‹ Œuvres choisiesChapitre 42 sur 121 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Répandra ses poisons sur le cours de ma vie.

D'un sexe qu'on adore injurieux destin !

On se fait de nos maux un plaisir inhumain.

Ce monde séducteur qui nous vantoit nos charmes

Empoisonne bientôt la source de nos larmes ,

Et, satisfait de voir nos fronts humiliés,

Il profane Fencens qu'il brûloit à nos pieds.

Lucile , c'est à toi de conter ma disgrâce ,

De venger ma vertu des transports de l'audace.

Dis que Lothario , dans ces murs élevé ,

A la main de Caliste en secret réservé,

Dévoila tout-à-coup son affreux caractère,

Qu'il outragea la fille, et poursuivit le père.

Ne dissimule point que son cœur déguisé

Fut cher (et j'en rougis) à mon cœur abusé. . .

Dans quel temps, par quel art le fourbe m'a trompée.

De soins respectueux sa tendresse occupée,

L'égal empressement et de plaire et d'aimer.

Les serments si flatteurs de toujours m'estimer;

Ma mère, qui, près d'elle élevant notre enfance,

De nos premiers penchants approuvoit l'innocence.

Entre l'ingrat et moi les nœuds les plus sacrés ,

Les droits de la vertu, toujours si révérés;

Tout m'abusoit, Lucile, et mon ame charmée

S abandonnoit sans crainte au plaisir d'être aimée.

LUCILE

Que Ihymen aujourd'hui par des liens plus doux. . .

296 CALISTE

CALISTE

Quoi! porter mes affronts pour dot à mon époux?

Dans le sein des vertus la fortune ennemie

Aura marqué mes jours du sceau de l'infamie ,

Et moi j'ajouterois, par des nœuds pleins d'horreur,

Au crime involontaire un crime de mon cœur!

De tant de maux, Lucile, amassés sur ma tête,

Le plus cruel, sans doute, est l'hymen qu'on apprête.

LUCILE

Hé bien! je l'avouerai, moi-même j'en frémis. Mais un père commande, et vous avez promis.

CALISTE

Hélas ! tu le connois : sévère en ses tendresses , De l'amour et du sang il n'a point les foiblesses. En vain j'ai devant lui fait parler mes douleurs ; Sa fière volonté résistoit à mes pleurs. Hier même , à travers un silence farouche , Le nom de mon perfide est sorti de sa bouche... A ce nom menaçant, j'ai pâli, j'ai cédé. Un refus m'eût trahie, et j'ai tout accordé.

LUCILE

Vous m'avez lu cent fois cette lettre touchante Que vous remit, madame, une mère expirante. Vous aviez dans son ame épanché vos malheurs : Elle en prévit dès-lors la suite et les horreurs. A son superbe époux cette lettre adressée. Pour le fléchir un jour, en vos mains fut laissée.

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