‹ Œuvres choisiesChapitre 38 sur 67 · A MA FEMME · texte numérisé non relu

A MA FEMME

QUI m'avoit mandé que notre fils bonbon m'envoyoit pour mon bouquet ses lis et ses roses,

ET qu'elle y JOIGNOIT DES BAISERS PAR-DESSUS.

Du château d'Harcourt, 20 août 1782

Jeune maman du gros Bonbon, Avec quels transports, quelles joies.

J'ai reçu ce que tu m'envoies En l'honneur de mon saint patron !

Oh! bon Dieu! les charmantes chose^s!

Des lis mêlés avec des roses.

Et des baisers tout par-dessus!...

Si c'est Bonbon qui me les donne.

S'ils sont cueillis sur sa personne,

C'est de toi qu'il les a reçus;

Mais, soit du fils, soit de la mère.

Pareils envois sont sûrs de plaire,

Et chez moi toujours bien venus.

O ma douce et bonne Sophie!

Toi, Bonbon, si beau, si joyeux!

Couple charmant et gracieux.

Vous me faites aimer la vie.

Souriez-moi longtemps tous deux :

Chaque année, au jour de ma fête,

Détachez de vos blonds cheveux

Quelques fleurs pour orner ma tête,

Et je serai longtemps heureux.

Depuis que je suis à moi-même.

C'est vous deux, c'est vous seuls que j'aime.

Deux enfans jadis avec vous

Partageoient cet amour extrême.

Sans que vous en fussiez jaloux.

Hélas! tu le voyois sans cesse.

Avec quels soins, quelle tendresse,

Des petits-fils du grand Henri

Ma main cultivoit la jeunesse!

Dépôt précieux et chéri.

Je vous pleurai, je le confesse...

Mais éloignons ces souvenirs.

Pour jouir encor de mon âme.

Pour savourer les vrais plaisirs,

N'ai-je pas mon fils et ma femme?

Près de mon Bonbon gros et frais, Près de ma femme bonne et belle, Est-il des maux ou des regrets?

Non, je le sens, et désormais Tous mes travaux, tous mes souhaits, Mes pensers, mes désirs secrets.

Mon cœur, mon esprit et mon zèle.

Mes lectures et mes extraits, Chaque réflexion nouvelle.

Tout, jusques aux vers que je fais, Tout est pour lui, tout est pour elle.

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