A M. DORAT
Sincère ami, parjure amant,
Poète aimable, homme cliarmant.
Ne crains pas que je les oublie.
Ces momens heureux, mais trop courts,
Où nous parlions philosophie.
Après avoir parlé d'amours.
Que du moins ta correspondance
Supplée à ton doux entretien! ,
Console-moi de ton absence
En versant ton cœur dans le mien.
Causons en toute confiance;
Cher fripon, ne me cache rien :
Que fais-tu de tes deux maîtresses?
Les gardes-tu? les sers-tu bien?
Leurs querelles et leurs caresses Ont-elles brisé ton lien?
Non, je le vois, tu t'en amuses.
A plaisir tourmentant leurs cœurs, Par jour tu leur fais cent noirceurs.
Et tu n'es fidèle qu'aux Muses.
Ma foi! tu prends le bon parti.
Je crois tes maîtresses fort belles!
Mais les Muses le sont comme elles, Et tu n'en seras pas trahi.
Sois leur amant, sois leur ami.
Que tes vers, dictés par les Grâces, Soient applaudis par les Amours!
Vois naître en tous lieux sur tes traces Les roses qui vivront toujours.
Que ta plume, aimable et chérie, Peigne en se jouant nos travers!
Sois à jamais, pour ta patrie, Le dieu fêté des jolis vers! Domptant rivaux et beauté fîère, Variant ton rapide essor, En débutant dans la carrière, Tu la parcourois sans effort.
Vainqueur modeste et fait pour plaire.
De concert avec les neuf Sœurs,
Les Ris badins couvroient de fleurs Ta casaque de mousquetaire.
Lfe*- ans n'ont point changé ton sort Sur le Parnasse et dans Cythère, Tu seras, bien longtemps encor, Général de troupe légère :
Honorable et brillant emploi, Pour qui l'on n'a donné qu'à toi La survivance de Voltaire.
Nous tous, faiseurs de madrigaux, De stance, épître familière, Tes soldats, et non tes égaux, Marchons gaîment sous ta bannière, En répétant tes vers nouveaux.
Le plaisir! c'est ton cri de guerre.
Si nous portons à nos chapeaux Quelques brins de myrte et de lierre.
Symbole et prix de nos travaux, Toi, notre chef, notre héros.
Tu portes la couronne entière.