‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 71 sur 135 · A SA LYRE · texte numérisé non relu

A SA LYRE

Lyre dorée où Phœbus seulement Et les neuf Sœurs ont part également.

Le seul confort qui mes tristesses tue, Que la danse oit, et toute s'évertue De l'obeyr et mesurer ses pas Sous tes fredons accordez par compas,

> Éd. ['. bi., t. Il, p. 117.

Lorsqu'en sonnant tu marques la cadance De l'avant-jeu le guide de la danse.

Le traict flambant de Jupiter s'esteint Sous ta chanson, si ta chanson l'atteint ; Et au caquet de tes cordes bien jointes, Son aigle dort sur la foudre à trois pointes, Abaissant l'aile : adonc tu vas charmant Ses yeux aigus, et luy en les fermant Son dos hérisse et ses plumes repousse, Flatté du son de ta corde si douce.

Celuy ne vit le cher mignon des dieux,

A qui desplaist ton chant mélodieux,

Heureuse lyre, honneur de mon enfance :

Je te sonnay devant tous en la France

De peu à peu : car quand premièrement

Je te trouvay, lu sonnois durement ;

Tu n'avois fust ny cordes qui valussent,

Ne qui respondre aux loix de mon doigt poussent.

Moisi du temps ton bois ne sonuoit point; Lors j'en pitié de te voir mal eu-point, Toy qui jadis des grands roys les viandes Faisois trouver plus douces et friandes.

Pour te monter de cordes et d'un fust,

Voire d'un son qui naturel le fust.

Je pillay Thebe, et saccageay la Fouille,

T"enrichissant de leur belle despouille.

Lors par la France avec toy je chanlay,

Et jeune d'ans sur le Loir inventay

De marier aux cordes les victoires.

Et des grands roys les honneurs et leurs gloires.

Jamais celuy que les belles chansons

Paissent, ravy de l'accord de les sons,

Ne se doit voii' en estime pour estre

Ou à l'escrime ou à la luitte adestre ;

Ny marinier fortuneux ne sera,

Ny grand guerrier jamais n'abaissera

Par le harnois l'ambition des princes,

Portant vainqueur la foudre en leurs provinces.

Mais ma Gastine, et le haut crin des bois Qui vont bornant mon fleuve Vendomois, Le dieu bouquin qui la Neufamie cntourne, Et le saint chœur qui en Brayo séjourne, Le feront tel, que par tout l'univers Se cognoistra renommé par ses vers, Tant il aura de grâces en son pouce, Et de fredons fils de sa lyre douce.

Déjà, mon luth, ton loyer tu reçois,

Et ja déjà la race des François

Me veut nombrer entre ceux qu'elle loue,

Et pour son chantre heurevisement m'avoue.

0 Galliope, ô Cloton, ô les Sœurs,

Qui de ma muse animez les douceurs,

Je vous salue, et resaluc encore.

Par qui mon prince et mon pays j 'honore I

Par toy je plais, et par toy je suis leu : C'est toy qui fais que Ronsard soit esleu liai'peur François, et quand on le rencontre, Qu'avec le doigt par la rue on le monstre. Si je plais donc, si je sçay contenter. Si mon renom la France veut chanter.

lU» ODES

Si de mon front les esloiles je passe, Certes, mon luth, cela vient de ta grâce. '

Son aigle dort, imité de Pindare. — Tu n'avais fusl, bois de la lyre. — Je pillay Thehe et saccageay la Fouille^ je pillai Pindare et Horace. — Jamais celuy que les belles chansons, tout le reste de l'ode est imité de la 3« du liv. IV d'Horace : Q,uem tu Melpomene seniel, etc. — La N en faune, Braye, dépendances de sa demeure.

Page 1