‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 73 sur 135 · A LA MEME · texte numérisé non relu

A LA MEME

Ma dame ne donne pas Des baisers, mais des appas Qui seuls nourrissent mon ame, Les biens dont les dieux sont sous, Du nectar, du sucre dous, De la canuelle et du bame,

Du thym, du lis, de la rose Entre les lèvres esclose. Fleurante en toutes saisons, Et du miel tel qu'en Hymelte La desrobe-fleur avette Remplit ses douces maisons.

Û dieux, que j'ay de plaisir Quand je sens mon col saisir

De ses bras eu mainte sorte i Sur moy se laissant courber, D'yeux clos je la voy tomber Sur mon sein à demi-morte.

Puis mettant la bouche sienne Tout à plat dessus la mienne, Me mord et je la remors :

•îo luy darde, elle me darde Sa languette fretillarde, Puis en ses bras je m'eudors.

PJ'un baiser mignard et long Me ressuce l'ame adonc.

Puis en souflant la repousse, La ressuce encore un coup, La ressoufle tout à coup Avec son haleine douce.

Tout ainsi les colombelles Trémoussant un peu des ailes Havement se vont baisant, Après que l'oiseuse glace A quitté la froide place Au printemps doux et plaisant.

Helasl mais tempère un peu Les biens dont je suis repeu, Tempère un peu ma liesse :

Tu me ferois immortel.

Hé I je ne veux estre tel Si tu n'es aussi déesse. ^

i Éd. F. Bl., t. II, p. 14.

Ma dame ne donne pas. Imité encore de Jean Second, ce grand maître des baisers, comme rappelle Nicolas Ri chelet (4° Baiser) :

Non dat basia, dat Neaera nectar,

Dat rores animae suave olentes,

Dat nardumque, thymumque, cinnamumquo,

Et mel, quale jugis legunt Hymetti.

Aut in cecropiis apes rosetis,

Atque hinc virgineis et indè ceris

Septum vimineo tegunt quasillo.

0 dieux., que i\y de plaisir, etc. Pris du 5° Baiser :

Dum me moUibus hinc et hinc lacertis Astrictum premis, imminensque toto CoUo, poctore iubricoque vultu j Dépendes humeris, Neaera, nostris,

Componensque meis labella labris, El morsu petis et gémis rcmorsa, Et linguam tremulam hinc inde vibras.

Aspirans animae suavis auram, Hauriensque animam meam caducam,

0 jucunda mei caloris aura !

Haveinent se vont baisant, avidement, ardemment. Helas ! mais tempère un peu, il revient au Baiser 4<= :

Sed tu, munere parce, parce tali, Aut mecum dea fac, Neaera, fias ; Non mensas sine te volo deorum : Non, si me rutilis praeesse regnis, Excluso Jove, di deaeque cogant.

Tibulle a dit aussi :

Est mihi paupertas tecum jucunda, Neaera : At sine te regum munera nulla volo.

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