‹ Œuvres choisiesChapitre 21 sur 121 · II · texte numérisé non relu

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férence et le mépris. Un peu de faveur populaire et l'estime des véritables gens de lettres, des gens de lettres sans Cabale, consolent bientôt de ces dégoûts passagers. Revenons au Temple de Gnide. Je prie les personnes qui remarqueront les endroits où je me suis écarté du style de l'original, de considérer que, le traduisant en vers, j'ai eu souvent besoin de le colorier, et de substituer des images aux expressions simples de la prose.

J'ai encore à justifier un changement que j'ai osé faire dans le dénouement dû poème. M. de Montesquieu, qui, en développant les maximes du culte le plus agréable à Vénus, établit «qu'on cède sans remords, quand il est u vrai qu'on aime; » qui , dans le cours de son ouvrage , semble annoncer l'union et le bonheur des deux amants auxquels il intéresse avec tant d'art; M. de Montesquieu, dis-je, après avoir conduit ces deux personnages dans un bosquet qu'il peint des plus séduisantes couleurs de la volupté, finit cette scène si vive par le triomphe de la vertu et le désespoir de la passion. J'avoue que je n'ai pu pousser le scrupule jusqu'à cet excès de réserve. Après avoir décrit avec chaleur, d'après mon modèle, les combats de l'amour qui attaque et de la pudeur qui résiste, je n'ai pas craint d'indiquer rapidement, dans un sens contraii'« à celui de M. de Montesquieu, la victoire de l'un et la défaite de l'autre. Si la délicatesse de quelques lecteurs s'en effarouche, je leur en demande ici pardon : j'ai cru que c'étôit là l'unique et le vrai dénouement du poème.

Mais me pardonnera-ton de m'être abandonné à quelques réflexions, à quelques remarques critiques sur mon

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modèle? Les esprits justes et bien intentionne's ne m'imputeront point le ridicule projet de le dépriser pour élever au-dessus de lui la traduction que j'en ai faite. Obligé de la publier, j'ai dû l'accompagner du détail des motifs qui m'ont déterminé aux changements que l'on y trouvera. En un mot, je donne sans prétention ce que j'ai fait sans prétention. Je me croirai trop heureux si j'obtiens de l'impartialité le foible éloge d'avoir rendu dans mes vers quelques unes des beautés et des grâces de la prose.

Si je n'ai répandu dans cette préface que des louanges générales sur M. de Montesquieu , c'est que j'ai imaginé qu'un panégyrique direct de ce grand homme ne pouvoit être placé convenablement qu'à la tête de l'immortel ouvrage de l'Esprit des Lois ou des Lettres Persanes. Le Temple de Gnide échappa à sa plume : ce fut un jevi , un amusement pour çlle ; et je crois qu'il y auroit une sorte de ridicule à louer l'esprit d'un homme de génie.

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