps, deux jambes et deux yeux, Deux bras, deux flancs, une poitrine, Et achevant de l'imprimer, Soufla de sa bouche divine Un vif esprit pour l'animer :

Luy donnant encor davantage Cent mille vertus, appela Les neuf Filles qui çà et là Entournoient la nouvelle image.

Ore vous ne craindrez pas, Seures sous telle conduite, Prendre de rechef la fuite Pour re-desceudre là bas. Suivez donc ce guide ici :

C'est celuy, filles, aussi.

De qui la docte assurance Franches de peur vous fera, Et celuy qui desfera Les soldars de l'Ignorance. '

Nous nous arrêterons ici, et bornerons nos extraits do cette ode interminable, qui est un véritable poème. Ronsard s'y donna pleine carrière et y déploya toutes ses forces avec amour et reconnaissance : car, on le sait, riiospital l'avait protégé à son début et avait lancé une satire latine contre la cabale de cour. C'était donc une dette personnelle qu'acquittait le poète, en même temps que c'était un chant de triomphe, un glorieux dithyrambe qu'il entonnait en l'honneur de la Pléiade.

AU SIEUR BERÏR.\Nd'

La mercerie que je porte, Bertrand, est bien d'une autre sorte Que celle que l'usurier vend Dedans ses boutiques avares, Ou celle des Indes Barbares Qui enflent l'orgueil du Levant.

» Éd. P. Bi., t. II, p. 68.

* Au sieur Bertrand Bergier, de Poitiers.

Ma douce navire imiiiorlellc Ne se charge de drogue telle ; Et telle de moy tu n'attens ; Ou si tu l'attens tu t'abuses :

Je suis le trafiqueur des Muses, Et de leurs biens maistres du temps.

Leur marchandise ne s'eslalle Au plus offrant dans une halle, Leur bien en vente n'est point mis, Et pour l'or il ne s'abandonne :

Sans plus, libC'ral je le donne A (|ui me plaist de mes amis.

Reçoy donque celle largesse, El croy que c'est une richesse Qui ])ar le temps ne s'use pas ; Mais contre le temps elle dure.

El de siècle en siècle plus dure, Ne donne point aux vers d'appas.

L'audacieuse encre d'Alcée Par les ans n'est point effacée, El vivent encore les sons Que l'Amante bailloil en garde A sa tortue babillarde, La compagne de ses chansons.

Mon grand Pindare vit encore, Et Simonide, et Slesichore, Sinon eu vers, au moins par nom :

Et des chansons qu'a voulu dire Anacreon dessur la lyre, Le temps n'efface le renom.

N'as-tu ouy parler d'Enée, D'Achil, d'Ajax, d'Idomenée?

A moy semblables artisans Ont immortalizé leur gloire, Et fait allonger la mémoire De leur nom jusques à nos ans.

Hélène Grecque estant gaignée D'une perruque bien peignée, D'un magnifique accoustrement, Ou d'un roy traînant grande suite, N'a pas eu la poitrine cuite Seule d'amour premièrement.

Hector le premier des gendarmes N'a sué sous le faix des armes, Fendant les escadrons espais :

Non une fois Troye fut prise :

Maint prince a fait mainte entreprise Devant le camp des deux roy s Grecs,

Mais leur prouesse n'est cogneue, Et une oblivieuse nue Les tient sous un silence estrainls :

Engloutie est leur vertu haute Sans renouï pour avoir eu faute Du secours des poètes saincls.

Mais la mort ne vient impunie,

Si elle atteint l'ame garnie i

Du vers que la Muse a chanté,

Qui pleurant de deuil se tourmente

Quand l'homme aux Enfers se lamente

Dequoy'son nom n'est point vanlé.

Le tien le sera, car ma plume Aime voloutiers la coustume De louer les bons comme toy, Qui prévois l'un et l'autre terme Des deux saisons, constant et ferme Contre le temps qui va sans foy :

Plein de vertu, pur de tout vice, Non bruslant après l'avarice, Qui tout attire dans son poin.

Chenu de meurs, jeune de force, Amy d'espreuve, qui s'efforce Secourir les siens au besoin.

Celuy qui sur la teste sienne Voit l'espée sicilienne, Des douces tables l'appareil N'irrite sa faim, ny la noise Du rossignol qui se desgoise Ne luy rameine le sommeil :

Mais bien celuy qui se contente Comme toy : la mer il ne tente, Et pour rien tremblant n'a esté.

Soit que le bled fausse promesse, Ou que la vendange se laisse Griller aux fiâmes de l'esté.

De celuy, le bruit du tonnerre Ny les nouvelles de la guerre N'ont fait chanceler la vertu :

Non pas d'un roy la fiere face, Ny des pirates la menace Ne luy ont le cœur abatu.

Taisez-vous, ma lyre mignarde, Taisez-vous, ma lyre jazarde, Un si haut chaut n'est pas pour vous : Retournez louer ma Cassandre, Et dessur vostre lyre tendre Chantez-la d'un fredon plus dous.*

Vaudacieuse encre d'Alcce. Tout ce qui suit est imité et presque traduit de la 9° ode du liv. IV d'Horace : A'^e forte credas viteritura, etc. Ici Ronsard lutte difficilement contre l'expression éclatante et concise du lyrique latin ; mais il plaît par une naïveté particulière. On aime celte Hélène qui se laisse prendre à une perruque blonde bien peignée, et cet Hector qui n'a pas été le premier des gendarmes. — Celui qui sur la tête sienne, encore imité d'Horace, ode 1'", liv. III : Districtus ensis cui super impia, etc. La dernière slance semble faite pour servir de transition à la pièce suivante, Tune des plus charmantes do Ronsard.

.\ CASS.VNDRE

Mignonne, allons voir si la rose, Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las, las, ses beautez laissé cheoir!

« Éd. P. Bi., t. II, p. H4.

oDus ior>

0 vrayment inarastre nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir!

Donc, si vous me croyez, mignonne Tandis que vostre âge fleuroune En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez voslre jeunesse :

Comme à cesle fleur, la vieillesse Fera ternir vostre beauté. '

Est-il besoin de l'aire remarquer le vif" cl naturel mouvement de ce début : Mignonne^ allons voir 7^1 pour le style, quel progrès depuis Marot ! que d'images, la robe de 2}oiir2)re, laissé cheoir ses beautés, cet âge qui fleuronne en saverle nouveauté, cueillir sa jeunesse ! Malherbe a-t-il bien osé bifTer de tels vers, et Despréaux les avait-il lus ?

Némésien a dit :

Non hoc semper eris, perdunt et gramiiiu Hores; Perdit spina rosas, nec semper lilia candent; Nec longum tenet uva comas, nce populus uiiibras. Donum forma brève est.

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