‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 68 sur 74 · CONTE IMITÉ DE MARTIAL · texte numérisé non relu

CONTE IMITÉ DE MARTIAL

ANS un ancien conteur, qui passoit pour un sage,

J'ai lu qu'un vieil Athénien, Avec certain archonte, esprit dur et sauvage,

Eut autrefois cet entretien:

« Ariste, ni'a-t-on dit, t'a prouvé sa tendresse; Son indulgente main guida tes premiers ans, Et sans doute son nom est cher à ta jeunesse; Les bienfaits sont des noeuds que serre encor le temps. Sois heureux, mais sois bon; des services d'Ariste

Garde un souvenir éternel.

— Qui! moi ! m'en préserve le Ciel !

Pour qui donc me prends-tu, mon pauvre moraliste? Je le hais, Dieu merci! — Tu le hais, lui, cruel!

— Lui-même. — Ah ! Dieu , l'ingrat ! — L'ingratitude est

[bonne :

De très honnêtes gens s'en sont très bien trouvés.

— Les propos? — Eh! qu'importe à qui les a bravés?

l66 POÉSIES DIVERSES

— Les lois? — Ce vieux mot-là ne fait peur à personne. — Les faits? — Je les nierai. — Tes discours? — Étoientfeinis.

— Tes promesses? — Du vent. — Tes beaux dehors? — j

[Grimace. ]

— Rien ne peut te dompter ? — J'ai rompu tous les freins, j

— Tu seras accablé! — J'en aurai plus d'audace.

— Monstre ! et ta conscience? — Elle est en pleinsommeil .

— 11 se peut que ton cœur échappe à ses supplices?

— Je l'endors à force de vices.

— Ah! malheureux! crains l'horreur du réveil. »

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