‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 74 sur 135 · A UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE FILLE

Ma petite nymphe Macce, Plus blanche qu'yvoire taillé, Plus blanche que neige amassée, Plus blanche que le laict caillé, Ton beau teint ressemble les liz Avecque les roses cueillis.

Descœuvre-moy ton beau chef-d'œuvre, Tes cheveux où le ciel, donneur Des grâces, richement descœuvre Tous ses biens pour leur faire honneur ; Descœuvre ton beau front aussi.

Heureux object de mon souci.

Comme une Diane tu marches,

Ton front est beau, tes yeux sont beaux,

Qui flambent sous deux noires arches.

Comme deux célestes flambeaux,

D'où le brandon fut allumé,

Qui tout le cœur m'a consumé.

Ce fut ton œil, douce mignonne,

Qui d'un fol regard escarté

Les miens encores emprisonne,

Peu soucieux de liberté,

Tous deux au retour du printemps,

Et sur l'avril de nos beaux ans.

Te voyant jeune, simple et belle, Tu me suces l'ame et le sang:

Monslre-moi ta rose nouvelle, Je dy ton sein d'yvoire blanc, Et tes deux rondelets tetous.

Qui s'enflent comme deux boulons.

Las ! puis que ta beauté première

Ne me daigne faire merci,

Et me privant de ta lumière,

Prend son plaisir de mon souci,

Au moins regarde sur mon front

Les maux que tes beaux yeux me font. '

Toutes ces comparaisons du commencement sont prises de Catulle, MaruUe, et des poètes erotiques de l'antiquité et de la Renaissance.

A LA FONTAINE BELLERIE

0 fontaine Bellerie,

Belle fontaine chérie

De nos nymphes, quand ton eau

Les cache au creux de ta source

Fuyantes le satyreau,

Qui les pourchasse à la course

Jusqu'au bord de ton ruisseau.

Tu es la Nymphe éternelle

De ma terre paternelle :

Pour ce en ce pré verdelet

Voy ton poète qui t'orne •'! i'

D'un petit chevreau de lait,

« Éd. p. Bl., t. H, p. 147.

ODES 11b

A qui l'une et l'autre corne

Sortent du front nouvelet. '

L'esté je dors oa repose Sus ton herbe, ou je compose, Caché sous les saules vers, Je ne sçay quoi, qui ta gloire Envoira par l'univers, Commandant à la Mémoire Que tu vives par mes vers.

L'ardeur de la canicule Ton verd rivage ne brûle, Tellement qu'eu toutes pars Ton ombre est espaisse et drue Aux pasteurs venans des parcs, Aux bœufs las de la charrue.

Et au bestial espars.

lo! tu seras sans cesse Des fontaines la princesse, Moy célébrant le conduit Du rocher percé, qui darde, Avec un enroué bruit, L'eau de ta source jazarde Qui trepillante se suit. *

Imité d'Horace, liv. III : 0 fons Blandttsia^ splendidior vitro. On remarquera lerhylhme, qui est de l'invention du poète ; il a quelque chose de courant et de jazard. Celle troisième rime masculine du dernier vers de chaque stance surprend agréablement l'oreille, qui ne

« Éd. P. Bl., t. II, p. 148.

s'y attend plus : c'est comme un murmure redoublé ou un rejaillissement de l'eau.

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