‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 86 sur 135 · LOUANGES DE LA ROSE · texte numérisé non relu

LOUANGES DE LA ROSE

Verson ces roses en ce vin, En ce bon vin verson ces roses, Et boivon l'un à l'autre afin Qu'au cœur nos tristesses encloses Prennent, en boivant, quelque fin.

La belle rose du printemps, AuBERT, admoneste les hommes Passer joyeusement le temps, Et, pendant que jeunes nous sommes, Esbattre la fleur de nos ans.

Tout ainsi quelle defleurit Fanie en une matinée.

Ainsi nostre âge se fleslrit, Las ! et en moins d'une journée Le printemps d'un homme périt.

Ne veis-tu pas hier Brinon Parlant et faisant bonne chère, Qui, las ! aujourd'huy n'est sinon Qu'un peu de poudre en une bierc, Qui de luy n'a rien que le nom f

' Ed. P. Bi., t. II, p. 291.

Nul ne desrobe son trespas ; Charon serre tout en sa nasse ; Roys et pauvres tombent là bas :

Mais cependant le temps se passe, Rose, et je ne le chante pas.

La rose est l'honneur d'un pourpris, La rose est des fleurs la plus belle, Et dessus toutes a le pris :

C'est pour cela que je l'appelle La violette de Cypris.

La rose est le bouquet d'Amour, La rose est le jeu des Charités ; La rose blanchit tout autour Au malin de perles petites, Qu'elle emprunte du poinct du jour.

La rose est le parfum des dieux, La rose est Thouueur des pucelles, Qui leur sein beaucoup aiment mieux Enrichir de roses nouvelles.

Que d'un or tant soit précieux.

Est-il rien sans elle de beau ?

La rose embellit toutes choses ; Venus de roses a la peau, Et l'Aurore a les doigts de roses, Et le front le Soleil nouveau.

Les Nymphes de rose ont le sein.

Les coudes, les flancs et les hanches ; Hebé de roses a la main, Et les Charités, tant soient blanches, Ont le front de roses tout plein.

Que le mien en soit couronné, Ce m'est un laurier de victoire :

Sus, appelon le deux-fois-né.

Le bon Père, et le faison boire, De cent roses environné.

Bacchus, espris de la beauté Des roses aux feuilles vermeilles, Sans elle n'a jamais esté.

Quand en chemise sous les treilles Il boit au plus chaud de l'esté.

Verson ces roses en ce vin. Ce commencement csi imité d'Anacréon passim, et de l'épigramme de Martial :

Sextantes, Calliste, duos infunde falerni, Et super œstivas, Alcine, funde nives.

Pinguescat nimio madidus mihi crinis amomo, Lassenturque rosis tenipora sutilibus.

Jani vicina jubent nos vivere mausolaea, Cum doceant ipsos posse perire deos.

La rose est l'honneur d'im potirpris. Tout le reste est une imitation de l'ode d'Anacréon où le poète amoureux et buveur célèbre la rose. Ronsard a lié cette seconde imitation à la précédente par une transition pleine de naturel et d'à-propos :

Mais cependant le temps se passe, Rose, et je ne te chante pas.

Ici le rliylhme est encore inventé. i

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