‹ Œuvres choisiesChapitre 22 sur 121 · GNIDE · texte numérisé non relu

GNIDE

Gnide plaît à Vénus , et Vénus la préfère Au temple d'Amathonte , aux bosquets de Cythère. Elle ne quitte point le céleste séjour Sans voler vers ces lieux si chers à son amour. Quand son char y descend des voûtes azurées , Le peuple adorateur de ces belles contrées N'éprouve point TefFroi sombre et religieux Qu'inspire à l'univers la présence des dieux : Cet aspect bienfaisant, renouvelé sans cesse, Accoutume la vue aux traits de la déesse. D'une foule indiscrète évitant le concours , ^ 'Si Vénus d'un nuage emprunte le secours , Alors les doux parfums répandus autour d'elle Aux Gnidiens charmés annoncent l'immortelle. Gnide élève ses murs dans des champs fortunés ,

i68 LE TEMPLE DE GNIDE.

Des épis de Cérès en tout temps couronnés.

Là de nombreux troupeaux , sur des rives fleuries ,

Foulent Fémail naissant de riantes prairies :

Les dieux versent par-tout les trésors de leur main.

Le soleil, dans un ciel toujours calme et serein,

Tempérant les rayons de sa flamme éthérée ,

N'y flétrit point Téclat dont la terre est parée.

L'oiseau , dès le matin , sous des feuillages verts ,

D'accords harmonieux fait retentir les airs :

L'onde entre les roseaux murmure et s'y promène ,

Flore de son amant y parfume l'haleine ;

Et les cœurs, pénétrés de ce souffle amoureux,

D'une volupté pure y respirent les feux.

On découvre, non loin des remparts de la ville. Du palais de Vénus l'élégant péristyle.

L'artisan de Lemnos posa ses fondements. Vulcain craignoit Vénus et ses ressentiments : Vulcain , pour réparer la surprise cruelle Dont rougit autrefois la déesse infidèle , Lui bâtit ce palais : époux humilié , Trop heureux qu'à ce prix l'affront fût oublié !

O Grâces , dont la main conduisit cet ouvrage, Sans doute c'est à vous d'en retracer l'image ! Pour rendre tout l'éclat de ce brillant séjour, Il faut ou vos crayons ou les traits de l'Amour. Parmi tant de beautés , comment les peindre toutes ? Sur cent colonnes d'or quand j'appuierois les voûtes ;

Quand je ferois briller, sous ces vastes lambris , L'éclair des diamants et le feu des rubis ; Quand mes prodigues mains y répandroient encore Les perles, les saphirs du berceau de l'Aurore; Quand Topale et l'azur s'uniroient incrustés. J'en peindrois la richesse et non pas les beautés.

D'agréables jardins l'enceinte est embellie : Une rose y renaît d'une rose cueillie.

Là Flore, là Pomone unissent leurs faveurs, Le fruit, sur les rameaux, se couronne de fleurs. Lorsque, dans ces jardins, l'aimable Cythérée De cent jeunes beautés se promène entourée, On voit, pendant les jeux et sous leurs pas légers. Se courber, un instant, les trésors des vergers; Mais , par l'enchantement d'un pouvoir qu'on ignore , Les arbustes foulés s'y relèvent encore. Là repose Vénus , loin du trouble et du bruit. Sous l'ombre des berceaux la volupté la suit : Son sourire applaudit aux bergères de G nide ; A leur danse naïve elle-même préside.

Vénus se plaît à voir, sur leurs fronts satisfaits , De leurs cœurs ingénus l'innocence et la paix. Compagne de leurs jeux, elle adoucit pour elles De ses regards divins les vives étincelles. Nymphes, de votre sort le ciel même est jaloux : Vénus est votre égale et folâtre avec, vous.

Une vaste prairie , où sourit la nature ,

Étend, non loin de là, ses tapis de verdure. Ici riieureux berger, couché parmi les fleurs , Auprès de sa bergère assortit leurs couleurs. Incertain dans son choix , il balance ; mais celle Que choisit son amante est toujours la plus belle, Ses parfums sont plus doux , son émail est plus frais ; Et la main qui la cueille ajoute à ses attraits.

Le Céphée , en ces lieux , de son urne profonde Épanche lentement le cristal de son onde : Il serpente, s'amuse à prolonger son cours; Et son lit tortueux se joue en cent détours. Le dieu, parmi les joncs qui couronnent ses rives , Embarrasse les pas des nymphes fugitives : L'amant les suit, les presse, et leur orgueil soumis Donne enfin le baiser que leur bouche a promis.

Le fleuve, à cet aspect enchaîné dans sa course, Ne sait s'il doit couler ou monter vers sa source : Par un charme secret ses flots sont suspendus , Le flot qui fuit s'arrête au flot qui ne fuit plus. Mais quel trouble s'il voit, près de son onde pure, Une jeune beauté dépouiller sa parure.

Quitter des vêtements , des voiles trop discrets , Et venir dans ses eaux rafraîchir ses attraits ! Il frémit, il s'agite ; et la vague enflammée Autour de tant d'appas roule plus animée : Pour les posséder tous , pour mieux les embrasser. Pour atteindre à ce sein qu'il voudroit caresser.

Il soulève ses flots, s'élance; et, plus rapide,

Il entraîne avec lui la bergère timide.

Ses compagnes alors frappent l'air de leurs cris;

Mais, tout fier du fardeau dont son cœur est épris,

Le fleuve la soutient, doucement la promène,

Sur le dos argenté de sa liquide plaine.

Enfin , désespéré d'abandonner ce poids ,

Ce poids qu'il abandonne et reprend mille fois ,

Il va la déposer, sur ses rives fleuries.

Dans les bras caressants des nymphes attendries. Plus loin croît un bosquet de myrtes enlacés.

Les timides amants nouvellement blessés Viennent s'y confier leurs soupirs et leurs peines. Ils suivent au hasard des routes incertaines : L'Amour conduit leurs pas aux lieux les plus secrets , S'amuse de leur trouble, et les égare exprès. Une épaisse forêt, non loin de ce bocage, Fait expirer le jour sous son antique ombrage. Jamais l'ardent midi n'en perça les rameaux : On s'y croit enfoncé dans la nuit des tombeaux. Des chênes et des pins les orgueilleuses têtes Vont, jusque dans la nue, affronter les tempêtes. Là les cœurs sont saisis de crainte et de respect. On croiroit, à l'horreur de cet auguste aspect. Au silence imposant de ces retraites sombres , Que les dieux , avant l'homme , en habitoient les ombres. Au sortir de ce bois redoutable et sacré ,

Quand l'œil des feux du jour est enfin éclairé, On découvre, au sommet d'une hauteur voisine. Le temple de Vénus et sa pompe divine. La nature y grava tous Ifts vftux des mortels.

Ce fut dans ce lieu saint, au pied de ses autels, Que Vénus (et V^énus chaque jour en soupire) Pour la première fois vit le fils de Cynire. L'Amour blessa son cœur du trait empoisonné : Ce cœur brûle en secret, de son trouble étonné. « Quoi! s'écria Vénus, c'est un mortel que j'aime! « Quoi ! j'ai pu m'oublier et m' avilir moi-même ! « O Gnide , éteins l'encens : mes honneurs sont finis : « Tu n'as plus désormais d'autre dieu qu'Adonis. »

Ce fut là que, piqué d'un défi téméraire, Son orgueil consulta les enfants de Cythère. Le berger phrygien portera-t-il ses yeux Sur des charmes secrets enviés par les dieux? On le veut; et déjà sa robe est détachée , Sous for de ses cheveux sa ceinture est cachée : Les Grâces, les Amours parfument son beau sein. Sur son char d'émeraude elle monte soudain : Il s'élève, emporté par l'oiseau du Méandre. Au vallon de l'Ida Paris le voit descendre : Vers Pallas, vers Junon tour-à-tour entraîné, Son choix, douteux encor, flotte indéterminé; Mais, au riant aspect de leur belle rivale. Sa main laisse pencher la balance inégale.

CHAÎST PREMIER. 17^^

Tu triomphes , Vénus ! Paris sur tes attraits Fixe enfin des regards qui ne sont plus distraits. Si tu ne dois la pomme à sa bouche timide, Elle échappe à ses mains; et son trouble décide.

Ce fut là que l'Amour, environné des Ris, Tranquille et voltigeant sous les riches lambris , Vit paroître Psyché conduite par sa mère : L'Amour n'aima jamais... l'Amour aime et veut plaire; Des feux dont il nous brûle il se sent consumé, Sur son arc, sur ses traits il languit désarmé. « C'est donc ainsi, dit-il, c'est ainsi que je blesse ! » Il tombe sur le sein de sa jeune maîtresse, Et s'écrie , aux transports qui viennent le saisir : « Oui , je suis... » Oui, l'Amour est le dieu du plaisir!

Lorsque du temple auguste on franchit le portique , Un charme inexprimable au cœur se communique ; On s'enivre de l'air qu'on respire en ces lieux : Il semble qu'on ait bu dans la coupe des dieux.

Tout ce que la nature étale de richesse , L'élégance de l'art , son éclat , sa noblesse , Ont fait de ce beau temple un Olvmpe nouveau : La toile y prend une ame et vit sous le pinceau. Une savante main (la main d'un dieu sans doute) Voulut peindre elle-même et décorer la voûte.

Ici Vénus s'élève, et sort du fond des mers. Que ses charmes naissants étonnent l'univers ! Cythérée, au milieu de la troupe céleste,

Ose à peine enlr ouvrir un œil doux et modeste : Sur les lis de son sein ses cheveux sont épars, Et sa pudeur naïve enchante les regards.

Plus loin sont ses amours avec le dieu terrible, L'impitoyable dieu qu'elle a rendu sensible. Là d'an fier coloris Mars est représenté Poussant dqns les combats son char ensanglanté. Son front cruel et sombre annonce le carnage : La Mort, Taffrcuse Mort, TEpouvante, la Rage Précédent ses coursiers écumauts et fougueux; Sur son casque de fer un dragon tortueux Semble vomir au loin la flamme et la fumée ; Autour du dieu sanglant vole la Renommée. Sa détestable sœur, Bellone, à ses côtés Marche, s'élance, court à pas précipités; Et, secouant les feux de sa torche infernale. De son barbare frère est la digne rivale. Tous deux d'un vain laurier se disputent l'honneur : Bellone a plus de rage, et Mars plus de valeur.

Ici le dieu, couché sur des touffes de roses. Présente aux doux baisers ses lèvres demi-closes ; Dans les bras de Vénus Mars repose enchaîné , De myrtes amoureux son front est couronné ; Il languit, il soupire, et la vue incertaine A quelques traits divins le reconnoît à peine. La déesse triomphe en voyant les plaisirs De son farouche amant captiver les désirs.

CHAIST PREMIER. lyS

Sa bouche lui sourit , et sa main le caresse : Leurs transports répétés se confondent sans cesse, Et leur regard troublé , dans ces moments heureux , Ne voit pas les Amours qui folâtrent près d'eux.

De la déesse enfin Thymen involontaire Est peint dans tout son faste aux murs du sanctuaire. On y voit tous les dieux étaler leur splendeur : Vulcain paroît moins sombre , et n est pas moins rêveur. Vénus d'un œil mourant, que le jour importune, Regarde avec froideur Falégresse commune : Elle marche à Tau tel d'un pas foible, incertain; Elle offre à son époux négligemment sa main ; Et, parmi les apprêts de ce triste hyménée, Vers les Grâces en pleurs sa vue est détournée.

La superbe Junon , dans un autre tableau , De ce fatal hymen allume le flambeau ; Elle donne aux époux la coupe révérée.

Une éternelle foi par Vénus est jurée : Vulcain croit au serment, et l'Olympe en sourit. Plus loin le dieu, blessé d'un refus qui l'aigrit. Entraîne, impatient, l'épouse désolée:

On la voit loin de lui s'enfuir échevelée. Si ses charmes divins pouvoient être inconnus , Si quelque autre beauté ressembloit à Vénus , On croiroit voir la nymphe interdite et confuse Que Pluton vint surprendre aux bords de l'Aréthuse.

Enfin le dieu l'emporte et la presse en ses bras :

Tout rOlympe, en tumulte, accompagne leurs pas. Près du lit nuptial, Vénus espère encore Echîipper à Tardeur de l'époux qu'elle abhorre : Elle combat, résiste; et, dans ce trouble heureux, De son voile agité se relâchent les nœuds. Il flotte dans les airs , et le tissu s'entrouvre, Sa gorge demi-nue échappe et se découvre : Mais plus prompt à couvrir qu'à baiser ce beau sein , L'époux le cache alors sous sa jalouse main.

Vénus tombe à regret sur la couche sacrée Que l'Hymen , d'un air froid, pour elle a préparée. Sur ce lit malheureux, loin de semer des fleurs. On voit l'Amour plaintif l'arroser de ses pleurs. D'un feu sombre et jaloux l'œil de Mars étincelle, Cythérée est alors si touchante et si belle , Que les dieux attendris plaignent son embarras : Les déesses, plus loin, s'en amusent tout bas. Enfin d'un pied léger fuit la troupe céleste. . . Vulcain ! quel doux moment ! Vénus , qu'il est funeste ! Du contour des rideaux l'époux enveloppé Se croit heureux sans doute... Il est déjà trompé.

Vénus se plaît à voir la pompe de son temple : Sa beauté satisfaite en riant s'y contemple. Elle-même en fixa le culte et les honneurs, Elle y brûle l'encens, elle y jette des fleurs : Et dans ce heu sacré, dont elle est la déesse, Vénus remplit encor les devoirs de prêtresse.

L'hommage qu'en cent lieux lui rendent les mortels^ Loin de les honorer, avilit ses autels. Là, sous l'éclat trompeur de leurs molles parures , Les filles des cités, dans des fêtes impures, Courent à la fortune immoler leurs attraits , Et se font une dot du fruit de leurs forfaits. Ici l'épouse apporte au pied du sanctuaire Le prix, l'infâme prix de son lâche adultère. Là s'unit à la sœur le frère incestueux : Ici, dans l'indécence et le bruit de leurs jeux. Des prêtres, entourés d'un chœur de courtisanes, Vont offrir à Vénus des guirlandes profanes. Enfin il est un temple où des hommes flétris , Monstres efféminés que poursuit le mépris, De la nature en eux dégradent la noblesse. Là leur difformité consacre à la déesse , Et le sexe détruit qu'ils perdent sans espoir, Et le sexe emprunté qu'ils affectent d'avoir.

Cythérée a voulu que l'heureuse Doride Elit un culte plus pur dans le temple de Gnide. Là le feu de l'amour tient lieu de feu sacré : ' Là l'hommage est rendu quand on a soupiré. Là, conduit par l'espoir, chaque amant vient se rendre On n'exige de lui que l'offre d'un cœur tendre. Vénus reçoit les vœux à l'amante adressés ; Vénus n'est point jalouse : on aime et c'est assez. C est adorer Vénus qu'adorer une belle ;

Et la beauté lui semble aussi divine qu'elle.

Les amants enchaînés d'un lien immortel De la fidélité vont embrasser Tautel; Et Ton voit soupirer, aux pieds de la déesse, Ceux qui n'ont pu fléchir l'orgueil de leur maîtresse. La flatteuse espérance adoucit leurs tourments : Un beau jour, tôt ou tard, luit pour les vrais amants. Vénus en nœuds de fleurs aime à changer leurs chaînes, Et leur félicité se mesure à leurs peines.

Là de la jalousie on peut sentir les traits ; Mais le cœur la dévore et n'en parle jamais. ' Ainsi qu'il faut des dieux révérer l'injustice, On doit de son amante adorer le caprice.

Dans Gnide, on met au rang des divines faveurs Les transports de l'amour et même ses fureurs. Trop heureux d'éprouver cette invincible flamme , Ce tumulte secret, ces orages de l'ame. Tendres égarements mieux sentis que connus ! Moins le cœur est à soi, plus il est à Vénus.

Tout mortel sans amour aux yeux de Cythérée N'ose se présenter dans l'enceinte sacrée. Au portique du temple à peine il est admis : Il vient s'y prosterner en esclave soumis ; il cherche des désirs, il se cherche lui-même : Sa liberté lui pèse, il veut des fers... Il aime! Il aime, il vit, il voit l'éclat d'un nouveau jour; Il allume son ame au flambeau de l'amour.

Instruites par Vénus, les bergères de Gnide De la simple innocence ont le maintien timide. Leur front est coloré d'une aimable pudeur ; Mais , à la modestie unissant la candeur, Elles ne cachent point une flamme sincère , Et se vantent d'aimer en rougissant de plaire.

Tranquille à leurs genoux, Tamant respectueux Attend, sans le hâter, le moment d'être heureux. Ce moment est fixé par l'amante elle-même : On cède sans remords quand il est vrai qu'on aime ; Mais se rendre sans choix, mais céder sans désir. C'est profaner l'amour et souiller le plaisir.

Au front des Gnidiens l'Amour met sa couronne; Il épure toujours le bonheur qu'il leur donne. Qu'une amante trahie éprouve les froideurs D'un infidèle amant qui rebute ses pleurs , D'un trait plus salutaire elle est soudain frappée : Dans les eaux du Léthé la pointe en est trempée.

Si l'Amour aux autels voit un couple nouveau, Il prend tout à-la-fois son arc et son flambeau ; Il lance tous ses traits , il épuise ses flammes. Lorsque de deux amants s'assoupissent les âmes , Quand leur ardeur n'a plus qu'un éclat incertain , Il la fait ou mourir ou renaître soudain. Il épargne à leurs cœurs ces tristes intervalles, Et ces retours si froids et ces langueurs fatales , Etincelles d'un feu prêt à se consumer.

i8o LE TEMPLE DE GNIDE.

Ou Ton aime à l'excès, ou Ton cesse d aimer.

Là, toujours caressant pour des peuples fidèles, L'Amour ne sWme point de ses flèches cruelles, De ces traits dont jadis son aveugle fureur Des filles de Minos empoisonna le cœur; Traits mortels qui, mêlés et d'amour et de haine, Signalent le pouvoir de sa main souveraine ! Quand cet enfant terrible en aiguise le fer, Tout tremble... C'est la foudre aux mains de Jupiter.

Vénus, lorsque l'Amour a fait une blessure, L'enveloppe des plis de sa belle ceinture : Elle vient l'adoucir et non la refermer. Vénus instruit à plaire et l'Amour fait aimer.

Guide voit chaque jour sa brillante jeunesse. Ses nymphes entourer l'autel de la déesse. Là leur bouche ingénue exprime avec candeur De*s sentiments naïfs , aussi purs que leur cœur.

Une d'elles disoit : « O reine d'Idalie ! « Hilas, qui me fut cher, se plaint que je l'oublie; « Déesse! daigne entendre et couronner mes vœux. « Ils n'ont point pour objet de rallumer mes feux : « Le feu dont je brûlois s'est éteint de soi-même. " Fais qu'Hilas m'abandonne et que Condon m'aime. »

Une autre s'écrioit : « O puissante Vénus ! « Que mes feux pour Iphis soient encore inconnus ; » Donne-moi quelque temps la force de les taire : « L aveu que j'en ferai sera plus doux à faire. »

CHAINT PREMIER. i8i

Une autre enfin disoit : « O reine de Paphos ! « Pourquoi mon cœur troublé n'a-t-il plus de repos? « Au milieu de nos jeux je suis sombre et distraite ; « Des grottes, des bosquets je cherche la retraite; « Mais j'éprouve par-tout des tourments infinis. « J'aime peut-être?... Eh bien! si j'aime... c'est Daphnis! »

Les amants , les bergers , dans les beaux jours de fêtes, Au temple de Vénus vont chanter leurs conquêtes : Les doux sons de la lyre accompagnent leurs voix ; Ils célèbrent Vénus et l'Amour à-la-fois.

L'un d'eux, qui, d'une main timide et caressante, Tenoit en la serrant la main de son amante , Chantoit : « Amour, Amour, aux genoux de Psyché « Tu te blessas du trait que tu m'as décoché. « Non, je n'en doute point; je le sens, c'est le même : « Tu n'as pas mieux aimé, ni plus aimé que j'aime. « N'ai-je pas tous tes feux, tes transports, tes désirs? « Achève, dieu charmant! donne-moi tes plaisirs. »

Un berger moins discret, plus fier de sa victoire, Chantoit : « Fils de Vénus ! je partage ta gloire. « Qui peut vaincre Daphné peut dompter tous les cœurs. « Insensible à mes vœux , insensible à mes pleurs, « L'orgueilleuse Daphné dédaignoit mes hommages; « Je l'ai surprise enfin dans un de tes bocages : « Regarde sur son front ce tendre coloris, « Regarde , et vois combien j'ai puni ses mépris. »

J'ai vu Gnide, j'ai vu cette heureuse contrée;

i82 LE TEMPLE DE GIN IDE.

C'est là qu'à mes regards Théinire s'est montrée. Je la vis pom' l'aimer, brûler, et soupirer; Je la revis encor, ce fut pour l'adorer. O Gnide ! sur tes bords je veux vivre avec elle : J'y serai plus heureux, elle y sera plus belle. Nous irons dans le temple : on n'y .verra jamais De plus tendres amants, d'adorateurs plus vrais. Au palais de Vénus je saurai m'introduire; Je prendrai ce palais pour celui de Thémire. Eh! sais-je si mes yeux, flattés et prévenus, N'y prendront pas encor Thémire pour Véhus? Dès le lever du jour j'irai dans la prairie; J'y cueillerai la fleur nouvellement fleurie : Thémire permettra que ma timide main L'attache à ses cheveux ou l'unisse à son sein. Je l'y verrai pâlir, finir sa destinée; Plus heureuse que moi, moi qui l'aurai donnée. Mais Thémire peut-être ira dans ces bosquets Où sont entremêlés tant de détours secrets. Si je puis l'égarer dans ces lieux solitaires, Si... Vénus me défend de trahir ses mystères.

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