A GLYCÈRE
O très séduisante Glycère,
Ecoutez-moi : j'aurois tout bas
Une question à vous faire :
M'aimez-vous? ne m'aimez-vous pas?
Répondez, et soyez sincère.
Je sais trop bien que la beauté,
Fausse quelquefois par prudence,
Sait ménager la vanité
Au même instant qu'elle l'olîense,
Et désarmer, par le silence,
Les doux propos ou la gaîté.
Un questionneur entêté
Qui veut savoir ce qu'elle pense.
Et ne plus être ballotté
Entre la crainte et l'espérance...
Parlez sans ambiguïté;
Affligez-moi snns indulgence;
Point d'obligeante obscurité :
Dire une fois la vérité
Ne tire point h conséquence. ,
D'honneur! l'Amour est sans pitié.
En butte à sa rage inliumaine.
DU CHEVAI.IEK DE BONNARD 63
Esclave très Inimilii',
Avec du temps et de la peine,
En me débattant dans ma chaîne,
Enfin je m'étois délié ;
Et fuyant à travers l'orage,
Porté sur les flots, à la nage,
J'ontrois au port de l'Amitié.
Là, recueillant sur le rivage
Quelques débris de ma raison
Par bonheur sauvés du naufrage,
Détrompé de l'illusion.
Sans grands plaisirs, sans passion,
Vivant à peu près comme un sage,
O'avois, au défaut du bonheur,
La paix et le calme du cœur.
Loin de regretter son délire,
Je bravois l'amour, quand, hélas!
Je vis tes dangereux appas,
Tes jolis yeux et ton sourire,
Dont je ne me défiois pas.
Tu me parles, ta voix m'attire,
Tes yeux m'attaquent, je combats :
Mes projets, mon expérience,
Tu détruis tout cela d'un mot,
Et je suis, presque sans défense.
Pris dans tes filets comme un sot.
Quel destin ! coquette et légère,
Aimant peu, ne songeant qu'à plaire,
Je vois qu'un amant bien lojal Jusqu'ici ne te convient guère; Que ton cœur enfant lui préfère Les jeux, les pompons et le bal ; Que sous ton empire inégal...
Mais qu'y faire enfin? je t'adore, Sans trop compter sur le retour, Et, leurré par toi clans ce jour, A tes pieds je m'empêtre encore Dans tous les gluaux de l'Amour.