LE PORTRAIT MANQUÉ
Venez, Cloé; je vais peindre vos traits... Mais que voi<i-je? quelle folie!
De quels vains ornements chargez-vous vos attraits?
Cf est la laideur qui peut être embellie ;
Les grâces, la beauté ne le furent jamais.
Point de parure, un déshabillé frais,
Rien, s'il se peut; et vous voilà jolie. Cloé, pourquoi de vos cheveux
A-t-on gêné les replis et les ondes?
Délaites-moi ces ridicules nœuds , Et laissez-les flotter en tresses vagabondes. Un ruban qui les lie est tout ce que je veux. Eh quoi! dans vos regards aucun feu n'étincelle? Vous avez deux beaux yeux tranquillement ouverts? L'ame est dans le coup d'oeil; mais où la vôtre est-elle? Je voudrois que ces yeux baissés , presque couverts , Fissent tomber sur moi ces timides éclairs , Ces rayons du désir, qui vous rendroient si belle,
Qui me seroient et si doux et si chers! W
Votre bouche est charmante : eh bien 1 par quelle cause,
Par quel motif ne me dit-elle rien?
Un soupir égaré sur ces lèvres de rose ,
Un seul soupir s'exprimemit si bien !
Ce fauteuil vous tient droite, immobile, gênée: Pourquoi n avez-vous pas choisi ce canapé? Votre ensemble charmant s'y ftit développé
Dans lattitude abandonnée Où se repose un cœur tendrement t)ccupé. Ah ! Cloé , je vois trop ce que je devois craindre !
Un faux espoir est venu m'animer.
J*ai cru qu'en vous peignant je peindrois l'art d'aimer :
(Test l'art de plaire qu'il faut peindre.