A UN NOUVEAU MAJOR
Tu n'es donc plus ce lieutenant A qui son rang et sa jeunesse N'avoient laissé jusqu'à présent Que le droit d'obéir sans cesse; Ce subalterne inquiété Que l'on fait trotter dans la plaine; Ce mobile si ballotté Que le son dirige ou promène De l'un et de l'autre côté!
Tu deviens maître de la scène :
Tel dont tu fis la volonté Va désormais faire la tienne.
Un beau brevet en parchemin, Que Louis signa de sa main, Vient de changer ton existence :
Le roi veut que mon cher Valfort Devienne un homme d'importance; Le roi le veut, il n'a pas tort.
Çà! prends bien vite l'air austère, Le ton imposant du m)'slère, Et les attributs d'un major...
J'aime à me peindre ta personne.
Ton grand sabre, ton baudrier.
Le jeune orgueil de ton coursier, Sa vitesse qui nous étonne Et semble se multiplier.
Ta voix qui s'enfle, éclate, tonne.
Arrête, meut, fait déployer Piquets, escadrons et colonne.
Parmi les bataillons flottans, Dans le choc affreux des armées.
Au milieu des morts, des mourans.
Et de cent bouches enflammées, C'est toi qui conduis ces géans A l'œil fier, à moustache noire, Nobles et braves fainéans Qui vendent leurs jours à la gloire; Tu diriges leurs mouvemens.
Et les mènes à la victoire.
Bravant les tubes orageux.
Souples à la main qui les guide, Je vois leurs chevaux courageux Former une masse solide :
Ils volent; sous leurs pas égaux La terre au loin est frémissante; Devant ces centaures nouveaux Marchent la mort et l'épouvante; C'est le torrent d'une eau bruyante Qui détruit, abîme en ses flots Tout ce qui s'oppose à sa pente.
Entraîné, contraint de plier.
Cédant à l'homicide acier, L'ennemi fuit, le François chante :
La France te doit son laurier.
Mais tant que le dieu de la guerre, Las du tumulte des combats, Quittera nos champs pour les bras De la déesse de C^ythère, Laisse reposer tes héros.
Sans te venger sur eux des maux Qu'à ta jeunesse on a pu faire; Ris avec moi de tes rivaux, Qui, se donnant un air capable, Fatiguent hommes et chevaux Avec un zèle infatigable; Nous assomment à tous propos Des froids détails de leur police.
Ou de leurs sublimes travaux Sur la tenue et l'exercice.
Songe qu'en ces momens si courts.
Dans le silence du tonnerre.
Ce sont les Jeux et les Amours Qui sont les maîtres de la terre.
A M. GUÉNEAU DE MONTBEILLARD
Guéneau, quel est ton art pour trouver sans ellorts
Aux propos les plus ordinaires
Les plus ingénieux rapports?
A tes côtés sont les Grâces légères;
Sur les écrits, dans tes discours,
Elles sèment ce sel attique Qui nous réveille, et nous flatte, et nous pique; Tu nous instruis, tu nous charmes toujours. Digne ami de Buffon, de la métaphysique, J'aime à te voir atteindre les hauteurs, Porter partout un œil philosophique, Du cœur humain sonder les profondeurs, Aux jeunes gens parler vers et musique, A la beauté dire des riens flatteurs. Avec les grands raisonner politique, Près des chardons faire naître les fleurs. J'aime à le voir, dans nos cercles, à table, Nous animer du feu de les bons mots.
Oublier ton savoir pour n'être rien qu'aimable,
El donner de l'esprit aux sots.
J'aime à te voir sentir la vive flamme
De l'amitié, ce doux plaisir de l'àme,
Fixer dans ta maison les beaux-arts et la paix,
Et, toujours épris de ta femme, Sans négliger ton fils cultiver tes œillets.
O couple vraiment respectable!
Cœurs sensibles et vertueux!
Jouissez d'un bonheur durable.
Le Ciel, en vous voyant si dignes d'être heureux, Fit à chacun de vous rencontrer son semblable : Puisse un jour votre fils ressembler à tous deux!